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Traitement de la lombosciatique
par nucléolyse laser. A propos de 30 patients suivis 6 mois.
R. Dupuy¹ ³, B. Lavignolle²,
J.R. Vigne¹, D. Liguoro¹, M. Dautheribes¹, F. San Galli¹, J Guérin¹
¹ : Service de Neurochirurgie
A, CHU Pellegrin, place Amélie Raba-Léon, 33000 Bordeaux
² : Service de Chirurgie
orthopédique (Pr Vital), CHU Pellegrin, place Amélie Raba-Léon, 33000
Bordeaux
³ : Service de rhumatologie
(Pr Dehais), CHU Pellegrin, place Amélie Raba-Léon, 33000 Bordeaux
Tirés à part : Dr R.
Dupuy, service de Neurochirurgie A, CHU Pellegrin, place Amélie Raba-Léon,
33000 Bordeaux
RESUME
Depuis1986, le laser est utilisé
dans le traitement percutané des hernies discales. Grâce à un effet thermique,
il induit une vaporisation du nucleus pulposus et permet une décompression
discale à l’origine du soulagement des patients.
Objectifs de cette étude. Evaluer l’efficacité clinique de la nucléolyse
laser sur la douleur, l’incapacité fonctionnelle et la qualité de vie
de patients souffrant de lombosciatique par hernie discale
Méthode. Trente patients porteurs d’une lombosciatique par hernie
discale depuis plus de trois mois ont été sélectionnés à partir de critères
cliniques et radiologiques. Tous n’étaient pas soulagés par un traitement
médical bien conduit. Tous ont été traités par voie percutanée avec un
laser diode 940 nm de longueur d’onde. Tous ont été suivis de façon prospective
sur une durée de six mois par un examinateur différent de l’opérateur.
Les paramètres d’évaluation étaient le niveau de douleur lombaire et radiculaire
ressentie (EVA), le degrés
d’incapacité fonctionnelle (Oswestry) et la qualité de vie (SF-36).
Résultats. 6 mois après l’intervention 23 (76.6%) patients sur les
30 inclus étaient soulagés de leur douleur sciatique (EVA < 20% ).
La douleur lombaire et le degrés d’incapacité fonctionnelle diminuaient
tandis que la qualité de vie augmentait. Les patients en échec trois mois
après la procédure (23.4%) ont tous été soulagés après discectomie chirurgicale.
Conclusion. La nucléolyse laser permet une diminution significative
à 6 mois de la douleur, de l’incapacité fonctionnelle et une augmentation
de la qualité de vie dans un groupe de patients sélectionnés porteurs
d’une lombosciatique résistante au traitement médical.
Mots clés : nucleolysis - laser – percutaneous spine treatment
INTRODUCTION
Dans le souci de minimiser
la voie d’abord, le temps d’hospitalisation et les complications de la
chirurgie discale à ciel ouvert, un traitement percutané des hernies discales
a été développé depuis 25 ans. Différentes techniques de discectomies
ont été décrites : la discectomie instrumentale (1), la décompression
latérale de décharge de MONTEIRO et coll. (2), la discectomie sous endoscopie
(3) et la nucléoaspiration automatisé de G. ONIK (4).
ASHER et CHOY furent les premiers
en 1986 à mettre au point la nucléolyse percutanée laser lombaire (5) ;
ils utilisaient un laser néodynium YAG. D’autres auteurs comme SIEBERT
(6) LIEBLERT (7) ou GANGI et coll. (8) utilisent le laser dans le traitement
percutané des hernies discales.
Nous rapportons notre expérience
à propos de 30 patients souffrant d’une lombosciatique par hernie discale,
traités par nucléolyse laser et suivi pendant 6 mois.
METHODES
Population
L’étude a été réalisée au
Centre Hospitalo-Universitaire de Bordeaux. Les patients étaient recrutés
par des rhumatologues, des spécialistes de médecine physique, des neurochirurgiens
et des chirurgiens orthopédistes. Les critères d’inclusion et d’exclusion
étaient les suivants :
·
Critères d’inclusion :
Patients âgés de moins de
65 ans, porteurs d’une lombo-sciatique résistante au traitement médical
et repos depuis plus de 3 mois.
Présence au scanner ou à l’IRM
d’une hernie discale en position médiane ou postéro-latérale, sous ligamentaire,
non migrée ou exclue dans le canal rachidien.
Correspondance entre le trajet
douloureux décrit par le patient et la racine nerveuse comprimée par la
hernie discale.
·
Critères d’exclusion :
Patients présentant un syndrome
de queue de cheval ou un déficit du membre inférieur (parésie du releveur
propre du premier orteil coté 4/5 tolérée) .
Patients dont l’imagerie et
la symptomatologie laissaient croire à une autre étiologie qu’à une hernie
discale lombaire.
