ANALYSE
DE 82 ARTHRODÈSES LOMBAIRES POUR LOMBALGIES APRÈS ÉCHEC DE DISCECTOMIE
OLIVIER
RICART
CLINIQUE
AMBROISE PARE
21,ROUTE
DE GUENTRANGE
57100-THIONVILLE-
(FRANCE)
1-INTRODUCTION
Les lombalgies sont la première cause d’invalidité chez les travailleurs
de moins de 40 ans et représentent un coût médical de 6 à 7 milliards
de francs en excluant les primes d’invalidité et les hospitalisations.
30 à 50% des patients
ayant des antécédents de chirurgie discale lombaire se plaignent de lombalgies
invalidantes (Schwarzer),dont la prise en charge multidisciplinaire est
essentielle mais souvent décevante à long terme.
Les causes de ces échecs sont variables et ne sont pas complètement
élucidées,l’on peut évoquer: les véritables récidives de hernie discale,
l’epiduro arachnoidite adhésive,la sténose,l’instabilité vertébrale,et
la discopathie par collapsus discal.Dans la majorité des cas ces causes
sont associées ou intriquées et recouvrent des facteurs biomécaniques
et biochimiques à l’origine des douleurs.
Plusieurs publications rapportent l’intérêt de l’arthrodèse lombaire
dans ces situations appelées par les anglo-saxons “failed back
syndrome”.
Nous rapportons une étude de 82 arthrodèses lombaires réalisées entre
1992 et 1996 pour lombalgies chez des patients ayant eu des antécédents
de discectomie chirurgicale.
2-
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Cette étude rétrospective rassemble 45 hommes et 37 femmes âgés
en moyenne de 46 ans ayant des lombalgies invalidantes dans les suites
d’une discectomie chirurgicale chez qui une arthrodèse lombaire a été
réalisée entre 1992 et 1995 (46 PLIF et 36 arthrodèses postèrolatérales).Le
nombre d’interventions avant l’arthrodèse est en moyenne de 1,3 (1 à 12
discectomies itératives).Le délai entre la discectomie initiale et la
réalisation de l’arthrodèse varie
de 6 mois à 3 ans. Le recul
moyen de la série est de 6 ans (5 à 8 ans).
Tous les patients ont eu un traitement conservateur avant la reprise
chirurgicale d’au minimum 3 mois au sein d’une équipe multidisciplinaire
comprenant un rhumatologue ,un spécialiste de la douleur,un neurologue,un
réeducateur fonctionnel.Tous les patients ont été infiltré par voie articulaire
postérieure sous contrôle scopique sur les étages considérés comme pathologiques
ou par voie épidurale s’il y avait des sciatalgies associées. Tous les
patients ont bénéficié d’un séjour en centre pour un reconditionnement
lombaire à l’aide d’un programme d’école du dos pendant 5 semaines.Seuls
les patients ayant répondu favorablement à un test d’immobilisation de
15 jours en bermuda résiné
ont été opérés.Ce test nous semble à posteriori, comme prédictif d’un
bon résultat final,s’il est positif, c’est à dire si l’amélioration des
lombalgies est quasi complète.En revanche, nous l’avons considéré à priori
comme prédictif d’un mauvais résultat final s’il est franchement
négatif,c’est à dire que
le patient ne le supporte absolument pas. Enfin,il ne nous parait
pas prédictif si l’aggravation ou l’amélioration de
l’intensité douloureuse restent modérées.
Les indications chirurgicales ont été portées sur des anomalies
constatées sur l’étude radiologique statique et dynamique (technique de
Putto),sur le scanner,et l’IRM,qui ont été réalisés pour tous les patients.
La discographie n’a pas été réalisée de manière systématique.Les diagnostics
qui ont motivé la réalisation de l’arthrodèse ont été les suivants:54
discopathies arthrosiques post-discectomie le plus souvent en L5-S1,25
instabilités du complexe intervertébral le plus souvent en L4-L5 dont
6 destabilisations iatrogènes (arthrectomie totale ou fracture de fatigue
de l’isthme),3 discopathies multi-étagées.
L’instabilité a été appréciée sur les clichés dynamiques (technique
de Putto) en utilisant les critères de Dvorak concernant l’instabilité
discale angulaire,ou antero-postérieure à l’origine d’un anté ou rétrolisthésis.
