PRISE EN CHARGE REEDUCATIVE
DES SCIATIQUES DISCALES
P-Y.
PLAIS - A. ABDOUN - P. FAYADA
Institut
Calot - Berck
La rééducation des sciatiques par hernie discale a totalement sa
place au décours de l'épisode douloureux aigu, qu'il s'agisse d'un traitement
médical ou d'une intervention chirurgicale de libération radiculaire.
Cette rééducation implique la participation étroite du patient
qui ne sera obtenue que s'il comprend la nature de sa pathologie et s'il
reprend confiance dans son rachis et ses possibilités fonctionnelles.
A la phase aiguë, le diagnostic de sciatique par hernie discale
confirmé, l'essentiel de la prise en charge comporte :
1/ Le repos
dont la durée se situe entre 5 à 10 jours.
Cette mise
au repos du rachis peut se faire par le décubitus strict (excepté toilette,
toilettes trop inconfortables et anti-ergonomiques au lit).
Les contentions
lombaires rapidement mises en place peuvent être utilisées dans les premières
semaines. Elles doivent être relativement hautes prenant appui sur le
bassin, libérant les plis inguinaux et sur le thorax inférieur sans comprimer
la région hypogastrique.
Nous les réalisons
en plâtre, en polysar, en position debout avec légère suspension et situation
de lordose confortable.
2/ Le traitement
médical , classique, évoqué ailleurs, associe :
* anti-inflammatoires non stéroïdiens par voie générale associés
à des corticoïdes locaux par infiltrations épidurales, foraminales ou
articulaires postérieures.
* Antalgiques.
* Décontracturants.
Le bilan de
rééducation, à ce stade, a pour but :
- de surveiller l'état neurologique, moteur, sensitif, réflexe,
n'omettant pas la recherche de troubles spinctériens.
- d'apprécier l'état de contractures musculaires, la mobilité spontanée.
Si le patient
est hospitalisé, les différents moyens de physiothérapie antalgique ont
leur place à ce stade associés à une initiation à la gestuelle protectrice
élémentaire pour les activités de la vie quotidienne ce qui d'une part
évite les gestes inadaptés contribuant à la douleurs, mais également place
le patient en situation d'acteur de son traitement.
Dès que le
patient est moins algique, la prise en charge rééducative devient plus
active.
Le bilan de
rééducation est orthopédique :
- Mobilité rachidienne et sous pelvienne, en particulier coxo-fémorale.
- Trophicité musculaire état de tensions, de contractures, (ischio-jambier,
bien classique mais aussi les rotateurs et adducteurs de hanche).
L'évaluation
plus fine, éventuellement instrumentale (RM, isocinétisme...) se fait
plus à distance de l'accident.
- Bilan de proprioception au sens de perception spatiale du corps
au repos et en mouvement : coordination, gestuelle spontanée.
Le bilan est
également psychologique et fonctionnel :
- Niveau d'anxiété, kinésiophobie, éventuellement conflits sous
jacents (familial, professionnel,...)
- Evaluation des contraintes rachidiennes de vie personnelle et
professionnelle, des facteurs de risque et situations déclenchantes.
Au plan rééducatif
1/ Les différents
outils de physiothérapie ont leur place (cryothérapie, thermothérapie
sous toutes ses formes...). Ils contribuent à lever la douleur, les contractures,
l’appréhension.
Ils ne sont
qu’un élément de la prise en charge et leur place dans la séance doit
se réduire rapidement.
Les tractions
lombaires ont une place discutée mais peuvent rendre service.
On préférera
les tractions dans l’eau ou les techniques dites auto-actives dans lesquelles
le patient maîtrise l’élongation et évite ainsi de lutter contre la machine.
2/ La prise
en charge rééducative active est initialement proprioceptive. Il n’y a
pas d’éducation possible sans perception suffisamment fine du corps,
perception
spatiale
. au repos
.
en mouvement.
Le patient
doit apprendre à sentir où se fait le mouvement, quelle amplitude, dans
quelle(s) directions(s), quels muscles sont recrutés ou relâchés, comment
gérer les tensions musculaires.
Les moyens
à disposition sont divers, guidance manuelle par le kinésithérapeute,
travail avec glace puis sans la glace, ballon de Klein, matériel type
plateau de Freeman, plans instables.
La prise de
conscience de la mobilité lombo-pelvienne en quadrupédie, en anté et rétroversion
est relativement aisée mais n’a du sens que si elle est perçue et reproduite
en station assise et même debout puisqu’elle est un élément fondamental
du contrôle gestuel en situation de vie quotidienne.
C’est donc
une véritable « intelligence corporelle » qu’il faut rechercher.
3/ La tonification
et la rééquilibration musculaire sont recherchées essentiellement par
les techniques de reprogrammation sensori-motrice.
Elle poursuit
et complète le travail perceptif initial. Plus qu’une tonification intensive,
elle recherche le développement de la vigilance, de l’endurance et de
la coordination musculaire.
Ce travail
musculaire est progressif et ne peut être pleinement sollicitant qu’une
fois les douleurs disparues.
