ASPECT SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA CHIRURGIE RACHIDIENNE

DANS LE CONTEXTE NORD-AMÉRICAIN

 

Emile BERGER (Neurochirurgien, Montreal)*

 

INTRODUCTION

 

De plus en plus, les diverses interventions sur la colonne prennent de l’envergure et les tendances d'analyser le coût d’une telle chirurgie deviennent de plus en plus exhaustives, surtout au niveau du continent Nord-Américain.  La présente étude a été faite afin d’analyser quelques aspects de cette discussion qui s’annonce de plus en plus acerbe.  Étant donné que l’analyse de la littérature se limite à la situation qui prévaut en Amérique du Nord, les références sont donc tirées de la littérature nord-américaine et anglaise.

 

MATÉRIEL ET MÉTHODE

 

 

* berger@oceanwide.com

 

 
Un travail intéressant concernant les tendances dans la politique d’hospitalisation pour des problèmes de pathologie cervicale ou lombaire en comparant les systèmes de soins médicaux tels que couramment appliqués aux Etats-Unis et au Canada a été publié récemment (24).  Ce qui frappe dès le début de cet article c’est que l’admission pour des cas traités chirurgicalement en comparant les Etats-Unis avec la province d’Ontario au Canada c’est que le pourcentage d’admissions pour des cas traités chirurgicalement est de 164% plus haut aux Etats-Unis qu’en Ontario.  Il se peut évidemment que ce pourcentage d’admissions plus élevé aux Etats-Unis est dû à un nombre plus grand de spécialistes dans cette chirurgie mais aussi au fait que la disponibilité de l’imagerie médicale, c’est-à-dire de la résonance magnétique et de la tomodensitométrie est beaucoup plus grande aux Etats-Unis qu’au Canada.  De telles comparaisons évidemment sont possibles aussi à l’intérieur d’un pays, comme par exemple le pourcentage d’admissions comparé pour la ville de Boston et New Hill. (35)  La discordance entre le pourcentage d’hospitalisations pour traitement médical versus traitement chirurgical est en partie due évidemment aussi aux différentes opinions médicales concernant le traitement adéquat à offrir aux patients (13).  En préparant les statistiques pour l’article en question (24), les interventions chirurgicales incluant la greffe, furent considérées de façon séparée à cause des coûts plus élevés associés avec ce genre de chirurgie, ainsi que le nombre de complications dépassant des interventions comme la discectomie (12, 14).  On note aussi que le pourcentage d’admissions aux Etats-Unis pour des interventions chirurgicales au niveau du cou et dos est de façon consistante plus haut que dans la province d’Ontario au Canada.  En plus, le taux d’hospitalisation pour les greffes spinales augmenté deux fois et demi pendant la période d’étude, c’est-à-dire entre 1982 et 1992.  En plus, le nombre de patients âgés de 65 ans ou plus qui furent hospitalisés pour une chirurgie du rachis, s’accrût par le facteur de 5, selon les statistiques concernant les Etats-Unis.  Cet accroissement étonnant peut évidemment être expliqué en partie par le fait que les patients d’un âge plus mur que 65 ans sont plus assujettis à une pathologie rachidienne nécessitant un traitement quelconque.  Cependant, le fait qu’aux Etats-Unis, un patient âgé de 65 ans ou plus bénéficie du système de rémunérations gouverne-mental qu’on appelle « Medicare » garantissant aux chirurgiens une certaine rémunération de base.  Ce genre de politique ne s’applique pas au Canada où le système prévoit le traitement gratuit  nonobstant l’âge du patient.

 