Nous avons réalisé 36 arthrodèses postéro-latérales (APL) et 46 arthrodèses intersomatiques avec cages par voie postérieure
(PLIF) dont 5 sans instrumentation postérieure.La greffe autologue a toujours
été utilisée (greffe iliaque ou produit de laminectomie).Les niveaux arthrodésés
sont variables mais la fusion monosegmentaire est majoritaire: 59 cas,dont
18 arthrodèses “suspendues” L4-L5.Les arthrodèses plurisegmentaires se
répartissent comme suit:2 niveaux : 14 cas,3 niveaux : 5 cas,4 niveaux
: 2 cas,et enfin 5 niveaux:
2 cas.
Pendant la même période 163 arthrodèses ont été réalisées toutes
étiologies confondues,les reprises après échec de discectomie en représentent
50%.
3-RESULTATS
Les résultats ont été revus selon la classification de Beaujon
,sur les cas les plus récents l’échelle d’Oswestry a complété l’analyse
des résultats.Les résultats se repartissent comme suit:très bons :19 (23%),20
bons: (24,3%), moyens:32(39,2%),mauvais:11 (13,4%).
Nous comptons donc 47% de bons et très bons résultats et 52% de
résultats moyens et mauvais.
Sur 44 patients qui travaillaient avant l’intervention,18 ont repris
au même poste,11 ont été reclassés,et 15 sont en invalidité.
En ce qui concerne l’analyse radiologique nous comptons un taux
de fusion de 94%,et nous déplorons 3 pseudarthroses avérées qui ont été
reprises par greffe inter somatique car toutes sont survenues après arthrodèse
postero-latérale.Deux arthrodèses sont douteuses en ce qui concerne la
fusion.
L’analyse radiologique de la greffe reste toujours un problème
cependant nous avons pu affiner nos appréciations en utilisant la reconstruction
scannographique grâce à la tomodensitométrie hélicoïdale,celle-ci permettant
la visualisation de la greffe et de sa consolidation avec les plateaux
adjacents.La mise en place systématique d’os en avant de la cage permet
de vérifier radiologiquement l’existence d’un pont osseux antérieur.Des
signes indirects sont également utiles:absence de liseré cage-os,et absence
de déplacement de la cage.Pour
les cas les plus récents nous n’utilisons actuellement que des cages radio
transparentes en matériel composite (PEK) ce qui facilite la vérification
de la fusion surtout de sur l’incidence de face dans le plan du disque
comme l’a montré Brantigan,cependant l’utilisation du scanner reste là
aussi utile pour surveiller la greffe inter somatique, si besoin,
pendant les premiers mois postopératoires.
Pour les véritables greffes postero-latérales que nous avons réalisées
nous n’avons pas eu de difficulté à affirmer la fusion au bout de
2 ans en moyenne, après l’intervention quand la trabéculation de
la greffe apparaît sur un cliché standard ou des tomographies,avant ce
délai, aucune technique ,y compris le scanner, ne nous a paru très fiable.En
revanche, pour les greffes purement interarticulaires, la radiologie
conventionnelle n’est d’aucun
apport et là le scanner prend tout son intérêt pour affirmer la fusion
des articulaires postérieures sur les coupes axiales .
Nous n’avons pas observé dans cette série de rupture de matériel
postérieur ( vis pédiculaire ou de tige), ni de migration de cages.Dans
deux cas nous avons noté un certain degré d’impaction des cages cylindriques
dans le spongieux lorsqu’il n’y avait pas de matériel postérieur associé.
Nous comptons 1 seule complication neurologique sérieuse :1 déficit
partiel L5 et S1 unilatéral chez un patient multiopéré (3 discectomies)
,après l’implantation de cages ,qui n’a pas récupéré 3 ans après l’intervention.Nous
ne comptons pas d’infection postopératoire.Nous avons dû réopérer 9 patients:3
pseudarthroses ,3 pour déstabilisation sus-jacente à l’arthrodèse postero-latérale
avec un bon résultat final et 3 ablations de matériel postérieur pour
douleurs inexpliquées qui n’ont pas changé l’évolution.
Les déstabilisations transitionnelles à l’arthrodèse sont survenues
2 fois par poursuite du processus dégénératif chez des patients présentant
une sténose constitutionnelle ou acquise.Cela a d’ailleurs été montré
par Guigui (RCO).Une autre fois, la déstabilisation est survenue en raison
d’un mauvais réglage sagittal de l’arthrodèse avec une cyphose sur l’étage
supérieur qui a entraîné un retrolisthésis sus-jacent 4 ans après l’intervention
initiale.
