Communications de GIEDA 2000

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13èmes Journées Annuelles

du GIEDA INTER RACHIS

 

VENDREDI 15 décembre 2000

1ère table ronde : la hernie discale lombaire: confrontation médico-chirurgicale

 

INTRODUCTION

J.J. BRONSARD (Marseille)

 

L'acte médical est, à y regarder de plus près, d'une très grande "prétention".

A quel titre le Médecin va-t-il entreprendre de s'occuper, seul, de l'Homme Malade ?

Comment va-t-il prendre en charge la "dysharmonie" d'un être Biologique, Culturel, Psychologique et Social, vivant dans une société de type économique ?

Forts de critères objectifs mesurables et indiscutables (signes cliniques, explorations para-cliniques) de mensurations sophistiquées, de toutes sortes d'échelles d'évaluation "validées" ! (sur lesquelles de surcroit nous ne sommes pas d'accord), nous Médecins oublions parfois de traiter "l'Homme Malade" et privilégeons le volet biologique (physique, chimique ou cellulaire), portion "congrue" de la dimension  réelle de l'individu.

Les plus petites intrusions auxquelles (assoiffés de "culture différente") nous nous hasardons dans les domaines de l'Anthropologie de la Psychologie ou de l'Economie, balaient dès les premiers instants les certitudes les plus tenaces solidement ancrées dans nos esprits cartésiens.

N'est-il pas comique (voire extravagant) d'entendre régulièrement en consultation le Chirurgien demander à son opéré : "comment ça va ?" ou "comment allez-vous" ? La grande majorité des réponses n'a souvent rien à voir avec l'affection pour laquelle le malade a été traité...

A la réponse : "ça va bien Docteur" gardons-nous bien d'inscrire ou de cocher dans les cases correspondantes "bon résultat lombaire et radiculaire" ; d'ici quelques moments l'interrogatoire découvrira un patient se déclarant inapte à la reprise du travail car il a "toujours mal au dos et à la jambe".

A la réponse "ça va vraiment pas Docteur", quel étonnement sera le notre, devant un malade ne faisant à aucun moment allusion à sa sciatalgie ou à sa lombalgie et qui ne détournera pas ses réponses du chemin de ses ennuis financiers, familiaux, conjugaux ou professionnels.

Pire encore, lors de la première consultation, l'expression "Docteur je souffre !" le Médecin doit bien prendre garde à ne pas espérer se charger de la "Souffrance Humaine" à coup de médicaments, infiltrations ou bistouris.

N'ayons pas l'outrequidance de pousser plus loin ces considérations "Psycho-Socio-Anthropologiques" et entrouvons quelques instants la porte de l'évaluation économique de nos actes médicaux.

Dans ce domaine la surprise est encore plus grande.

L'évaluation des coûts directs et indirects à la charge de l'entreprise pour un jour d'arrêt de travail en régime Accidents du Travail a pu être évaluée à 8.000 F par jour (pour une entreprise de 300 employés à salaire moyen de 10.000 F)

Combien coûte dans ce cas une hernie discale après 3 à 6 mois (ou plus) d'arrêt de travail ?

Il est donc clair que ce qui "coûte au système" c'est l'arrêt de travail, ce qui "rapporte" c'est la réinsertion professionnelle rapide.

Ainsi, en terme d'évaluation financière du coût de la hernie discale traitée, ce ne sont pas tant l'hospitalisation en service spécialisé de rhumatologie pendant quelques jours, ni la prise en charge chirurgicale qui vont grever la charge financière du traitement (le traitement chirurgical tout compris coûte en effet l'équivalent de 3 à 4 jours de charges financières pour l'entreprise).

La vraie économie pourra être attendue, en fait, du traitement qui offrira les plus grandes chances de reprise rapide d'activité professionnelle ou, en cas de réorientation, de la structure qui offrira les solutions les plus rapidement adaptées.