Patients opérés antérieurement
du rachis lombaire ou mis en invalidité pour une pathologie rachidienne.
Patients alcooliques ou porteurs
d’une maladie endocrinienne ou métabolique avec polyneuropathie.
Traitement
Après information des patients
sur le principe, le déroulement et les risques de l’intervention, il fut
procédé à une évaluation initiale (tableau 1).
Tous les patients furent traités
par le même opérateur selon la technique suivante :
patient positionné en décubitus
latéral, couché sur le coté opposé à la douleur, anesthésie locale des
plans cutanés , musculaires et articulaires postérieurs avec de la lidocaïne
1%, après abord du disque par voie postéro-latérale à l’aide d’une aiguille
16 G sous contrôle radioscopique, une discographie était réalisée (Iopamiron
300® : 2cc), une fibre laser (600 µm) était ensuite introduite dans
le disque à travers la même aiguille, l’appareil (Laser Dornier-D diode
940nm de longueur d’onde) était mis en marche délivrant avec une puissance
de 15 watts des tirs de 1 secondes toutes les 4 secondes pour une dose
totale de 1600 joules dans le disque L4L5 et 1200 joules pour L5S1. La
fibre était placée en position centrale puis postéro-latérale. Les patients
restaient ensuite 2 heures en salle de réveil puis étaient levés et repartaient
l’après-midi de l’intervention.
Evaluation et suivi :
Les malades furent évalués
avant l’intervention puis à 1 mois, 3 mois et 6 mois. A chaque visite
le malade était évalué par le même médecin qui était différent de l’opérateur
ou des recruteurs. Les outils d’évaluations étaient :
·
Une échelle visuelle analogique (EVA) de la douleur lombaire
(graduée de 0 à 100 mm) et de la douleur radiculaire (graduée de 0 à 100
mm) (9).
·
L’échelle fonctionnelle d’Oswestry pour la lombalgie (10).
·
Le questionnaire de qualité de vie SF-36 (11).
Pour que le résultat de l’intervention
soit jugé comme un succès, il fallait que le patient ne ressente plus
de douleur radiculaire ou une douleur inférieure strictement à 20 mm sur
l’EVA au 6ème mois.
Pour que le résultat de l’intervention
soit jugé comme un échec, il fallait que le patient ressente la même douleur
radiculaire, une augmentation ou une baisse de douleur mais moins de 20
mm par rapport à sa douleur de départ jugée par l’EVA et cela au 3ème
mois post-opératoire.
Analyse statistique :
Le calcul des moyennes et
des écart-types fut établi à l’aide de la fonction « moyenne »
et « écart-type »du tableur Excel Microsoft®.
RESULTATS
Population étudiée et réponse au traitement :
Du mois de mai 1999 au mois
d’avril 2000, 30 malades ont été admis dans l’étude. Tous satisfaisaient
aux critères d’inclusion de l’étude. Nous avons suivi tous les patients
durant 6 mois, nous continuons actuellement le suivi de ces patients de
façon prospective sur une période de 12 mois.
Les caractéristiques de base
de notre population sont présentées dans le tableau 1.
Les mesures d’évaluation clinique
et fonctionnelle avec les changements par rapport aux valeurs initiales
sont rapportées à 6 mois dans le tableau 2.
23 patients (76%) sur 30 étaient
soulagés de leur douleur radiculaire 6 mois après l’intervention (EVA=
4.6mm à 6 mois vs 61.8 mm avant l’intervention) (cf graphique) . La douleur
lombaire était aussi diminuée à 6 mois chez ces patients (EVA =12.4 mm
à 6 mois vs 41.5 mm avant l’intervention)
La capacité fonctionnelle
augmente progressivement sur 6 mois (46 % d’incapacité avant l’intervention
vs 14 % 6 mois après l’intervention).
La qualité de vie augmente
(SF-36 global à 79 sur 150 avant l’intervention vs 113 sur 150, six mois
après l’intervention).
Le signe de Lasègue se normalise
(54° avant l’intervention vs 80° six mois après la nucléolyse laser).
Le rachis lombaire reste assez
raide en flexion 6 mois après (DDS = 31cm avant vs 20 cm six mois après
l’intervention).
La consommation médicamenteuse
en rapport avec la souffrance lombo-radiculaire a été notée chez tous
les patients avant l’intervention et 6 mois après.
Avant l’intervention :19
(53.3%) patients sur 30 prenaient en continu des AINS, 11(36.6%) des antalgiques
de niveau II, 11 (36.6%) des antalgiques de niveau I,
8 (26.6%) ne prenaient aucun antalgique et 11(36.6%) aucun AINS.
6 mois après l’intervention :
1 (3.3%) patient prenait des AINS et 3 (10%) patients prenaient des antalgiques.