4-ANALYSE DES RÉSULTATS
Nous avons recherché dans notre étude les facteurs objectifs qui
influencent le résultat clinique final de l’arthrodèse .Pour cela nous
avons étudié de manière comparative, par le test du CHI 2, les résultats
en fonction :du niveau arthrodésé,du nombre de niveaux greffés,du type
d’arthrodèse,du signal discal préopératoire en IRM, et de l’instabilité
pré-opératoire .Nous avons également étudié l’influence de facteurs anamnestiques:le
niveau socio-économique,la durée d’arrêt de travail avant l’arthrodèse,
l’existence d’un conflit médico-administratif,la prise de morphiniques,et
enfin le nombre d’interventions précédentes
L’analyse des résultats en fonction du niveau arthrodésé est plus
intéressante.Il permet, en fait, de dissocier deux situations différentes
dans les suites d’une discectomie.Il existe un premier groupe de
patients qui ont gardé des douleurs lombaires assez vives après
la discectomie sans intervalle de réelle accalmie ou qui ont présenté
une récidive assez précocement (en moyenne avant 2 ans)de leur hernie
discale.Il s’agit le plus souvent (11 cas) de l’étage L4-L5 ,le plus mobile
d’autant plus que la hauteur discale est conservée ou peu diminuée.Il
peut s’agir aussi du premier disque mobile au dessus d’une anomalie transitionnelle
avec disque non fonctionnel par lombalisation de S1 ou sacralisation de
L5.La cause de l’échec de la discectomie apparaît être au premier chef
,l’instabilité .Celle-ci peut être démasquée sur les clichés dynamiques
(Putto) ou sur la saccoradiculographie en charge, il s’y associe souvent
une volumineuse récidive herniaire qui peut être la première,voire la
deuxième et une sténose dynamique.Cette
instabilité a pu être aggravée par l’effet déstabilisant de la discectomie
: arthrectomie complète (3 cas),fracture de fatigue isthmique (3 cas).Quelquefois,
en ayant retrouvé l’imagerie initiale et notamment la saccoradiculographie
préopératoire avant la première discectomie on constate que la hernie
discale était probablement déjà l’expression d’une instabilité segmentaire
intervertébrale.L’IRM peut montrer un aspect de type Modic 1, mais le
plus souvent c’est un hyposignal discal associé à une hernie discale qui
est retrouvée (25 cas).Dans ce groupe de patients, présentant une discopathie
L4-L5 instable, le résultat de l’arthrodèse, qu’elle soit postéro- latérale
ou intersomatique,a été jugé bon ou très bon 16 fois sur 25 (64%).Il s’agissait
d’arthrodéses “suspendues” dans la majorité des cas (18 cas) et cela n’a
pas influencé le résultat de manière péjorative,dans la mesure où le disque
sous-jacent était sain (IRM) ou tout au moins de hauteur normale.
L’autre groupe de patients est radicalement distinct du précédent,
mais représente de loin la proportion la plus importante de la série (54).Il
s’agit de patients lombalgiques après une ancienne discectomie
à l’étage L5-S1. Après une période d’intervalle libre assymptomatique
ou entrecoupé de quelques lumbagos rapidement résolutifs s’installe
une lombalgie chronique
aggravée par des blocages lombaires itératifs.La radiculalgie est souvent
présente mais non prédominante comme dans le groupe précédent.Radiologiquement
c’est essentiellement le disque L5-S1 qui est concerné avec une perte
de hauteur discale voire un collapsus complet,une hypertrophie facettaire,un
vide discal,un retrolisthésis,et enfin une fermeture foraminale.Sur le
plan dynamique ce disque se caractérise par son hypomobilité.En IRM le
signal discal peut être intense de type Modic 1,mais il ne s’agit pas
de la majorité (14 cas),ou plus fréquemment de type Modic 2 (27 cas).
Dans les autres cas le disque apparaît en hyposignal quelle que soit la
séquence en IRM (disque “noir”:13 cas). Dans la majorité des cas il n’y
a pas de véritable hernie discale mais un phénomène de “bulging” ou tout
au plus une récidive herniaire de petit volume.Le résultat des arthrodèses
dans ce groupe a été moins satisfaisant que dans le groupe précédent ,avec
12 bons et très bons résultats
sur 54(22%).La différence entre les deux groupes étant significative (p=0,004).
Il faut par ailleurs constater que pour ce dernier groupe l’aspect
du signal IRM du disque a une influence sur le résultat.En effet ,sur
les 14 modifications de type Modic 1 ,le résultat a toujours été
bon ou très bon ,en revanche pour le
type Modic 2 le résultat n’a été satisfaisant que 13 fois sur 27
(48%),cette différence étant hautement significative (p=0,0002).Enfin,quand
le disque était noir le résultat a toujours été mauvais.(p=0,0002)
Tout se passe comme si l’on améliorait réellement les patients
qui présentent une discopathie “active” sur le plan inflammatoire,ou instable.