Force est de constater, par ailleurs, que le seul dénominateur commun à l'évaluation des résultats par nos opérés eux-mêmes est l'avenir professionnel. Lorsque l'avenir socio-professionnel est "ouvert" (chef d'entreprise, profession libérale, métier passionnant ou rémunérateur) le taux de succès est voisin de 100 %, y compris lorsque persistent des signes objectifs d'échec du traitement. Lorsque l'avenir socio-professionnel est "fermé" (travailleurs de force ou travail pénible, chômeurs en fin de droit) en l'absence de réinsertion professionnelle en travaux adaptés, les résultats décroissent de façon plus que brutale. (Le comportement différent des deux catégories apparait par ailleurs légitime).

Nous retrouverons je l'espère, tout au long de ces deux jours, ces apparentes contradictions en nous interrogeant plus profondément sur les clichés du type :

- Il faut opérer les sciatiques paralysantes !

- Il faut infiltrer les hernies volumineuses hyperalgiques pour permettre de "passer le cap"

Combien de sciatiques paralysantes conserveront leur déficit après un traitement médical ?

Combien de déficit vont-ils récupérer après une intervention chirurgicale ?

A quoi correspond "passer le cap" ?

(Très souvent dans ce cas : au mieux l'hyperalgie sera contrôlée, mais pas la gêne fonctionnelle et encore moins la reprise d'une activité professionnelle).

Parfois encore : "Le traitement chirurgical est un échec du traitement médical"...

Le traitement chirurgical n'est pas l'échec d'un autre quelconque traitement, mais est en fait, un des volets de la palette large des solutions thérapeutiques qui donne de rapides et excellents résultats lorsqu'il est proposé au "bon moment" par le "bon médecin" chez un "bon malade".

"L'honneur" de la démarche thérapeutique est en fait beaucoup plus dans la concertation pluridisciplinaire que dans les tentatives desespérées, infructueuses et dangereuses d'obtenir à tout prix un résultat par les méthodes ne relevant que de sa propre spécialité.

Nous ne faillirons cependant pas à nos habitudes. (La médecine et la chirurgie dites "conventionnelles" restent encore à nos yeux les solutions les plus efficaces et les plus contrôlables pour satisfaire la première aspiration de tous les médecins : le soulagement du malade), en consacrant la première matinée aux traitements médicaux et chirurgicaux de la sciatique par hernie discale (avancées du traitement médical, quand opérer, que faire ?)

L'après-midi aura pour thème principal : l'Evaluation des résultats en espérant trouver les bases d'un consensus d'évaluation pluridisciplinaire. (L'essentiel de l'éditorial a tenté d'en montrer l'insigne difficulté).

Le lendemain matin, sous la présidence du Professeur H. ROUX particulièrement au fait de cette pathologie, c'est le rachis infecté, (particulièrement la spondylodiscite) qui retiendra notre attention.

Je suis très heureux de partager la Présidence de cette première journée avec le Professeur Charles MENKES qui, à mes yeux, réunit toutes les qualités requises pour représenter le volet médical du traitement des sciatiques par hernie discale. J'ai pu apprécier le très haut niveau scientifique de ses prestations, la très grande rigueur dans ses démarches intellectuelles et la qualité de son comportement personnel à travers nos réunions depuis la fondation de la Société Française de Nucléolyse relayée par la création d'INTERACHIS associé actuellement au GIEDA que j'ai l'honneur de présider cette année 2000.

Traitement chirurgical des hernies discales lombaires sous contrôle vidéoscopique

I.Hovorka, A.Damotte, H.Arcamone, C.Argenson, P.Boileau

C.H.U. de Nice, Hôpital de l'Archet II

Service de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique

Chef de Service: Pr P.Boileau

151, Route de Saint Antoine de Ginestière, 06200 Nice

Introduction:

La discectomie chirurgicale est l'une des opération qui est le plus fréquemment pratiquée dans la chirurgie rachidienne. Un développement important a été mené depuis des années 70 pour diminuer le traumatisme chirurgical de ces opérations et pour rendre plus rapide et plus complète la récupération de ces patients. Avec l'apparition des techniques de discectomie sous vidéoscopie il est possible de réaliser une cure de hernie discale avec un traumatisme minime, sans être limité dans les indications.

