Douleurs résiduelles après cure de hernie discale
chez le sportif.
Conséquences sur la reprise
du sport et prise en charge.
L.
Savalli, P. Trouvé, P. Middleton, P. Puig,
La persistance
de douleurs au décours d’une cure de hernie discale conditionne, pour
l’essentiel, le succès de l’intervention.
Afin
de connaître l’impact des douleurs résiduelles sur la reprise du sport
après discectomie chez le sportif compétiteur, nous avons réalisée une
enquête rétrospective portant sur 31 dossiers de patients admis au CERS
dans les suites de l’intervention.
Ont
été exclus de l’étude les patients dont le délai d’admission post-opératoire
était supérieur à 90 jours, ceux dont l’âge était supérieur à 50 ans et
les patients présentant un déficit moteur significatif à l’arrivée.
Les
sportifs, entrant dans le cadre de cette étude, ont été interrogés, à
distance de l’intervention par questionnaire, afin de connaître les conditions
et les délais de reprise du sport. Nous avons colligés les données habituelles
à savoir l’âge, le type de sport pratiqué, le niveau sportif, la durée
de séjour, le délai d’admission au CERS au décours de l’intervention etc…La
douleur a été évaluée par échelle verbale numérique allant de 0 à 10 où
10 représente la douleur maximale imaginable et 0 l’absence de douleur
[5].
Les
patients qui n’ont pas retourné le questionnaire ont été relancés par
téléphone, dans la mesure du possible.
RESULTATS
Le
taux de réponse au questionnaire est de 77% (24 dossiers exploitables).
Le recul au moment de l’enquête par rapport à l’intervention est de 15,8
mois E.T. = 6 mois. Le délai moyen d’admission au CERS est de 37,5 jours
E.T. = 26. La durée de séjour est de 25,1 jours E.T. = 6,3.
La
majorité des sportifs sont de sexe masculin, seuls deux d’entres eux sont
de sexe féminin. Il s’agit de sportifs compétiteurs (21 cas) ou exerçant
un métier du sport (3 cas). La répartition selon le niveau sportif s’établit
selon la façon suivante : 6 pratiquent à niveau régional, 13 à un
niveau national et 2 à un niveau international.
Au
moment de l’enquête 22 sportifs ont repris l’entraînement sportif (92%).
18 d’entres eux (75%) ont repris la compétition (16 cas) ou estiment être
revenus au niveau antérieur. 2 n’ont pas repris le sport (8%).
Les
sportifs qui ont repris la compétition ou sont revenus à leur niveau sportif
antérieur ont un niveau douloureux au moment de l’enquête à 1,9 E.T. =
2,34, plus bas que le reste de la cohorte (EVN = 3,5 E.T. = 2,41) mais
de façon non significative (p = 0,16).
Le
niveau douloureux évalué au terme
du séjour au CERS à J + 62 E.T. = 26 est plus bas chez les sportifs
qui ont repris la compétition ou sont revenus au niveau antérieur (EVN
= 0,66 E.T. = 1,47) que chez
le reste de la population (EVN = 2,8 E.T. = 1,6). La différence est très
significative (p = 0,0062).
Le
niveau douloureux autour
du 2ème mois pourrait permettre de pronostiquer la reprise
de la compétition. En effet, si l’on constitue, rétrospectivement, 2 groupes
en fonction du niveau douloureux au terme du séjour au CERS, soit un groupe
A dont la douleur est inférieure à 3 sur l’EVN et un groupe B dont la
douleur est supérieure ou égale à 3 sur l’EVN, on constate que les chances
de retour à la compétition ne sont pas identiques dans les 2 groupes.
Tous les patients du groupe A (100%) ont repris les entraînements et 17
d’entres eux (94%) le sport en compétition ou leur activité sportive antérieure.
Celui qui n’a pas repris la compétition invoque une raison indépendante
à l’histoire discale. Dans le groupe B, 4 patients ont repris l’entraînement
(66%) parmi lesquels 1 a repris la compétition (16%). Les patients du
groupe B mettent tous en cause l’histoire discale pour expliquer l’absence
de retour au niveau antérieur. La différence entre les 2 groupes est significative
lorsqu’on étudie la reprise de la compétition ou le retour au niveau antérieur
(p = 0,0013). Elle ne l’est pas lorsqu’on étudie la reprise des entraînements
(p = 0,085).