Il aurait été intéressant de corréler les résultats des différents
types d’arthrodèse (PLIF ou postéro-latérale) avec le signal discal en
IRM,mais d’une part les effectifs sont trop faibles pour une bonne analyse
statistique et enfin il existe un biais puisque de principe nous avons
réalisé des PLIF quand nous avons constaté une anomalie de type 1 de Modic.Nous
avons considéré ces cas comme de véritables syndromes “discogéniques”
dont le seul traitement logique était la neutralisation de la fonction
discale par fusion intersomatique.Rien ne prouve que la simple fusion
postérieure n’aurait pas entraîné les mêmes résultats mais nous n’avons
pas voulu prendre le risque de douleurs résiduelles après arthrodèse postéro-latérale
liée à une micro mobilité antérieure.
Cependant nous pensons, à la lumière des résultats obtenus dans
ce type de discopathie “inflammatoire” par collapsus discal, que l’ arthrodèse
inter somatique constitue la meilleure réponse thérapeutique,à fortiori
s’il existe une sténose foraminale symptomatique.
Pour les
autres types de discopathies (signal 2 et disque noir), le type d’arthrodèse
ne nous a pas paru avoir une influence déterminante sur le résultat final.Nous
n’avons pas trouvé de différence statistiquement significative entre les
arthrodèses postéro-latérales et les PLIF,à ceci près que les 3 pseudarthroses
sont survenues sur des greffes postéro-latérales et un signal discal de
type 2,et reprises par PLIF.
L’utilisation de matériel d’ostéosynthèse rigide(CD,DIAPASON,2S)
ou semi-rigide (TWINFLEX, TENOR, COLORADO,OPUS) n’a pas eu non plus d’influence
déterminante,y compris sur la fréquence de déstabilisations transitionnelles
(2 cas).Nous pensons ,comme Guigui, que ce n’est pas le matériel qui est
en cause mais le terrain sur lequel on pratique l’arthodèse,la déstabilisation
étant liée à la poursuite du processus dégénératif notamment en cas de
sténose constitutionnelle ou acquise.Une autre cause pouvant être liée,comme
cela a été le cas dans notre série,à un mauvais réglage sagittal de l’arthrodèse.
Cependant,nous pouvons relever les résultats moyens après arthrodèse
intersomatique par voie postérieure avec cages sans instrumentation postérieure
(5 cas).Les patients sont certes améliorés, mais ils gardent
des douleurs lombaires en hyperextension liées probablement à une
micro mobilité postérieure au niveau des articulaires qui n’ont été cependant
que très peu réséquées.
Nous avons constaté
de meilleurs résultats chez des patients ayant eu des arthrodèses lombo-sacrés
longues,c’est-à-dire remontant au-dessus de L4,et ce contrairement à la
littérature (Deburge,de la Caffiniere,Bitan),mais sans cependant de valeur
statistiquement significative.Il s’agit des cas assez particuliers de
4 patients lombalgiques après une discectomie chirurgicale qui présentaient des discopathies étagées remontant jusqu’en L2 probablement
sequellaires de maladie de Scheuermann.La discographie pratiquée systématiquement
dans ces cas n’a pu identifier le niveau électivement douloureux,tous
les discogrammes étant pathologiques et l’injection réveillant la douleur
habituelle à tous les niveaux.L’IRM ne mettait en évidence aucune récidive
herniaire ni d’hypersignal anormal.Nous avons donc opté dans ces cas,
après un traitement médical long d’au moins 1 an et avec quelques réticences,
pour une arthrodèse longue remontant en L3 (2 fois) et en L2 (2 fois).
Le résultat dans ces cas est, contrairement à ce que l’on aurait pu attendre,excellent
a plus de 3 ans de recul avec des patients qui ont tous repris leurs activités
antérieures.
Les facteurs anamnestiques qui influencent de façon défavorable
et significative (p=0,005)le résultat final sont :le bas niveau socio-professionnel
du patient (travailleur de force),un arrêt de plus d’un an d’activité
professionnelle,les patients en accident de travail,les patients en conflit
medico-administratif demandant l’invalidité, les douleurs neuropathiques
par excès de nociception nécessitant la prise prolongée de morphiniques,et
enfin le nombre d’interventions précédant la reprise s’il dépasse 2.
Cette constatation est cependant à tempérer par le fait que c’est
souvent les mêmes patients qui allient l’association de plusieurs facteurs
anamnestiques péjoratifs de sorte qu’il est difficile d’individualiser
l’un d’entre eux comme élément déterminant.Ces facteurs sont d’ailleurs
reconnus de manière assez large, dans la littérature,comme
prédictifs d’un mauvais résultat final d’une discectomie simple
de première intention (Dvorak).Le paradoxe, quand on interroge ces patients
qui ont eu un résultat moyen
ou mauvais de leur arthrodèse,c’est qu’ils déclarent avoir tiré bénéfice
de leur intervention et qu’ils recommenceraient si on leur proposait!