Quant au fait que le taux d’hospitalisations pour les investigations préopératoires a diminué considérablement; ceci est dû au fait que de telles investigations peuvent être accomplis sur une base externe (9, 30).  À noter aussi qu’aux Etats-Unis, entre 1979 et 1990, l’incidence de greffes spinales a augmenté de 13 à 26 par 100 000 adultes, ce qui signifie donc une augmentation de 100% (30).  Cette diminution dans le taux d’hospitalisations pour traitement non chirurgical des conditions dégénératives du rachis peut être attribuée aussi évidemment au fait que l’investigation préopératoire se fait aujourd’hui presque exclusivement sur une base externe et que les anciennes modalités de traitement, comme le repos au lit et les tractions, sont présentement considérées comme étant non efficaces (6, 29).  Le taux d’hospitalisations pour un traitement chirurgical, c’est-à-dire une greffe du rachis, a cependant augmenté considérablement en dépit du manque d’évidence probante qu’un tel traitement soit indiqué (15, 31).  La discordance entre le pourcentage des interventions chirurgicales aux Etats-Unis et au Canada est due aussi en partie à l’accessibilité de l’imagerie, c’est-à-dire résonance magnétique et tomodensitométrie, qui est beaucoup plus grande aux Etats-Unis.  L’admissibilité pour de tels examens est évidemment limitée au Canada par le gouvernement qui, à toutes fins pratiques, est le seul paie-maître, ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis, faisant abstraction des gens âgés de 65 ans et plus (7).

 

On estime que le nombre de discectomies faites présentement aux Etats-Unis est de 200 000 cas annuellement (33).  Quant aux résultats tardifs des greffes, une série de cas fut suivie pendant une période de 21 jusqu’à 33 ans.  La moitié de ces patients continuent à avoir des douleurs lombaires et 15% des patients furent réopérés (25).  Le pourcentage d’échecs s’amplifie de façon évidente lorsqu’il s’agit de patients opérés à la suite d’un accident de travail ou véhiculaire (2, 3, 4, 5).

 

Quelques statistiques à retenir maintenant, d’abord que la douleur lombaire est la deuxième raison pour laquelle le patient consulte le médecin après le rhume.  Quoique la lombalgie chez la plupart des patients est non spécifique, 15% présentent des conditions, surtout des hernies discales ou sténoses spinales, qui peuvent être traitées chirurgicalement.  Cependant, il y a peu d’évidence comme quoi un traitement chirurgical est supérieur à une thérapie médicale pour la hernie discale ou la sténose spinale.  Il y a une discordance très importante aux Etats-Unis entre le taux d’interventions chirurgicales pour des hernies discales et ceci, quand on considère la géographie pour la hernie discale, la discordance géographique est un facteur de 8, tandis que pour la sténose spinale, le facteur est de 12, comparé avec la thérapie pour les fractures de hanche où le facteur n’est que de 2.  Afin de réduire cette variation dramatique, on nécessite des données beaucoup plus exactes concernant l’indication opératoire, ainsi que la participation du patient dans les décisions thérapeutiques (8).  Les chiffres mentionnés dans la littérature concernant l’échec du traitement chirurgical pour les sténoses spinales mentionnent 30 à 40% de mauvais résultats quatre ans après l’opération (1). 

 

La variabilité dans le diagnostic peut être une autre cause de la non réussite chirurgicale (11, 19).  L’indication opératoire en ce qui concerne la localisation géographique devrait aussi faire l’objet d’une investigation plus poussée. 

 

 

 

 

Par exemple, si le facteur de 1 est pris pour les Etats-Unis en ce qui concerne la chirurgie du rachis, au Canada ce taux est seulement de 0.49 et dans le Royaume Uni, 0.19, donc 1/5 du taux aux Etats-Unis. Si le facteur du mode de paiement du chirurgien en Angleterre et au Canada est pris en considération, ça pourrait aussi expliquer cette discordance dans les statistiques (10).  Les accidentés du travail constituent un groupe chez qui les résultats post-opératoires laissent beaucoup à désirer.  Dans une série, 68% accusaient des douleurs plus marquées qu’avant l’opération et 56% insistaient sur le fait que leur qualité de vie avait souffert (17).  Entre 1979 et 1990, le taux de fusion vertébrale avait augmenté aux Etats-Unis par le facteur 2.  La plus grande augmentation fut notée dans les groupes des gens âgés aux Etats-Unis.  Il y avait 40 000 fusions lombaires chez ce groupe de patients constituant donc 1/5 de toutes les opérations sur le rachis.  La moitié de ces opérations étaient faites avec instrumentation.  Si l’instrumentation .était utilisée, le coût de l’opération doublait (21).  Dans une série de 194 patients avec un suivi de six mois post-op, 22% étaient insatisfaits du résultat (22).  Dans une autre série, les patients opérés pour sciatalgie, 39% se déclaraient non satisfaits après l’opération pour une hernie discale et 25% alléguaient que la symptomatologie ne s’était pas améliorée (36). Un autre article mentionne que 10 ans après une discectomie lombaire, 50 à 60% se plaignaient encore de douleurs lombaires, 20 à 30% d’une sciatalgie (20).  Les complications pendant une hospitalisation pour une telle chirurgie sont discutées dans d’autres articles comme étant de 5.4% après une discectomie simple en augmentant vers 12.1% lorsqu’une greffe était ajoutée. Quant à l’étude des divers résultats dans la littérature mentionnée, on nota une déficience de procédure dans 50% des études analysées et des conclusions douteuses dans 46% (32).  D’autres articles rapportent des résultats semblables (27, 28, 34).

