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UTILISATION DE LA RADIO-FRÉQUENCE EN CHIRURGIE RACHIDIENNE
Olivier
RICART
Clinique
A.Paré
21,Route
de Guentrange
57100
Thionville (France)
1-INTRODUCTION
Le but de cette communication est simplement
de présenter une nouvelle technologie et ses possibles applications en
chirurgie rachidienne. Il s'agit de la "coblation" (coblation
des anglo-saxons qui est une contraction de "cold ablation"), ce
terme est employé pour définir une technique d’ablation tissulaire par
l’intermédiaire d’une énergie à radiofréquence délivrée par le biais d'une
sonde bipolaire.
Les techniques électro chirurgicales sont très utiles et efficaces mais génèrent une énergie très élevée au niveau du tissu cible,
ayant pour conséquence une augmentation importante de la température locale
et à terme une pyrolyse.
La coblation est au contraire une technique
qui ne chauffe pas au-delà de 60° le tissu intéressé. Cette technique
est basée sur l’application d’une énergie à radiofréquence à un fluide
de conduction présent entre l’électrode et le tissu cible.
Le fluide est transformé en un film vaporisé
et ionisé appelé plasma. Les ions du plasma chargés électriquement provoquent
la désintégration cellulaire du tissu cible molécule par molécule. Cette
méthode entraîne une exérèse tissulaire volumétrique précise sans dommage
au niveau des tissus adjacents. Par ailleurs, la coblation peut être utilisée
en mode continu, en opposition avec le laser Excimer qui en mode ablation
nécessite une énergie pulsée de manière à éviter une augmentation de température
excessive des tissus adjacents.
La Coblation peut de façon simultanée coaguler les petits vaisseaux
et les extrémités nerveuses, et à une puissance moins élevée produire
une hémostase des plus gros vaisseaux ainsi qu'une contraction tissulaire.
Cette technologie est déjà utilisée en chirurgie arthroscopique :
méniscectomies, chondroplasties et rétraction capsulaire pour le
traitement des instabilités gléno-humérales.
2-MATERIEL ET METHODES
À ce jour nous avons utilisé la coblation en chirurgie rachidienne
dans 20 cas dans les indications suivantes :
1-préparation
des plateaux vertébraux en vue d’une arthrodèse inter somatique lombaire,
cervicale ou thoracique (3 cas)
2-traitement des fissures annulaires
lombaires par thermomodulation collagénique et dénervation annulaire par
voie d’abord classique directe ou percutanée (6 cas)
3-traitement
des protrusions discales médianes symptomatiques et des hernies discales
sous ligamentaires par voie d’abord classique ou percutanée comme alternative
à la nucléolyse ou a la nucléotomie percutanée (effet de rétraction annulaire
et nucléaire : « shrinkage»
discal et diminution de la pression intradiscale) (6 cas)
4-traitement complet ou adjuvant de l’instabilité articulaire postérieure
par rétraction des capsules postérieures dans les spondylolisthésis dégénératifs
débutants (5 cas)
3-DESCRIPTION DES TECHNIQUES UTILISEES ET RESULTATS PRELIMINAIRES
1-la préparation des plateaux vertébraux en vue d’une arthrodèse
inter somatique lombaire, cervicale ou thoracique (plif ou alif par abord
classique antérieur ou postérieur, par mini abord ou par laparoscopie
ou thoracoscopie)
L’utilisation
de la radiofréquence dans cette indication vise à « nettoyer »
les plateaux vertébraux en utilisant son potentiel de désintégration des
parties molles attenantes (disque et ligaments). L’intérêt est la
rapidité et la sécurité du geste par rapport aux techniques habituelles
de curetage. Par ailleurs les plateaux peuvent êtres débarrassés des résidus
cartilagineux de façon très précise et atraumatique sans entamer l’os
sous-chondral, gage d’une meilleure stabilité de la future cage inter
somatique.
Nous avons utilisé la radiofréquence
2 fois pour la préparation des plateaux vertébraux lombaires par voie
antérieure et une autre fois par voie coelioscopique, le faible calibre
des sondes rendant ce geste très aisé.
2-traitement des fissures annulaires lombaires par thermomodulation
collagénique et dénervation annulaire par voie d’abord classique directe
ou percutanée (alternative à l’ "IDET" : intradiscal
electrothermal therapy).
La majorité des lombalgies communes sont
liées à la dégénérescence discale. L’on admet que le stade initial
de cette dégénérescence est en rapport avec l’apparition de fissures radiaires
de l’annulus par activation inflammatoire de nocicepteurs nerveux annulaires.