Ceci prouve bien la complexité de l’appréciation des résultats en la matière,
et l’intrication forte de facteurs subjectifs peu paramétrables.
5-DISCUSSION
L’étude de Wadell , bien connue,parue en 1979 démontrait à l’appui
d’une série de 103 patients, tous accidentés du travail ,que la chirurgie
itérative discale lombaire était grevée d’un taux d’échecs proportionnel
au nombre de réinterventions pratiquées.C’est ainsi que le taux de succès
d’une première discectomie passait
de 90% à 10% à la quatrième intervention avec 45% de patients aggravés.Ce
que l’on sait moins c’est que l’auteur préconisait l’arthrodèse dés la
deuxième discectomie,celle-ci améliorant les résultats de 50%.
Plus récemment,Fritsch dans une étude parue dans Spine en 1996,confirme
le mauvais résultat des réinterventions sans fusion dans le “failed back
syndrom”,avec 83% de mauvais résultats à long terme (2 à 27 ans).Cependant
la réalisation d’une arthrodèse réduit le taux de mauvais résultats à
43%.L’on peut néanmoins reprocher à cette série le petit nombre d’arthrodèses
réalisées :17 sur 182 patients.
En fait, pour comprendre l’action de l’arthrodèse dans ces situations
il convient de savoir par quel mécanisme elle est en mesure de neutraliser
le processus douloureux.
En d’autres mots,quelle-est l’origine de la douleur dans ces discopathies?
La ou les sources douloureuses restent mystérieuses et donnent
lieu à différentes hypothèses biomécaniques ou biochimiques mettant en
jeu l’association de phénomènes inflammatoires et l’activation de mécano
et neurorécepteurs.Du point de vue purement biomécanique, tout participe
à la souffrance radiculaire au niveau foraminal:le rétrolisthésis lié
à l’orientation facettaire et la perte de hauteur discale,le cisaillement
facettaire à l’origine d’hypertrophie capsulaire et arthrose articulaire
postérieure,la plicature du ligament vertébral postérieur,et enfin l’ostéophytose
rétrocorporéale.Les conséquences sur la racine sont sa perte de mobilité
physiologique et l’angulation de son trajet latéro et sous pédiculaire.
L’arachno-épidurite adhésive et l’instabilité éventuelle représentent
des facteurs aggravants.A ces facteurs purement biomécaniques viennent
s’ajouter des facteurs biochimiques par l’intermédiaire de médiateurs
de l’inflammation provenant de la matrice discale lésée (phospholipase
A1) irritant la racine particulièrement au niveau du ganglion spinal.Les
lombalgies,dans ces cas, peuvent être liées à la libération de médiateurs
chimiques de l’inflammation au niveau du disque et des capsules articulaires.Le
reflet le plus représentatif de cette “discolyse” inflammatoire est la
modification des plateaux vertébraux en IRM séquence T2,par hyper signal
sous-chondral correspondant à la présence d’un oedème.Cette modification
de signal (passage d’un hyposignal
en séquence T1 à un hyper signal en T2 :type Modic 1) a été rapportée
par Modic et selon lui représente une éventualité rare (4% des discopathies).La
dégénérescence gazeuse du disque associée à des ostéophytes de traction
de McNab va souvent de paire avec une modification de type Modic 1 en
IRM.
Les rameaux d’innervation intrinsèque des différentes structures
incriminées (capsules articulaires et disque)sont étroitement liés et
participent certainement au processus douloureux.Indahl dans une étude
très intéressante parue dans Spine en 1997,souligne l’étroite interaction
du réseau nerveux innervant les articulations zygoapophysaires, l’annulus
discal et les muscles para vertébraux.En effet, l’excitation des afférences
nerveuses de l’annulus (fibres A delta et C), après une altération de
celui-ci, déclenche par phénomène
réflexe et perturbation de la proprioception
une activation musculaire para-vertébrale douloureuse.L’auteur a démontré
que ce phénomène peut être inhibé par la distension capsulaire articulaire
postérieure entraînée par une injection de sérum salé.Ceci confirme
l’interaction réflexe entre les mécanorécepteurs discaux et les
structures vertébrales postérieures (muscles et capsules articulaires).
