CHIRURGIE par ORDINATEUR et ENDOSCOPIE
Philippe MERLOZ (Grenoble)
Depuis une
vingtaine d’années, la chirurgie en général et l’Orthopédie-Traumatologie
en particulier ont vécu plusieurs évolutions ou révolutions : l’endoscopie
et l’arthroscopie au début des années 80 suivies peu après par la vidéo-chirurgie ;
l’informatique a fait progressivement son apparition dans les
blocs opératoires ; enfin, l’image médicale est devenue active
car présentée sous forme numérique.
L’image médicale numérique, en raison même de son caractère, peut
être facilement véhiculée et transférée grâce à des supports nombreux
et variés (cassette DAT ; disque optique ; CDROM ; câble).
Cette même image peut aussi être modélisée grâce à l’ordinateur. Dans
ces conditions, elle devient transformable et peut être modifiée à volonté.
Enfin, l’information numérique permet le guidage d’outils, comme cela
se fait depuis longtemps dans l’industrie.
Ils ont été quelques-uns à comprendre au tout début des années
90 que l’on pouvait appliquer les trois grands principes de la robotique
(perception ; raisonnement ; action) en médecine et en chirurgie
en se servant des images médicales numériques. Il faut citer, ici, les
travaux entrepris par Jocelyne TROCCAZ, Philippe CINQUIN, Stéphane LAVALLEE
et Jacques DEMONGEOT (Université Joseph Fourier ; Grenoble),(1-2),
de Lutz NOLTE (Müller Institute for Biomechanics ; Université de
Bern),(3), d’Anthony DI GIOIA (Carnegie Mellon University ; Pittsburgh),(4-5),
et de Russ TAYLOR (John Hopkins University ; Baltimore),(6). Le but
principal du mariage entre les principes fondamentaux de la robotique
et l’image médicale numérique était de concevoir et de réaliser des outils
susceptibles d’aider le médecin ou le chirurgien dans ses gestes thérapeutiques
quotidiens. L’information numérique fournit, en effet, un haut degré de
précision et un très bon niveau de fiabilité. En appliquant les principes
de robotique, il est possible de concevoir des systèmes permettant la
navigation chirurgicale sur un organe ou bien de visualiser une structure
anatomique invisible ou non directement accessible pendant le geste opératoire.
L’ambition, au départ, était triple : fournir au chirurgien des systèmes
susceptibles de rendre le geste chirurgical moins invasif ; permettre
au chirurgien de simuler certains gestes opératoires ; et enfin lui
fournir des outils dont le maniement serait facile et convivial.
Ainsi, au début des années 90, sont apparus des termes nouveaux,
qui traduisent tous mais à des degrés variables l’ampleur des possibilités
offertes par les techniques informatiques et de robotique basées sur l’image
médicale numérique : chirurgie assistée par ordinateur ; chirurgie
guidée par l’image ; chirurgie orthopédique assistée par ordinateur ;
gestes médico-chirurgicaux assistés par ordinateur ; robotique chirurgicale
etc.…
I – LES PRINCIPES
DE LA CHIRURGIE ORTHOPEDIQUE GUIDEE PAR L’IMAGE :
Les trois principes utilisés sont ceux qui ont été inventés en
robotique : perception de l’information ; raisonnement ;
puis action.
1°) perception de l’information :
L’information peut être préopératoire sous forme d’images numériques,
tomodensitométriques, IRM ou échographiques.
L’information « image » peut également être acquise en
per-opératoire à l’aide de systèmes susceptibles de numériser des images : appareils de fluoroscopie ;
appareils à ultra-sons et un certain nombre d’outils chirurgicaux
spécifiques équipés de diodes électroluminescentes qui émettent un signal
séquentiel repèré dans l’espace par un localisateur infra-rouge tridimensionnel.