Nous avons adopté la technique de J. Destandau [1.] dans notre service et nous l'utilisons systématiquement depuis juin 1998. Nous rapportons les résultats cliniques de 40 premiers patients.

Matériel et méthodes:

Nous avons opéré 40 patients entre juin 1998 et Août 2000.

Il s'agit de 24 hommes et 16 femmes. L'age moyen a été de 43 ans (de 24 à 78 ans).

35 patients avaient une activité professionnelle salariée, il y avait 7 travailleurs de force, 8 patients utilisaient régulièrement un véhicule dans le cadre de leur profession, 5 avaient une activité sédentaire, 4 étaient retraités, 1 sans emplois. 8 patients étaient victime d'un accident de travail.

Ils ont tous présenté une hernie discale lombaire confirmée par l'IRM ou par Scanner. 11 patients présentaient une sténose du canal rachidien.

L'inclusion pour la technique vidéoscopique a été systématique comprenant toutes indications pour discectomie chirurgicale.

À l'examen clinique préopératoire, on retrouvait 9 patients avec un déficit sensitif partiel; 4 patients avaient un déficit sensitivomoteur; deux un déficit moteur pur. Six patients ont été hyperalgiques. Trente patients ont été opérés pour traitement médical inefficace. Quinze patients avaient une lombalgie importante coté entre 4 et 6 sur 10 sur l'échelle visuelle analogique. Tous nos patients ont été préalablement traités médicalement. La durée minimum du traitement médical était de 8 semaines. Cinq patients ont été opérés avant ce délai pour aggravation de signes neurologiques déficitaires.

Le délai moyen entre le début des syndromes et de l'opération était de 16 mois.

Un patient a été opéré à l'étage L3-L4, onze à l'étage L4-L5, vingt-six à l'étage L5-S1 et deux aux étages L4-L5 et L5-S1.

Tous les patients ont été opérés selon la technique de J. Destandau.

Le patient est installé en position genu pectorale. L'opération se déroule au travers d'un instrument présentant plusieurs perforations, qui accueillent la caméra, l'aspiration, l'écarteur de racine et des instruments successifs pour la discectomie (figure 1.)

Dans chaque cas, nous avons pratiqué une discectomie partielle en enlevant des hernies et des fragments intradiscales facilement mobilisables sans curetage complet de l'espace intervertébral.

Un protocole de rééducation accéléré a été utilisé systématiquement, avec lever le jour même de l'opération, la position assise a été autorisée immédiatement, ainsi que des courts trajets en voiture dès la diminution des douleurs.

Aucune immobilisation externe n'a été utilisée.

Résultats

La durée moyenne du temps opératoire est de 63 minutes (30 à 150 minutes). La longueur de l'incision ne dépassait pas 2 cm. Aucune conversion vers la technique ouverte n'a été nécessaire. Pour un cas, un Redon a été utilisé pour cause de saignement épidural.

Pour 4 patients, nous avons réalisé un recalibrage sous vidéoscopie pour sténose associée dont deux bilatérale.

Nous n'avons pas à déplorer de plaie de la dure-mère, ni hématome postopératoire.

38 patient ont été soulagés en postopératoire de la sciatalgie.

Deux patients avec canal lombaire étroit associé ont été réopérés dans les trois jours postopératoires d'une décompression plus large pour sciatalgie persistante malgré une discectomie satisfaisante. Lors de la reprise, nous n'avons pas retrouvé d'hématome postopératoire, ni fragment discal pour ces patients et les symptômes ont cessé rapidement après décompression plus large par technique à ciel ouvert.

Les 15 patients présentant un déficit sensitif ou moteur préopératoire ont montré une récupération rapide. Une patiente présentait en postopératoire une hypoesthésie récupérée à 1 mois.

La durée moyenne d'hospitalisation est de 3,92 jours (2 à 10 jours).

Nous avons à déplorer deux infections postopératoires, une profonde, l'autre superficielle, toutes les deux résolues rapidement par nettoyage chirurgical et antibiothérapie.