Les exercices
à base de techniques de débordement d’énergie, de facilitation neuro musculaire,
d’ajustement musculaire segmentaire concernant :
- L’ensemble des muscles du tronc : manchon musculaire para vertébral
(spinaux, psoas) et muscles abdominaux.
- Les muscles du complexe lombo-pelvi-fémoro-jambier, le renfocement
doit être à la fois en puissance, en endurance et en coordination en vue
de déboucher sur la gestuelle ergonomique.
Le travail
musculaire plus globalisant, en particulier en balnéothérapie contribue
à la mise en confiance sur les possibilités de mouvement, aide au réveil
musculaire et articulaire rachidien.
Certains exercices
de tonification plus analytiques peuvent être programmés tel le travail
combiné, multifidus, transverse de l’abdomen en vue d’une stabilisation
du rachis lombaire utile pour les manutentions lourdes.
4/ Les assouplissements
rachidiens, sous pelviens sont contrôlés par les acquis proprioceptifs.
La lutte contre
la kinésiophobie repose sur le constat de non déclenchement des douleurs
lors des mouvements du rachis, des membres inférieurs.
Au rachis,
la mobilité est recherchée en amplitude contrôlée en unidirectionnel puis
en mouvements combinés.
Ce travail
rachidien est couplé à l’assouplissement sous pelvien dans toutes les
directions en étant vigilant d’une part à éviter les compensations lombaires
, d’autre part à ne pas faire d’équivalent Lasègue.
Schématiquement,
les muscles sous pelviens postérieurs seront assouplis de façon privilégiée
dans les lombalgies antérieures, les sous-pelviens antérieurs dans les
conflits articulaires postérieurs.
Là encore,
c’est la coordination de la mobilité rachidienne et du « jeu de jambe »
qui sera privilégié avec mise en situation en ergothérapie pour les activités
de la vie quotidienne et si possible simulation professionnelle.
5/ L’éducation
gestuelle ergonomique est le résultat des éléments complémentaires de
la prise en charge rééducative.
Le geste sain
repose sur le contrôle actif des mobilités, l’endurance musculaire, la
vigilance et l’analyse de la situation par un patient conscient de son
rachis.
L’ergonomie
doit être non contraignante, non stéréotypée, même si le support pédagogique
initial est nécessairement caricatural.
Les Ecoles
du Dos, par leurs supports pédagogiques, par la dynamique de groupe peuvent
constituer un outil très contributif.
Seules les
situations de fortes contraintes rachidiennes justifient le « verrouillage
lombaire strict ».
Les ceintures
de soutien lombaire, discontinues, contribuent à la gestion du mouvement
et à la protection;. Dans ces conditions, elles ne sont pas démusculantes,
semblent même bénéfiques.
Les mesures
d’adaptation de l’environnement sont exceptionnellement nécessaires mais
peuvent se justifier dans la vie professionnelle pour les métiers exposés.
Enfin, l’autonomisation
du patient vis à vis du rééducateur passe par l’apprentissage de mesures
de sédation, d’un travail d’auto-entretien, par l’adhésion à un programme
d’hygiène personnelle, activité sportive douce, régulière, exercices d’entretien,
auto critique sur la gestuelle, lutte contre l’obésité et le tabac.
Au décours
de la chirurgie discale, l’approche rééducative ne sera guère différente
dans ses objectifs et moyens.
Psychologiquement,
l’acte chirurgical vécu comme critère de sérieux voire de gravité de la
pathologie est souvent contrebalancée, au moins dans l’esprit du patient
par la « réparation » liée à l’intervention. « Mon problème
de hernie est réglé ».
Toutefois,
la cicatrice, les douleurs post-opératoires renforcent l’appréhension
de mouvement et de la reprise d’activité, nécessitant disponibilité et
explications tant par le chirurgien que par le rééducateur.
- En post-opératoire immédiat :
. Installation au lit en décubitus latéral, lordose intermédiaire.
. Travail doux de desinhibition musculaire à partir de petits exercices
de travail respiratoire abdomino-diaphragmatique.
. Rappel ou apprentissage des transferts lit, chaise haute, station
debout.
- Du 2ème au 8ème jour sont développés :
. le travail proprioceptif et postural,
. la gestuelle ergonomique,
. le travail musculaire doux et progressif essentiellement isométrique
au tronc.
- Un travail plus complet est possible après 3 à 4 semaines. Il
est globalement identique à la phase active des traitements non chirurgicaux.
- Le risque de lombalgies résiduelles est d’autant plus grand que
le patient a, avant la chirurgie, un long passé de lombalgies et de lombo-sciatiques
à répétition.
La prise en
charge d’éventuelles séquelles radiculaires est assuré par
- Une électrothérapie galvanique en courtes séances.
- Un entretien orthopédique évitant les rétractions tendino-musculaires,
articulaires.
- La mise en place d’un appareillage facilitant la marche et évitant
la boiterie.
- Un travail musculaire analytique des muscles déficitaires en
position de testing.
Précise, bien
surveillée, progressive, basée sur une analyse attentive du patient, la
rééducation doit permettre la disparition des douleurs, une reprise de
la vie antérieure, normale, moyennant une meilleure hygiène rachidienne
automatisée.