2°) Recalage ou mise en correspondance des images :
Cette phase apparaît comme la plus importante en matière de chirurgie
guidée par l’image (ou de chirurgie assistée par ordinateur). En effet,
la principale vertu des systèmes informatiques spécifiques utilisés est
leur capacité à recaler les images numériques préopératoires sur les images
numériques per-opératoires dans le repère spatial du patient. Ceci est
possible grâce à la mise au point d’algorithmes spécifiques de fusion
d’images. L’aide à la décision est conditionnée par cette phase.
Cette mise en correspondance ou recalage peut s’effectuer par marquage
anatomique à l’aide d’un repère implanté sur le patient en percutané ou
bien en palpant sur l’organe exposé des points anatomiques remarquables
préalablement repérés sur les images préopératoires. Le recalage peut
aussi se faire par marquage de surface en numérisant à la surface de l’organe
opéré un certain nombre de points pris de façon aléatoire et randomisée
(logiciel dit du « Nuage de Points »),(1-2).
Deux autres techniques peuvent être utilisées pour le recalage.
Il s’agit de mettre en correspondance des images tomodensitométriques
préopératoires avec des images radiographiques (fluoroscopie) acquises
en per-opératoire. Encore expérimentale cette technique devrait voir ses
applications cliniques apparaître prochainement. L’utilisation des ultrasons
en tant qu’images per-opératoires est très intéressante. En effet, les
images fournies peuvent être acquises en surface et donc autoriser des
gestes percutanés . Cette technique, très récente, a permis quelques applications
cliniques au tout début de l’année 2000 (7).
3°) l’aide à la décision :
L’aide à la décision se fait par l’intermédiaire d’un interface
utilisateur qui permet au chirurgien de visualiser les informations principales
dont il a besoin : position des outils, direction, conflits éventuels,
axes et longueurs. Cette aide à la décision permet un véritable placement
interactif des outils chirurgicaux et des segments osseux ou articulaires
sur les images préopératoires.
4°) action :
La phase d’action est simple et permet de réaliser de façon précise
et fiable les objectifs et la stratégie optimale de guidage du geste,
conformément au planning établi en préopératoire.
II – LES PRINCIPAUX
SYSTEMES UTILISES :
Ils sont au nombre de trois : les systèmes actifs ; les
systèmes passifs et les systèmes semi-actifs.
1°) les systèmes passifs :
Les systèmes passifs fournissent une information en temps réel
sur la position et le guidage d’outils chirurgicaux dans le champ opératoire.
Le guidage reste entièrement sous la responsabilité du chirurgien qui
peut en interrompre le déroulement à tout moment.
Trois sous-systèmes sont habituellement décrits :
-
les systèmes
passifs basés sur l’image tomodensitométrique :
Ce sont les plus classiques. L’imagerie préopératoire est un examen
TDM. L’imagerie per-opératoire est fournie par des outils spécifiques
munis de diodes électroluminescentes repérées dans l’espace à l’aide d’un
localisateur optique infrarouge. La phase de recalage ou de mise en correspondance
des images pré et per-opératoires est importante car elle conditionne
la précision du geste de guidage. Le recalage peut se faire par marquage
de surface, ou par marquage anatomique (1-2). Une fois le recalage terminé,
la navigation devient possible grâce à un interface utilisateur qui montre
la progression des outils avec un excellent niveau de précision (de l’ordre
de 1 mm) ; (3-8-9-10-11-12).
-
les systèmes
passifs basés sur l’image radio mais sans examen tomodensitométrique pré-
opératoire :
C’est dans ce domaine qu’il faut placer la fluoroscopie virtuelle.
Une grille de calibrage
montée
sur le récepteur d’un amplificateur de brillance permet de corriger (par
des moyens informatiques) les distorsions et les déformations de l’image
fluoroscopique. Très proches de la réalité, les images numériques reformatées
autorisent la visualisation d’outils en temps réel et avec un excellent
niveau de précision. Là aussi, les outils doivent être vus dans l’espace
et c’est pour cette raison qu’ils sont tous munis de diodes électroluminescentes
visibles en permanence par un système de localisation optique tridimensionnel ; (13-14).