Si
le niveau douloureux autour du 2ème mois permet de prédire
le retour à la compétition, il ne permet pas de prédire le niveau douloureux
à plus long terme car les sportifs du groupe A ont, au moment de l’enquête,
un niveau douloureux (EVN = 2,02 E.T. = 2,46) certes, plus bas que celui
du groupe B (EVN = 3,41 E.T. = 2,15), mais la différence n’est pas significative
(p = 0,23).
En
revanche, les sportifs du groupe A estiment au moment de l’enquête leur
récupération sur échelle verbale numérique de 0 à 10 supérieure à celle
du groupe B, puisque la récupération est estimée à 7,73 E.T. = 1,97 pour
le premier groupe contre 5,25 E.T. = 1,47 pour le second. La différence
est significative (p = 0,0090).
Nous
n’avons pas retrouvée de corrélation significative entre douleur au moment
de l’enquête et l’auto-appréciation de la récupération des capacités physiques
sur une échelle de 0 à 10, ou 0 représente l’impossibilité de pratiquer
du sport et 10 la récupération complète.
DISCUSSION :
Les
données concernant la reprise du sport sont comparables à celle de la
littérature [4, 13, 16].
L’importance
de la douleur, comme facteur prédictif chez le sportif, rejoint les conclusions
de Donceel [5] qui a mis en exergue l’importance de l’EVA à la 6ème semaine
de l’intervention, pour prédire la reprise du travail d’une population
générale opérée d’une hernie discale. Il s’agit, selon cet auteur, de
l’un des facteurs pronostics les plus fiables.
L’étude
par questionnaire que nous avons réalisée ne nous permet pas de définir
la nature et l’origine des douleurs résiduelles dont se plaignent les
sportifs. Pour la majorité d’entres eux, il s’agit d’une douleur lombaire.
Deux sportifs évoquent une douleur de la fesse et un de la cuisse. Aucun
ne décrit sa douleur comme une radiculalgie caractéristique même si une
forme tronquée ne peut être éliminée chez l’un d’entres eux.
Quoi
qu’il en soit, la douleur revêt un aspect très subjectif, y compris chez
le sportif. L’absence de corrélation statistiquement fondée entre le niveau
douloureux, à distance de l’intervention, et le retour à la compétition
ou l’auto-appréciation de la récupération des capacités physiques témoigne
de cette subjectivité.
Il
convient de distinguer, à ce stade, la douleur spécifique d’une complication
inhérente à l’intervention, d’une lombalgie mécanique banale.
Parmi
les causes habituelles de réapparition ou de pérennisation d’un syndrome
douloureux, entrant dans le cadre d’une complication de la chirurgie [2,
8, 11, 12], il faut citer, en premier lieu, la récidive [6] ou la persistance
de la compression radiculaire, d’une part et la fibrose épidurale hypertrophique,
d’autre part. La présentation clinique diffère entre l’un ou l’autre diagnostic,
mais parfois seule l’imagerie par IRM avec produit de contraste permet
d’établir le diagnostic différentiel de la fibrose épidurale hypertrophique
[3], pour laquelle une réintervention serait plus préjudiciable que bénéfique.
Plus
insidieux, est la constitution d’une instabilité vertébrale segmentaire,
conséquence de la modification des centres instantanés de rotation du
segment mobile à la faveur du « vide discal » faisant suite
au geste chirurgical ou d’un geste associé sur les articulaires postérieures
ou sur l’arc postérieur [1]. Le diagnostic se fonde sur la réalisation
de clichés radiographiques en flexion extension du rachis lombaire avec
mise en évidence d’un bâillement discal important. Il existe des formes
minimes. La prise en charge fonctionnelle de l’instabilité vertébrale
repose sur la mise en œuvre d’un programme de renforcement des muscles
du tronc, en particulier du multifidus et du transverse de l’abdomen [14].
En cas d’échec, après une rééducation bien conduite, il faut discuter
l’indication d’une arthrodèse [15].
Nous
passons sur les causes plus rares comme le sepsis [7] dont certaines formes
pernicieuses peuvent être la conséquence d’une infection décapitée par
une antibioprophylaxie post-opératoire ou la conséquence d’une contamination
par mycobactérie atypique.
Une
fois éliminées ces étiologies spécifiques, en recourant selon le besoin,
à des examens complémentaires, il faut considérer les douleurs résiduelles
invalidantes comme entrant dans le cadre d’une lombalgie chronique à part
entière (au delà de 3 mois d’évolution, par définition), avec malgré tout
la spécificité de survenir chez un sportif. En dépit de cette spécificité,
qui n ‘est pas neutre, il est possible de proposer sur le plan thérapeutique,
un programme de reconditionnement tel qu’il a été élaboré sous l’impulsion
de Tom Mayer aux USA, pour la prise en charge de la lombalgie chronique,
avec diverses adaptations [10].