De très
nombreux auteurs ont rapporté leurs résultats d’arthrodèses postero-latérales
dans le traitement du “failed back syndrom”.Ces résultats sont dans la majorité des
cas décevants. 32% de bons résultats seulement sont rapportés par
Quimjian,34% pour North,46% pour Wetzel , 47% pour Biondi et 47%
pour Deburge et De la Caffinière. Seul, Kaneda
retrouve 78% de bons résultats dans cette même indication avec
des greffes postero-latérales.
L’échec relatif des greffes postero-latérales dans cette indication
peut être attribué au syndrome “discogénique” individualisé par Prickett
en 1986,qui rapportait le
succès de la fusion antérieure chez des patients gardant des lombalgies
malgré une greffe postero-latérale parfaitement solide.Blaimont et Suezawa
démontrèrent qu’il existait une mobilité résiduelle dans un segment
greffé à l’origine de douleurs.
De fait ,les résultats des arthrodèses inter somatiques dans le
“failed back syndrom”,semblent meilleurs que ceux de l’arthrodèse postero-latérale.
Lerat en 1993 à la SOFCOT rapportait 63% de bons résultats des
PLIF à 27 mois de recul dans cette indication.Lin rapporte 74% de bons
résultats à 1 an,et Hutter 68% à 5 ans en ce qui concerne les PLIF dans
le traitement des échecs de discectomie par syndrome “discogénique”.
L’intérêt biomécanique de la greffe inter somatique par voie postérieure
a été de nombreuses fois souligné par de nombreux auteurs:augmentation
de la surface greffée,travail de la greffe en compression au niveau du
centre de rotation intervertébral,meilleure vascularisation de la greffe,distraction
des structures ligamentaires,neutralisation des structures algogènes antérieures
(disque et plateaux vertébraux)et enfin ouverture foraminale. Cet avantage
théorique peut paraître à fortiori plus intéressant en ce qui concerne
le traitement des discopathies post-discectomies notamment quand il existe
un collapsus discal.
Globalement l’étude des résultats d’arthrodèses dans la littérature
en matière de “failed back syndrom” laissent donc entrevoir la supériorité
des PLIF (60 à 80% de bons résultats)par rapport aux greffes postero-latérales
(40 à 60% de bons résultats).
Ceci recoupe les résultats de notre série.En effet,les éléments
déterminants pour la qualité du résultat, sont constitués à notre avis,par
l’adéquation entre signal
IRM du disque et type d’arthrodése.Pour
les discopathies à signal inflammatoire (Modic 1),une PLIF a de meilleures
chances de donner un bon résultat qu’une APL (17% des cas dans la série).
En revanche,pour les autres discopathies qui représentent 80% des
cas ,soit le disque est instable et une APL ou une PLIF ont les mêmes
chances de donner un bon résultat,soit le disque est hypomobile et le
résultat est significativement moins bon quelque soit le type d’arthrodèse.Dans
notre série,sur 82 arthrodèses, 40 ont été réalisées sur des disques hypomobiles
présentant un signal de type 2 de Modic ou un disque noir et ont donné
un résultat moyen ou mauvais dans plus de la moitié des cas
que l’on ai réalisé une PLIF ou une APL.Les résultats étant significativement
plus mauvais quand le disque était noir.
L’introduction récente des cages intersomatiques améliore-t-elle
les résultats des PLIF ? Les premiers résultats de PLIF avec cages commencent
à être publiés depuis les travaux de Brantigan et Steffee en 1993.L’étude
la plus large et dont le recul est le plus long est celle de Ray (Spine
1997).Il s’agit d’une étude multicentrique prospective réalisée sur 236
patients et contrôlée par la FDA aux USA.236 PLIF sans instrumentation
postérieure avec cages vissées isolées remplies d’os autologue ont été
réalisées chez des patients dont 45% avaient des antécédents de chirurgie
discale antérieure.Les résultats, avec un
recul de 32 mois en moyenne,sont satisfaisants dans 80% des cas,ceci
correspondant à des améliorations cliniques subjectives décrites par le
patient.L’échelle Prolo,ne retrouve plus que 65% de bons et très bons
résultats toutes étiologies confondues.Le résultat des patients traités
pour “failed back syndrom”
n’est pas précisé dans cette série,mais il est vraisemblablement encore
moins bon.
L’adjonction de cages intersomatiques facilite le travail du chirurgien
et diminue probablement le taux de complications des greffes intersomatiques
par voie postérieure type Cloward (collapsus ou mobilisation de la greffe,
pseudarthrose),mais l’amélioration du résultat final est
aussi très nettement corrélé à l’indication.