-
Les systèmes passifs non basés sur l’image radio :
Ces
systèmes permettent l’acquisition per-opératoire de données concernant
la cinématique articulaire (centres instantanés de rotation) et/ou de
données morphologiques (« Bone Morphing ») basées sur l’utilisation
de modèles statistiques. Ils
font simplement appel à des outils munis de diodes et à un localisateur
optique tridimensionnel. L’image radiographique préopératoire n’a plus
ici qu’un rôle diagnostic. Dans ce domaine, on peut citer les systèmes
qui permettent de positionner les greffes de ligaments croisés antérieurs
sur les points les plus isométriques ainsi que les systèmes qui permettent
d’optimiser le positionnement des différentes pièces qui composent les
prothèses articulaires ( genou et hanche), (15-16).
2°) les systèmes semi-actifs :
Ces systèmes sont caractérisés par le fait que si
certains gestes chirurgicaux sont contraints mécaniquement, le guidage
dans la direction optimale définie en préopératoire reste sous la responsabilité
du chirurgien. Ces nouveaux outils servent surtout comme aide au positionnement
d’instruments. On peut citer la technique des gabarits individuels pour
la chirurgie du rachis (17), et plus récemment le bras à contraintes dynamiques
(robot à sécurité passive) mis au point à Grenoble (18) .
3°) les systèmes actifs :
Ces systèmes effectuent un travail autonome (sans
contrôle chirurgical direct) conformément à un planning établi en préopératoire.
Il s’agit là de véritables robots chirurgicaux et l’on peut distinguer
4 types de systèmes robotisés :
-
Les assistants :
avec les systèmes MKM, SURGISCOPE et AESOP.
-
Les télémanipulateurs :
avec les systèmes ZEUS, ou INTUITIVE SURGERY.
-
Les porte
instruments : le NEUROMAT
-
Les robots
opérateurs : comme les systèmes ROBODOC (19) ou CASPAR déjà en service
pour la chirurgie de la hanche et
du genou ou comme le futur robot CRIGOS
dont le volume est extrêmement compact.
Ainsi
donc, lorsque l’on peut allier des connaissances
chirurgicales parfaites à l’utilisation d’un outil guidé par l’image,
le geste chirurgical apparaît plus précis et les techniques de chirurgie
minimales invasives deviennent encore plus accessibles.
Les systèmes actifs (robots) ainsi que les systèmes passifs basés
sur l’image TDM apparaissent à l’heure actuelle comme des outils « standards »
de chirurgie assistée par ordinateur. Les autres systèmes (gabarits individuels)
et les appareils permettant la navigation chirurgicale sans examen tomodensitométrique
préopératoire (avec deux radiographies calibrées comme dans la fluoronavigation)
ou avec uniquement des outils munis de diodes électroluminescentes (comme
dans la chirurgie du ligament croisé antérieur, et la chirurgie prothétique
du genou) apparaissent comme des «alternatives » aux systèmes d’assistance
dits « standards ».
En fait, tous ces systèmes sont au cœur d’un processus d’intégration
d’informations numériques multimodales : TDM ; IRM ; radiologie
numérique et bientôt les modèles statistiques et les atlas de recalage
élastique.
En pratique chirurgicale, une boucle complète faisant intervenir
l’image numérique peut être décrite de la phase préopératoire jusqu’à
la phase post-opératoire. Ainsi sont nées, au cours de ces dernières années,
les technologies de l’information
à destinée chirurgicale :
-
L’information numérique préopératoire
peut servir au diagnostic et à la planification mais
aussi
à la simulation.
- L’information numérique
per-opératoire permet l’exécution et la réalisation d’un geste chirurgical.
Cette étape fait généralement appel à des systèmes de poursuite d’outils
ou à des systèmes robotisés. Les tâches peuvent être passives, actives
ou semi-actives. Au cours de l’intervention - et bien que non absolument
nécessaire - (fluoroscopie virtuelle par exemple), l’information numérique
préopératoire est le plus souvent indispensable.
- L’information
numérique postopératoire permet d’enregistrer les radiographies de contrôle
d’une intervention, d’évaluer les résultats et de contribuer à
l’établissement de critères de prévention
en comparaison avec les données numériques pré et per-opératoires.