Une patiente avec sténose associée a été réopérée d'une décompression à 12 mois postopératoire pour réapparition progressive de la sciatalgie.

Seize patients (47 %) ont repris le travail dans les deux premiers mois, vingt-deux (64 %) dans les trois premiers mois. Trois patients ont repris le travail entre trois et six mois, deux à plus d'un an. Sept étaient toujours en arrêt de travail lors de leurs visites.

Tous les patients ont été revus. La durée moyenne du suivi est de 13 mois (entre 2 et 27 mois).

Neuf patients présentent une lombalgie cotée à 3 en moyen sur une échelle de 10.

36 patients non repris par la technique ouverte ont pu être évalués par les scores de WADDELL et PROLO.

25 patients avaient un excellent résultat (69,4 %) (score à 0 ou 1) selon le score de WADDELL, 8 un bon résultat (22,2 %) (score de 2 à 3), 2 (5,5 %) moyens (score de 4 à 5), et un (2,7 %) mauvais résultats( score inférieur à 4).

3 patients retraités ou sans emploi n'ont pu être évalués par le score de PROLO, qui détermine le retentissement économique de l'affection sur les patients, le total sera donc ramené à 33.

25 patients (75,8 %) avaient un excellent résultat (score de 9 à 10), 3 (9,1 %) un bon résultat (score de 7 à 8), 3 (9,1 %) un résultat moyen (score de 5 à 6), et 2 (6,1 %) mauvais résultats (score inférieur ou égal à 4).

Discussion

Cette première expérience avec cette technique nous a montré que la discectomie sous vidéoscopie est une technique faisable dans les conditions de sécurité. Nous avons pu constater qu'il existe un très bon contrôle des éléments neurologiques, et de l'hémostase. Cette technique nécessite une période d'apprentissage courte à condition que le chirurgien soit déjà expérimenté dans la discectomie classique.

Le matériel nécessaire n'est pas onéreux puisque la colonne d'arthroscopie est déjà disponible dans la majorité des blocs opératoires. Il est avantageux que les instruments soient d'une taille normale, identiques à la technique classique.

Le temps opératoire diminue avec l'expérience.

Le temps d'hospitalisation était variable dans cette série, car nous ne voulions pas faire pression sur certains patients qui ne se sentaient pas en sécurité en dehors de l'hôpital à 48 heures après une opération de la colonne vertébrale. Ce temps pourra être diminué progressivement dans l'avenir, comme c'était le cas pour les arthroscopies du genou.

La technique favorise un abord étroit. L'exposition du canal médullaire prend plus de temps qu'en chirurgie ouverte. Comme la visibilité est très bonne, le chirurgien ne ressent pas la nécessité de l'agrandissement quand l'accès à la hernie est déjà assurée. Cette étroitesse de l'exposition préserve l'anatomie, mais malgré un geste discal efficace, pour deux cas, ou une sténose a été associée, il a conduit à une décompensation par l'_dème postopératoire et à la nécessité d'une reprise chirurgicale précoce. Pour une autre patiente avec sténose associée, une décompression a été nécessaire à 12 mois postopératoire. Depuis nous associons systématiquement une décompression unilatérale sous vidéoscopie.

Pour des cas non compliqués nous avons remarqué une récupération très rapide par rapport à ce que nous avons eu l'habitude de voir dans le cas des patients opérés par la technique classique, toutefois des études comparatives sont nécessaires pour le déterminer.

Conclusion

La discectomie sous vidéoscopie s'est révélée comme une technique efficace, qui peut être pratiqué en sécurité. L'association de la sténose à une hernie discale constitue la limite de cette technique et nous conseillons d'associer systématiquement une décompression efficace à la discectomie. La rééducation accélérée facilite la récupération et ne génère pas de récidive dans cette série. Cette technique mini invasive semble accélérer la récupération des patients après discectomie, mais des études comparatives sont nécessaires pour le démontrer.

Bibliographie

1.            Destandau J.

Special device for endoscopic surgery of lumbar disk herniation

Neurol Res 1999 21:1,39-42

Légendes

Figure 1.: Schéma de l'opération.