Le but de la radiofréquence est de traiter des patients symptomatiques
présentant ces fissures en tentant de les faire cicatriser.
L'innervation du disque a été bien étudiée
et comprend une triple origine : nerfs sinu vertébraux, rameaux gris et
communicants nés de la chaîne sympathique lombaire et branche antérieure
du nerf rachidien.
Des filets nerveux pénètrent le tiers
périphérique de l'annulus discal et se distribuent à la face antérieure,
latérale est postérieure du disque. Des terminaisons libres ont été constatées
à la périphérie du disque pouvant s'étendre jusqu'à la moitié de l’annulus
des disques pathologiques.
Des fibres fines à conduction lente myélinisées
A delta (mécano- nocicepteurs répondant aux fortes stimulations mécaniques)
et des nocicepteurs polymodaux C répondant à toutes les modalités de nociception
mécaniques ou chimiques ont été constatées dans l'annulus discal.
Certaines de ces unités ont des seuils
de réponse très élevés et pourraient se comporter comme des récepteurs
silencieux ne répondant pas facilement aux stimulations mécaniques mais
excitables en revanche par des stimulations chimiques provoquées par des
substances inflammatoires que l’on retrouve après activation enzymatique
liée à la dégénérescence des composants intra-discaux.
L’IRM permet actuellement de détecter
ces fissures annulaires par visualisation d’une zone hyper intense à la
partie postérieure du disque en T2 (HIZ :high intensity zone des
anglo-saxons).
La coblation à l’aide d’une sonde à radiofréquence
permet une contraction ( » shrinkage ») des fibres
collagéniques discales de type I par effet thermique créant ainsi une
augmentation de la résistance et la stabilité de l’annulus et en conséquence
un effet de cicatrisation de la fissure annulaire.
La coblation détruit également les nocicepteurs
polymodaux de type C de l’annulus discal qui représentent la source algogène
dans ce type de pathologie (travaux de Saal et coll).
Six patients présentant une fissure annulaire
de type 4 selon la classification d’Adams diagnostiquée sur l’IRM puis
confirmée par disco-scanner ont été traités par sonde à radiofréquence
intradiscale. Tous ces patients présentaient des lombosciatalgies résistantes
au traitement médical depuis plus d’un an.
Le résultat chez tous les patients est
tout à fait spectaculaire sur le plan de la douleur y compris
en post-opératoire immédiat. Ce bon résultat se maintient au dernier
recul qui ne dépasse pas 6 mois dans notre expérience.
Cette technique se différencie de l’IDET(intradiscal
electrothermal therapy) qui utilise un cathéter intra-discal thermoélectrique
monopolaire qui délivre une température supérieure à la sonde à radiofréquence
utilisée dans cette étude et qui a été incriminée dans des cas de « nécroses »
discales et des altérations cartilagineuses des plateaux vertébraux.
3-traitement des protrusions discales médianes symptomatiques et
des hernies discales sous ligamentaires par voie d’abord classique ou
percutanée (alternative à la nucléolyse ou a la nucleotomie percutanée
par effet de rétraction annulaire et nucléaire : « shrinkage»
discal et diminution de la pression intradiscale)
La chymonucléolyse est indiquée dans
le traitement des hernies discales lombaires sous ligamentaires. Les résultats
sont globalement satisfaisants, mais les inconvénients majeurs de la technique
sont représentés par les discopathies post nucléolyse avec un pincement
à l’origine de lombalgies et le risque allergique lié à la papaïne.
La thermomodulation du collagène discal
(effet de contraction des fibres collagéniques de type I) à l’aide d’une
sonde à radiofréquence intradiscale percutanée pourrait représenter une
alternative à la chymionucléolyse tout en diminuant ses effets négatifs.
La coblation par sonde à radiofréquence
détruit également les nocicepteurs polymodaux de type C de l’annulus discal
qui représentent également une source algogène dans ce type de pathologie.
Nous menons actuellement une étude comparative
randomisée prospective entre deux
groupes de patients présentant une hernie discale sous-ligamentaire ou
une protrusion symptomatique, l’un traité par chymonucléolyse et l’autre
par sonde à radiofréquence intra-discale percutanée. Les 6 premiers patients
traités par cette technique ont un résultat comparable à 6 mois de recul
par rapport à ceux qui sont traités par injection de papaine. Il
faut noter au crédit de la radiofréquence une nette diminution de la recrudescence
lombalgique précoce que l’on rencontre souvent après chymionucléolyse.