Les techniques de
ligamentoplasties inter-épineuses (Sénégas) ou de type Graf,peuvent peut-être
se discuter dans le traitement chirurgical de
la récidive de hernie discale.Sénégas rapporte dans cette indication
une amélioration du signal discal
après ligamentoplastie inter-épineuse qu’il attribue à un processus
de cicatrisation.
Les prothèses discales sont en cours d’évaluation clinique sous
l’égide de la SOFCOT. David a rapporté une série de 125 patients opérés
avec la prothèse SB-Charité ,dont le pourcentage de bons résultats est
de 65% en cas d’échec de discectomie antérieure.Pour l’instant les résultats
ne semblent pas supérieurs
à ceux des arthrodèses.
Quoiqu’il en soit, ces techniques doivent faire la preuve de leur
fiabilité et de leur pérennité pour pouvoir être proposées couramment
dans le traitement du “failed back syndrom” comme alternative à l’arthrodèse
qui ne résout pas,loin s’en faut,tous les problèmes.
6-CONCLUSION
L’étude que nous avons menée est critiquable à plusieurs titres:
rétrospective,non contrôlée,patients revus par l’opérateur,et enfin faible
recul (6 ans) en matière d’arthrodèse.Cependant ,elle a le mérite d’être
homogène en ce qui concerne la population étudiée (échecs de discectomie),les
indications,la technique chirurgicale réalisée par le même opérateur.
A la lumière des résultats nous avons pu tirer des conclusions
et affiner nos indications chirurgicales.
Une indication d’arthrodèse de choix est pour nous l’instabilité
lombaire avérée et symptomatique (clichés dynamiques,saccoradiculographie)
post-discectomie qui est associée le plus souvent à une récidive herniaire
vraie.Cette éventualité est souvent rencontrée sur le disque L4-L5 le
plus mobile dont la hauteur discale reste conservée ou peu diminuée.A
fortiori,l’indication est la même s’il existe une instabilité iatrogène
(fracture d’isthme,arthrectomie totale) surajoutée entraînée par la discectomie
précédente.Dans ces cas nous attachons peu d’importance aux facteurs anamnestiques
cités plus haut,sauf s’il existe à l’évidence une recherche de bénéfices
secondaires,ce qui n’est pas toujours très facile à déceler.En revanche
,nous attachons une grande importance au test d’immobilisation par bermuda
qui viendra encore confirmer que la stabilisation est la réponse au problème.La
technique d’arthrodèse, (PLIF avec cages ou APL) dans ces situations ne
nous a pas paru avoir un effet déterminant sur le résultat.Il parait logique,
si l’anatomie le permet sans risque,de faire une arthrodèse intersomatique
dans la mesure ou la discectomie est indispensable pour traiter la récidive
herniaire associée.La seule différence entre la greffe postero-latérale
ou intersomatique nous parait être le délai de récupération postopératoire
et de réinsertion professionnelle qui est certainement à l’avantage des
PLIF.Cependant cette technique reste plus dangereuse sur le plan neurologique
(1 paralysie L5 S1 dans la série). L’utilisation de cages de petit diamètre
par voie unilatérale est certainement à cet égard intéressante (cages
de Harms),car moins dangereuse.Il n’en reste pas moins que
les suites d’une greffe intersomatique avec cages sont difficiles
à gérer si une infection postopératoire apparaît,ou s’il survient une
mobilisation de cage.
En cas de récidive de hernie discale vraie sur un disque hypomobile
,qu’il s’agisse de L4-L5 ou L5-S1,nous retentons une discectomie simple
s’il y a eu un véritable intervalle libre assymptomatique entre l’intervention
initiale et la rechute douloureuse.
En ce qui concerne les lombalgies post-discectomie par collapsus
discal avec disque hypomobile sans véritable récidive de hernie discale
(le plus souvent L5-S1),notre attitude est plus nuancée et dépend du signal
IRM du disque.Si le signal présente une anomalie de type 1 de Modic,nous
proposons une arthrodèse intersomatique (par voie antérieure ou postérieure)
si les facteurs subjectifs cités plus haut sont favorables,car nous avons
vu que les PLIF dans cette indication sont nettement plus performantes
que les APL.
Si le signal est de type 2 ,nous pensons que l’arthrodèse intersomatique
peut se justifier mais la sélection des patients en fonction des critères
anamnestiques nous parait alors déterminante pour aboutir à un bon résultat.
En cas de disque noir l’arthrodèse nous paraît peu efficace,quels
que soient les critères anamnestiques, et nous n’avons pas de réponse
chirurgicale au problème.