 

RÉSULTATS

 

Il ne suffira pas de conclure cette analyse sans mentionner le rapport Cochrane (18).  Ce rapport est basé sur l’analyse de 26 études randomisées et contrôlées pour hernie discale ainsi que 14 études en relation avec le traitement chirurgical d’une spondylose lombaire dégénérative.  Des meta-analyses furent faites.  Les conclusions dans ce rapport Cochrane en ce qui concerne la discectomie et la greffe sont les suivantes.  On a obtenu l’évidence qu’une fusion avec instrumentation donnera un taux de fusion plus élevé que des greffes faites sans instrumentation.  Cependant, le rapport Cochrane n’a pas noté que le résultat clinique est amélioré par le simple fait d’avoir une fusion plus adéquate. D’un autre côté, on nota que de telles fusions sont associées avec un pourcentage plus élevé de complications.  Deuxièmement, il n’y a pas de différence significative dans le résultat clinique en utilisant la technique de fusion par voie antérieure ou postérieure.  Il n’y a pas d’évidence acceptable concernant l’efficacité de toute forme de décompression pour des spondyloses lombaires déjà actives ou pour la sténose spinale.  Il n’y a pas non plus des notes acceptables concernant l’efficacité de toute forme de fusion pour spondylose lombaire dégénérative, douleurs du dos ou instabilité. 

 

 

Pour accentuer ces pronostics plutôt sombres émis par le groupe Cochrane concernant les interventions chirurgicales mentionnées plus haut, le gouvernement américain vient de sortir, ce qu’il appelle un rapport basé sur des évidences technologiques, intitulé « Traitement de la sténose spinale lombaire dégénérative »(16). Dans ce rapport ils arrivent à la conclusion que l’instrumentation n’améliore pas le pourcentage de réussite chez les patients avec greffe pour spondylolisthésis. En plus, toujours dans le même rapport, on mentionne qu’on ne peut pas juger de la réussite du traitement conservateur, car les patients sont soumis à une intervention chirurgicale trop rapidement.  On déplore aussi le fait que des études contrôlées ne sont pas disponibles concernant le tableau clinique chez les patients qui reçoivent seulement du traitement conservateur.  Le rapport mentionne le manque de détails concernant l’âge moyen ainsi que la durée de la maladie précédant le traitement.  Le rapport déplore aussi que dans 15 analyses de traitements chirurgicaux où ces traitements se sont soldés par un échec, la durée du traitement conservateur s’étendant entre une période très courte de deux semaines jusqu’à une période prolongée de 16 ans sans qu’une corrélation quelconque puisse être établie.

 

Ce rapport du gouvernement américain a eu l’effet d’un tintamarre sur les deux sociétés américaines les plus importantes de neurochirurgiens, c’est-à-dire l’American Association of Neurological Surgeons et le Congress of Neurological Surgeons qui s’objectent aux conclusions de ce rapport gouvernemental qui insiste sur des études prospectives et randomisées avant d’accepter les indications présentement en usage pour une telle chirurgie.  Ceci est juste le début de la confrontation entre ces deux corporations professionnelles et les forces gouvernementales qui s’occupent de la réglementation des interventions chirurgicales, surtout quand il s'agit des patients dont l’âge est de 65 ans ou plus et pour lesquelles le gouvernement fédéral américain est responsable.

 

CONCLUSIONS

 

Le rôle de la greffe avec instrumentation dans des cas d’arthrodèse lombaire pour condition dégénérative demeure la pomme de discorde chez les chirurgiens spinaux nords-américains car elle menace leur survie économique.  Ces retombées néfastes sont en partie dues à leur système de santé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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