Seul un recul plus important permettra
de conclure quant à l’efficacité de cette technique.
4-traitement complet ou adjuvant de l’instabilité articulaire postérieure
par rétraction des capsules postérieures dans les spondylolisthésis dégénératifs
débutants
Le spondylolisthésis dégénératif et résultat
d'une instabilité lombaire locale associant un facteur discal (pincement,
vide discal, hernie) et une usure articulaire postérieure, le plus souvent
dans contexte de d'hyper lordose, de surcharge pondérale, et d'hyper mobilité
discale et articulaire postérieure survenant plus volontiers chez les
femmes.
L’étiologie et du spondylolisthésis dégénératif
est essentiellement représentée par l'usure articulaire postérieure , une
instabilité rotatoire et enfin une dégénérescence discale ayant pour conséquence
une sténose centrale et à moindre degré une sténose foraminale.
Le glissement vertébral et qui le caractérise
nécessite une subluxation des facettes articulaires et la présence d'une
dégénérescence du disque qui devient incapable de résister au glissement.
Ce dernier se produit dans le sens de
la pente du plateau supérieur de la vertèbre sous-jacente, soit le plus
souvent vers l'avant au niveau du rachis lombaire inférieur, et vers
l’arrière au niveau du rachis lombaire supérieur.
La séméiologie de ces deux types de glissements
est très différente, le premier implique une altération profonde des articulations
zygapophysaires : arthrose érosive le plus souvent sagittalisation des
interlignes, tandis que le second se contente d'écarter les facettes articulaires
dont la morphologie est peu remaniée.
Ces glissements peuvent être parfaitement
sagittaux, mais le plus souvent ils comportent une composante rotatoire
plus ou moins marquée que les coupes scanner permettent de découvrir et
de quantifier.
La
notion de rotation est importante, car il existe une relation entre la
rotation et l’expression clinique de la sténose : les spondylolisthésis
à composante rotatoire faible< 5° ou nulle se traduisent par une radiculalgie
bilatérale et une compression du sac dural, tandis que les spondylolisthésis
à forte composante rotatoire de 5° à 12° s'accompagnent en règle générale
d'une radiculalgie unilatérale du côté du glissement maximal, soit le
côté opposé au sens de la rotation.
Les spondylolisthésis dégénératifs commencent
par être intermittents et réductibles. Plus tardivement ils deviennent
permanents, persistant même en décubitus cela ne signifie pas qu'ils demeurent
mobiles, point fondamental pour le traitement, que seuls les clichés dynamiques
peuvent affirmer.
L'on
considère généralement comme instables les spondylolisthésis ayant une
mobilité de plus de 3 mm entre les clichés en flexion et en extension
ainsi qu’une amplitude angulaire supérieure à 18°
Cinq cas de spondylolisthésis dégénératifs
débutants peu instables, c'est-à-dire présentant un glissement inférieur
à 3 mm lors du passage de l'extension à la flexion avec une hauteur discale
normale ou subnormale, ont été traités par décompression radiculaire et
par rétraction capsulaire en utilisant une sonde à radiofréquence sur
les capsules articulaires postérieures.
À ce stade, où la dégénérescence et l'instabilité
articulaire postérieure sont effectives alors que le disque n'est pas
encore très altéré nous pensons qu'une stabilisation des articulaires
postérieures associée au traitement de la sténose peut suffire à enrayer
l'aggravation progressive de ce spondylolisthésis et ainsi éviter à terme
une arthrodèse éventuelle. Les clichés dynamiques post-opératoires nous
confortent dans cette hypothèse. Le testing per-opératoire de l’écartement
interépineux avant et après la rétraction capsulaire facettaire induite
par la sonde à radiofréquence nous permet de constater de façon effective
l’effet de la coblation.
4-CONCLUSION
Considérant ces résultats préliminaires (recul entre 6 mois et un
an) comme très prometteurs nous pensons que la technologie de radiofréquence
et spécialement la coblation ouvre de nouveaux horizons en chirurgie rachidienne.
Les avantages de la coblation nous semblent être : un geste plus
précis sur le plan opératoire, une diminution du temps opératoire, une
réhabilitation plus rapide pour le patient ainsi qu'une diminution des
douleurs postopératoires. Bien que cette expérience préliminaire soit
encourageante, ces résultats demandent à êtres confirmés par des études
contrôlées.