Il est d’ailleurs intéressant de noter à ce sujet que ,dans notre
expérience,il est fréquent de revoir à distance ces patients lombalgiques
chez qui nous n’avons pas retenu d’indication d’arthrodèse,à l’occasion
d’une lombosciatique véritable par hernie discale survenant sur un disque
adjacent au disque initialement incriminé.Ceci veut dire que le disque
que nous soupçonnions d’être le
générateur des douleurs lombaires était
hors de cause car hypomobile,non “inflammatoire et donc probablement
en voie de stabilisation,voire d’ankylose spontanée.Il est donc vraisemblable
qu’un certain nombre d’arthrodèses
se soient soldées par un échec,en raison de l’ignorance ou l’impossibilité
d’identifier le foyer algogène malgré les techniques modernes d’imagerie
(IRM,discographie, disco-scanner) .
Il nous semble que
l’arthrodèse intersomatique en cas d’hypersignal discal de type Modic
1 a été significativement plus efficace que l’arthrodèse postero-latérale.Nous
avons pu constater cependant, des patients
qui restent douloureux après une arthrodèse postero- latérale bien
fusionnée et dont la seule anomalie est la persistance d’un hypersignal
discal,ce qui évoque peut-être la responsabilité du disque et des plateaux
vertébraux comme sources algogènes.L’arthrodèse intersomatique avec cages
est encore plus indiquée si une sténose foraminale est associée.Cette
arthrodèse doit être à notre avis associée à une instrumentation postérieure,car
le vissage de cages isolées ne nous a pas donné satisfaction malgré
l’obtention d’une fusion antérieure certaine.
La reprise chirurgicale
chez le lombalgique reste un pari difficile.Dans 50% des cas, l’arthrodèse
peut améliorer la situation cependant une sélection plus fine des patients
devrait augmenter le taux de succès.Comment faire cette sélection ? L’étude
IRM ,comme nous l’avons montré,est un élément de décision qui nous paraît
déterminant,pour décider non seulement de réaliser ou non une arthrodèse
mais encore de choisir le type d’arthrodèse.La fixation pédiculaire temporaire
externe est probablement très utile au diagnostic topographique de l’étage
lombaire douloureux, s’il y a un doute, et au traitement,comme l’ont montré
Jeanneret et Sénegas.Cependant,cette technique est difficile à faire accepter
au patient et à gérer sur le plan pratique.
Une partie du traitement des “failed back syndrom” devrait se situer
en amont,c’est à dire au moment de l’apparition de la hernie discale initiale.C’est
en effet,à ce moment-là que la sélection des patients est indispensable.
Il faudrait ainsi éviter d’opérer par discectomie isolée
les patients essentiellement lombalgiques,ou des patients présentant
un tableau discordant avec l’imagerie (mauvaise concordance de topographie
radiculaire, retentissement clinique démesuré),ou encore un profil psychologique
défavorable.En tout état de cause, la décision chirurgicale sera précédée
par un traitement médical complet,adéquat et suffisamment long,et après
une bonne interprétation de l’imagerie.Le chirurgien doit évidemment éviter
l’erreur technique qui grèvera le résultat final de la discectomie:erreur
d’étage, traumatisme radiculaire, mauvaise neuro-décompression,sténose
latérale non traitée,et enfin déstabilisation iatrogène.
La prévention des échecs de discectomie peut passer dans certains
cas,notamment si la hernie discale est l’expression d’une instabilité
du segment intervertébral ou s’il existe des lombalgies importantes en
rapport avec une discopathie primitive,par la réalisation d’une arthrodèse
d’emblée.La série (350 patients) d’Inoue est à ce sujet démonstrative,puisqu’il
rapporte 85% de bons résultats avec 30 ans de recul après une arthrodèse
antérieure d’emblée pour hernie discale lombaire chez le sujet jeune et
travailleur de force.
En conclusion,nous pensons que les meilleures indications d’arthrodèses
sont constituées par un disque qui reste ou devient instable
ou encore s’il présente un signal IRM de type
inflammatoire,après une discectomie. Ces éventualités sont finalement
peu fréquentes et ne représentent, dans notre expérience, que
40% des discopathies
post-discectomies.A notre avis,dans les autres cas,c’est-à-dire la majorité,le
disque évolue vers une stabilisation spontanée avec une activité inflammatoire
très discrète qui ne représente pas une source douloureuse importante.Si
malgré cette évolution le patient reste douloureux,c’est qu’il existe
une dégénérescence ou un début d’instabilité à un étage adjacent,le plus
souvent sus-jacent mais quelque fois très à distance de la première discopathie.
Tous ces éléments doivent conduire à n’envisager d’arthrodèse lombaire
après échec de chirurgie discale qu’après une évaluation clinique et psychologique
rigoureuse et après avoir individualisé les lésions
que nous avons évoquées par une imagerie adaptée.