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Infections du rachis :

Les aspects médico-légaux,

position actuelle de la jurisprudence.

 

Isabelle Lucas-Baloup

Avocat à la cour de Paris

 

 

Etat de l'art

En droit : aucune norme opposable directement en chirurgie orthopédique ou en chirurgie du rachis, sauf réglementation

                        de l'organisation

                        et de l'hygiène

                        pré, per et post-opératoires.

rôle majeur des experts,

rôle des recommandations

            des organismes techniques,

            des sociétés savantes,      

            de l'ANAES etc; Exemple : Recommandations du C-CLIN Paris-Nord "Pour le diagnostic et le traitement des infections ostéo-articulaires à Mycobacterium xenopi:

 

COUR D'APPEL PARIS
1er février 1990Hernie discale latéralisée en L4 - L5

traitement anti-inflammatoire,

infiltrations locales, manipulations vertébrales et repos allongé,

4 mois après, décision de réintervention : récidive de la hernie,

intervention chirurgicale le 11 juillet, 10 août  : écoulement séro-sanglant au niveau de la cicatrice : staphylocoque doré,

transfert le 22 août à Lariboisière, en rhumatologie :

diagnostic d'une spondylodiscite,

traitement antibiotique.

procès de la patiente en responsabilité

contre l'établissement et le chirurgien,

rapport d'expertise :

poussée thermique à 38° 3 le 14 juillet,

malade sondée tous les jours

et antalgiques prescrits,

douleurs intolérables,

       diagnostic avec retard

de la spondylodiscite :

"un cliché de face du rachis devait permettre le diagnostic."le transfert aurait dû être ordonné plus tôt,

après transfert, le diagnostic a été affirmé, le traitement efficace à base de pyostacine ordonné provoquant amélioration rapide.

chirurgien responsable d'un manquement à ses obligations de prudence et de diligence dans les soins post-opératoires

"ayant accepté d'opérer sa patiente, il devait prendre toute disposition pour que le suivi du malade soit assuré dans les meilleures conditions" ;

Le médecin est responsable des actes médicaux accomplis par celui ou ceux qu'il s'est substitués vis-à-vis du malade ;

Rejet de l'argumentationselon laquelle il est parti en vacances fin juillet.

Condamnation du chirurgien

à payer 100 000 F de dommages et intérêts.

 

COUR D'APPEL PARIS 1ère CH.
17 octobre 1997intervention hernie discale L4 - L5 sur fillette 13 ans,

spondylodiscite post-opératoire résultant d'un infection à pseudomonas aeruginosa,

transfert à Cochin.

action contre la clinique parisienne

expertise :

 infection nosocomiale,

 absence de faute imputable au chirurgien et à l'anesthésiste.

"3 complications se sont produites pour le même chirurgien et le même type d'opération dans les mêmes locaux : deux spondylodiscites et une infection superficielle par le même germe"

       "La répétition en un même lieu suggère une contamination de type épidémique par une souche bactérienne présente dans la salle d'opération"

  Responsabilité de la Clinique

 

COUR APPEL DOUAI
21 janvier 1991Retard au diagnostic

et donc au traitement d'une EPIDURITE

perte d'une chance

d'éviter une aggravation

de son état par le patient

200 000 F dommages intérêts

 

COUR DE CASSATION 18 juillet 2000

" Hormis les cas d'urgence, d'impossibilité ou de refus du patient d'être informé, un médecin est tenu de lui donner une information loyale, claire et appropriée sur les risques graves afférents aux investigations et soins proposés et il n'est pas dispensé de cette information sur la gravité du risque par le seul fait que l'intervention serait médicalement nécessaire".

Les faits :

8 novembre :

-  intervention hernie discale

-  complication de sciatique paralysante nécessitant une nouvelle opération

-  séquelles persistantes :

       paralysie partielle d'une jambe,

Cour d'appel de Toulouse :

       La gravité du risque encouru

       s'apprécie au regard d'un choix éventuel.

       Il ressort, tant des déclarations des médecins que du rapport de l'expert, que l'opération subie s'imposait compte tenu de l'évolution de sa pathologie.

Cassation :

       La patiente devait être informée du risque grave,

       l'information ne devait pas porter que sur la nécessité de l'intervention.

La cour a écarté l'argument du chirurgien

       selon lequel il avait dicté devant la patiente

       une lettre à son médecin traitant

       contenant notamment la phrase :

       "Je pense qu'il est maintenant souhaitable de réaliser une exérèse [...] afin d'éviter l'installation d'un syndrome déficitaire définitif. Je viens d'expliquer tout cela à Madame X qui va y réfléchir".

La patiente ne contestait pas avoir entendu le chirurgien dicter cette lettre...

 

et toujours :

l'affaire Hédreul/Cousin

Cass. 20 juin 2000

La France entière connaît tout de la perforation du côlon de M. Hédreul, à l'occasion d'une coloscopie avec ablation d'un polype, depuis la jurisprudence de la Cour de cassation, (arrêt du 26 février 1997)décidant que la charge de la preuve de l'information incombe au médecin.

La Cour de cassation avait renvoyé à la cour d'appel d'Angers qui a prononcé son arrêt le 11 septembre 1998 :

"Le patient, s'il avait été informé d'un risque gravede perforation intestinale, risque qui s'est réalisé,

n'aurait néanmoins par refusé cette intervention, de sorte qu'il ne justifiait d'aucun préjudice indemnisable"

  la cour de renvoi l'a donc débouté.

 2ème pourvoi en cassation du patient,2ème arrêt de la Cour de cassation :

confirmation de l'arrêt de la cour d'appel d'Angers

Donc :charge de la preuve de l'information au médecin,mais pas de préjudice du patient, puisque mieux informé, il n'aurait refusé ni l'examen, ni l'exérèse du polype .

 

SYNTHESE DE LA JURISPRUDENCE ACTUELLE
EN MATIERE D'INFECTION NOSOCOMIALE. 

1.      obligation de sécurité et de résultat, tant de l'établissement que du chirurgien,

2.      impossibilité d'y échapper sauf cause trangère, jamais reconnue jusqu'à présent,

3.      obligation d'informer sur un risque grave, même exceptionnel,

4.      à défaut : pas de préjudice indemnisable si le patient aurait accepté l'intervention compte tenu de son état.