7 patients (23.3%) sur 30
n’ont pas été soulagés 3 mois après l’intervention (cf critères d’échec).
Les caractéristiques de base de ces patients sont notées dans le tableau
3.
Tous ont été opérés et soulagés
de la douleur radiculaire après l’intervention microchirurgicale (herniectomie
plus discectomie). Pour 3 de ces patients la hernie discale était bien
sous ligamentaire non migrée mais il existait une importante composante
osseuse d’origine articulaire postérieure à la compression radiculaire.
Dans 2 cas il a eu un problème
technique puisque l’effet laser n’a pas eu lieu, le chirurgien a trouvé
un disque macroscopiquement intact chez ces deux patients qui avaient
été « nucléolysés » le même jour. Pour une patiente, il existait
une double sténose à l’origine de la souffrance radiculaire : intracanalaire
L4L5 et foraminale L5S1. Après échec de la nucléolyse laser L4L5, elle
a été soulagée par une foraminotomie chirurgicale L5S1.
Complications :
Nous n’avons eu à déplorer
aucun incident durant les 30 procédures de l’étude.
4 patients (13.3%) ont présenté
dans la semaine suivant la procédure des douleurs lombaires associées
à un blocage de type lumbago. Ils ont été traités par le port d’un corset
en résine associé à la prise d’AINS et d’antalgiques. Les douleurs ont
régressé en 3 à 4 semaines. 6 mois après l’intervention, 3 patients n’avaient
plus de douleur radiculaire et la moyenne de la douleur lombaire, de l’incapacité
fonctionnelle et la qualité de vie n’était pas différente des autres patients
soulagés.
DISCUSSION
Bien que l’effectif de notre
population de patients soit réduit, et le recul faible, nous montrons
que 76.6% des 30 patients répondant à nos critères de sélection sont soulagés
6 mois après une intervention par nucléolyse laser percutanée.
CHOY et coll.(12), SIEBERT
(6), LIEBLER (7), NERUBAY et coll. (13) rapportent des résultats semblables
avec des critères de sélection identiques. Leurs résultats se maintiennent
après un an (6, 7) et jusqu’à 5 ans de suivi post opératoire (11,12).
Les critères d’évaluation étaient différents des nôtres (critères de MAC
NAB (14) ). Nous avons utilisé l’échelle visuelle analogique
de la douleur (9) couplée à des paramètres cliniques objectifs
(distance doigts-sol, angle du signe de Lasègue), accompagnés d’un questionnaire
d’incapacité fonctionnelle liée à la lombalgie (Oswestry (10)) et un questionnaire
de qualité de vie (SF-36 (11)). Tous ces instruments se sont révélés fiables
et sensibles dans l’évaluation des malades présentant une lombalgie et
sont régulièrement utilisés dans l’évaluation des traitements des lomboradiculalgies.
Comparée aux autres techniques
percutanées, l’utilisation du laser possède certains avantages :
une voie d’abord minimale (aiguille 16 G) semblable à celle utilisée pour
les nucléolyse chimique à la papaïne mais sans le risque allergique. La
lésion discale crée par le laser est aussi probablement moins étendue
que celle occasionnée par l’enzyme. La partie interne de l’annulus reste
intacte : seul 0.7 à1 mm de matériel discal est vaporisé et c’est
suffisant pour créer une décompresion discale réduisant la force avec
laquelle la hernie appuie sur la racine nerveuse (15).
Certains inconvénients sont
cependant à prendre en compte. CVITANIC et coll. (16) rapportent lors
d’une étude IRM systématique post opératoire, des modifications du signal
des plaques sous chondrales vertébrales chez 41 (37%) sur 109 patients
opérés. La présence de ces anomalies visibles en IRM et classées par MODIC
et coll. (17) n’était pas corrélée avec la présence de lombalgie résiduelle.
5 à 7 ans plus tard les IRM de contrôle réalisées chez 11 des 41
patients ne révélaient plus d’anomalie de signal des plateaux vertébraux.
Ces lésions des plateaux sont favorisées par la direction de l’extrémité
de la sonde laser (18, 19). Lors du positionnement de l’aiguille dans
le disque, puis de la sonde il est très important de vérifier l’absence
de contact de la fibre avec le plateau vertébral. Ceci est particulièrement
vrai pour l’espace L5S1 au niveau duquel, la présence de la crête iliaque
oblige à incliner l’aiguille de 20 à 45° vers le bas lors de sa pénétration
dans le disque.
CONCLUSION
La nucléolyse laser dans le
traitement de la lombosciatique par hernie discale est efficace et peu
invasive. Une sélection rigoureuse des patients candidats à ce traitement
permet d’obtenir un soulagement dans ¾ des cas.
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TABLEAU 1
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