LES HERNIES
DISCALES LOMBAIRES
FORAMINALES
ET EXTRA-FORAMINALES
R. GHOZLAN
Service de Rhumatologie, Hôpital Européen de Paris – La Roseraie (Aubervilliers)
Les hernies discales lombaires foraminales et/ou
extra-foraminales sont des hernies qui sont situées dans le foramen et
en dehors de celui-ci. Elles sont parfois source de difficultés diagnostiques
cliniques et thérapeutiques. Leur rareté est plus apparente que réelle.
En effet, leur fréquence varie de 3,7 à 10,3 %. La racine peut en effet
être comprimée tout au long de son trajet dans le canal radiculaire depuis
l'espace rétro-discal (où le conflit se situe le plus souvent) jusqu'au
foramen par une hernie du disque sous-jacent, en passant par le récessus
où la hernie peut migrer de façon ascendante.
L'anatomie
explique que la radiculographie puisse être normale dans la mesure où
elle explore la racine sans atteindre le foramen. L'avènement du scanner
a considérablement modifié le diagnostic de cette variété de hernies discales.
Il est classique d'individualiser les hernies discales foraminales, extra-foraminales
ou médio-foraminales. Ainsi, en fonction des variétés de hernies foraminales,
on pourra observer des radiculalgies intéressant les racines sus et sous-jacentes.
Tous
les niveaux lombaires entre L3 et S1 sont concernés. Par rapport à l'ensemble
des hernies discales, elles seraient plus fréquentes en L3-L4.
Pour
certaines auteurs, la hernie discale foraminale serait provoquée par un
traumatisme avec flexion latérale du tronc. Ailleurs, la radiculalgie
est d'apparition plus progressive dans un contexte de lombalgies chroniques
sans facteur déclenchant net.
Clinique
L'âge
moyen des patients varie entre cinquante-quatre et cinquante huit ans
alors qu'il serait de quarante-et-un ans pour les hernies discales classiques
avec une prédominance plus grande pour le hommes que pour les femmes.
Il n'y a pas de tableau clinique particulier. Tantôt la présentation est
celle d'une radiculalgie hyperalgique, tantôt on est en présence d'une
symptomatologie traditionnelle. La raideur rachidienne est peu importante
en règle générale.
Le
signe de Lasègue a une amplitude variable. En cas de cruralgie, le signe
de Léri est presque toujours présent, on note assez souvent un déficit
neurologique précoce et parfois important. En cas d'atteinte biradiculaire,
le déficit neurologique peut intéresser, mais pas toujours, les deux racines.
La radiographie standard
Elle
peut être normale et montrer des altérations discales relativement banales.
Il est rare que la diminution de hauteur du disque entraîne une réduction
de taille du foramen, majorant une éventuelle contrainte à ce niveau.
Le scanner
C'est
l'examen de choix pour mettre en évidence cette variété de hernie. Il
est fondamental que la méthode comporte des coupes immédiatement sous-pédiculaires
et passant par le disque. Il existe en général une bonne corrélation anatomique
et tomodensitométrique. Le scanner permet surtout d'objectiver la tendance
à la migration en règle générale vers le haut de la hernie discale et
de mettre parfois en évidence certains fragments discaux exclus.
L'IRM
Elle
peut éventuellement constituer une indication dans cette variété de hernie
discale. Les coupes axiales donnent des résultats relativement superposables
à ceux fournies par la tomodensitométrie. En revanche, les coupes para-sagittales
passant par le foramen, mettent en évidence une diminution de la graisse
épidurale, ailleurs la présence de matériel discal à la partie basse du
foramen.
La radiculographie
C'est
un examen qui a des limites pour les raisons anatomiques que nous avons
signalées plus haut. Cependant, de temps en temps, on peut noter un pseudo
élargissement de la terminaison de la gaine lorsqu'en particulier la hernie
a tendance à migrer vers le haut. Ailleurs, on peut noter, notamment lorsque
la hernie a un développement médian, une compression de la racine sous-jacente.
La discographie
Lorsqu'elle
est pratiquée avant une nucléolyse, elle montre une fuite du produit de
contraste latéralement vers le foramen. Cette dernière est d'autant plus
visible que l'examen est couplé à un scanner.
LE DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
Le
diagnostic est tout à fait classique avec une grosse racine ou une anomalie
d'émergence des gaines radiculaires, éventuellement un neurinome, plus
rarement avec un kyste développé au niveau de la synoviale de l'articulation
inter-apophysaire postérieure. Il est plus rare que l'on ait à discuter
une épidurite d'origine infectieuse ou en rapport avec un processus lymphoïde.
LE TRAITEMENT
Il
repose dans un premier temps sur les médications habituelles (antalgiques,
anti-inflammatoires, injections locales de corticoïdes par voie épidurale).
Si
l'on prend en considération le caractère latéral ou extra-latéral de la
hernie, il semble plus rationnel de procéder à une injection péri-radiculaire
de corticoïdes qui dans notre expérience nous a donné satisfaction dans
un grand nombre de cas.
En
cas d'échec, on peut envisager la nucléolyse à la chymopapaïne.
Pour
les auteurs qui l'ont utilisée, lorsque les indications de la méthode
sont respectées, elle donnerait des résultats sensiblement équivalents
à ceux notés lors du traitement de la hernie discale, ce n'est pas cependant
ce que nous avons observé dans notre expérience.
La
nucléotomie percutanée a été pratiquée avec succès par certains auteurs.
Le
traitement chirurgical est représenté par l'abord interlamaire classique
auquel il faut associer une arthrectomie (ablation de la facette articulaire
inférieure de la vertèbre sus-jacente). Cela permet la libération de la
racine qui doit être suivie depuis le pédicule jusqu'à la sortie du canal
de conjugaison. D'éventuels fragments sont retirés et le disque est cureté
de manière habituelle. Cependant, il faut savoir que l'abord du foramen
est souvent difficile.
Il
est exceptionnel que l'on ait recours à la voie extra-isthmique. Si ces
conditions sont remplies, le résultat sur la douleur radiculaire est comparable
à celui observé dans la hernie discale lombaire commune.