Les
applications des techniques informatisées en Orthopédie sont très nombreuses :
chirurgie de la hanche (ostéotomies et chirurgie prothétique) chirurgie
du genou (ostéotomies ; chirurgie prothétique et chirurgie ligamentaire)
chirurgie du bassin, chirurgie du rachis ; traumatologie (notamment
traumatologie des membres et traumatologie du bassin).
Dès demain apparaîtront de nouveaux outils : les systèmes
de deuxième génération permettront le positionnement virtuel des ensembles
osseux et articulaires directement dans le champ opératoire ; les
micro-robots et autre systèmes, permettront avec une grande précision
de positionner des matériels d’ostéosynthèse. Les systèmes d’imagerie
virtuelle seront associés à la vidéo et fourniront des images (réelles
et virtuelles) en temps réel au chirurgien ; des bras robotisés
à sécurité passive permettront d’accéder à des régions anatomiques
délicates en toute sécurité conformément à un planning pré-opératoire.
Enfin l’interface utilisateur (écran) va devenir de plus en plus convivial
(aide visuelle directe ; aide en ligne ; souris remplacée par
un écran tactile, une pédale ou une commande vocale).
Professeur Philippe MERLOZ
Service de Chirurgie Orthopédique
CHU A. Michallon ; BP 217
38043 GRENOBLE Cedex 9
Tel : 04 76 76 55 93
Fax : 04 76 76 52 18
E-mail : Pmerloz@chu-grenoble.fr
REMERCIEMENTS :
L’auteur tient a remercier toutes celles et tous ceux qui depuis maintenant
dix ans ont participé au développement de ces nouvelles technologies.
-
Laboratoire
TIMC (Technique de l’Imagerie de la Modélisation et de la Cognition) ;
IMAG ; CNRS ; Université Joseph Fourier (Grenoble) : Jocelyne
Troccaz ; Philippe Cinquin ;
Stéphane Lavallée ; Christian Huberson ; Laurent Desbat.
-
Service d’Orthopédie-Traumatologie ;
CHU A. Michallon (Grenoble) : Sorin Blendea ;
Ahmad Eid ; Claude Faure ; Thierry Martinez ; Stéphane
Plaweski ; Jérome Tonetti.
1°
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MERLOZ
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2° LAVALLEE S., SAUTOT P., TROCCAZ J., CINQUIN Ph.
, MERLOZ Ph.
Computer
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J. Image
Guided Surg. 1995, 1, 65-73.
3° LANGLOTZ
F., BERLEMANN U., GANZ R., NOLTE LP.
Computer-Assisted
Periacetabular Osteotomy.
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Techniques in Orthop, vol 10, N° 1, 2000 ; 14-19
4° DI
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Navigation for Total Hip Replacement with the use of « HIP NAV ».
Oper.
Techniques in Orthop, vol 10, N° 1, 2000 ; 3-8
5° NIKOU
C., DI GIOIA A., BLACKWELL M., JARAMAZ B., KANADE T.
Augmented
Reality Imaging Technology for Orthopaedic Surgery.
Oper.
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6° TAYLOR
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9°
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Pedicle screw placement using
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11°
MERLOZ Ph. , TONETTI J., CINQUIN P., LAVALLEE S., TROCCAZ
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Assistée par Ordinateur : vissage automatisé des pédicules vertébraux.
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MERLOZ Ph. , TONETTI J., PITTET L., COULOMB M., LAVALLEE S., TROCCAZ J.
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13° MERLOZ Ph.,HUBERSON C.,LAVALLEE
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17° RADERMACHER
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Image
Guided Orthopaedic Surgery Using Individual Templates
In lecture notes in computer science (J. Troccaz ; E. Grimson ;
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Springer
Verlag Edit. , Berlin, 1997.
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In lecture notes in computer science (J. Troccaz ; E. Grimson ;
M. Mösges eds) PP 727-736.
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BAUER A.
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