Ce
type de programme de rééducation, avec des variantes, est le seul a avoir
prouvé son efficacité sur la lombalgie chronique, en terme de reprise
du travail. Il est construit sur l’idée que la lombalgie chronique est
la résultante d’un déconditionnement du rachis en terme de force, de mobilité
et de compétences cardio-respiratoires. Le traitement vise, à restaurer
les qualités analytiques du rachis afin de rétablir la fonction, l’objectif
essentiel étant la reprise du travail.
Chez
le sportif, la mise en évidence d’un déconditionnement caractéristique,
tel qu’il a été initialement décrit, à distance d’une discectomie, est
plutôt rare, voire exceptionnelle. Il n’empêche, qu’en cas de douleurs
chroniques résiduelles, la prise en charge du sportif selon un modèle
analogue à celui proposé par Mayer donne souvent de bons résultats, dans
notre expérience au quotidien, notamment sur la douleur et sur la reprise
du sport.
Il
importe, néanmoins, de rechercher, tout particulièrement chez le sportif,
une cause mécanique à cette lombalgie tel qu’un syndrome facettaire de
la charnière dorso-lombaire ou de la charnière lombo-sacrée, une tendinopathie
du pyramidal, une douleur ligamentaire inter-épineuse ou encore une souffrance
du ligament ilio-lombaire sur son insertion iliaque… Quelque soit le mécanisme
étio-pathogénique en cause, il faut rechercher un trouble morphostatique
pouvant favoriser une dysfonction de l’unité pelvi-rachidienne, comme
par exemple une hyperlordose. D’autres facteurs doivent être plus particulièrement
identifiés chez le sportif. Il peut s’agir d’une raideur musculaire ou
articulaire des ceintures susceptible d’entraîner des compensations rachidiennes,
et/ou d’une technopathie ou d’un geste sportif nocif par son caractère
itératif et/ou d’un programme de préparation physique inadapté.
L’un
des exemples les plus illustratifs et cumulant, de façon caricaturale,
l’ensemble des facteurs cités est celui du tennisman souffrant d’un syndrome
facettaire de la charnière lombo-sacrée en conséquence :
-
d’une
hyperlordose lombaire avec rétraction des chaînes musculaires antérieures
et insuffisance de la paroi abdominale,
-
d’une
raideur de l’épaule à l’armer du bras compensée par une majoration de
la lordose rachidienne lors de chaque service ou volée,
-
d’une
technopathie caractérisée par une flexion insuffisante des genoux lors
du service favorisant l’hyperlordose,
-
d’un
programme de préparation physique inadapté accordant une place insuffisante
aux étirements musculaires et pérennisant la souffrance articulaire postérieure
par un travail musculaire trop contraignant pour le joint postérieur.
Devant
ce tableau clinique d’école, un rapide soulagement sera apporté par une
manipulation ou une infiltration de l’articulaire postérieure en cause,
mais le bénéfice de ce geste local ne perdurera pas s’il n’est pas associé
à une prise en charge globale
et causale du problème.
Si
le trouble statique structural en hyperlordose, pour poursuivre dans le
cas de figure énoncé, est hors de portée d’une quelconque thérapeutique,
il est possible d’en atténuer la composante fonctionnelle par un renforcement
spécifique des muscles de la sangle abdominale et des fessiers et par
un étirement des muscles sous-pelviens antérieurs associé à un assouplissement
de la ceinture scapulaire. Par ailleurs, la prise en compte du geste technique,
et sa correction, le cas échéant, constitue dans cet exemple, un aspect
important de la réussite du traitement.
Les
résultats d’un tel programme de réadaptation au sport chez le sportif
lombalgique chronique, notamment au décours d’une discectomie, feront
l’objet d’une publication ultérieure.
CONCLUSION
La
douleur post-opératoire autour du 2ème mois peut être considérée
comme un indicateur prédictif fiable des possibilités de reprise de la
compétition. A distance du geste chirurgical et après la reprise du sport,
le niveau douloureux résiduel n’est pas bien corrélé avec la qualité du
résultat fonctionnel.
A
ce stade, en cas de douleurs invalidantes chroniques, il importe d’en
établir un diagnostic étiologique. Les douleurs qui relèvent, à proprement
parler, d’un échec ou d’une complication de l’intervention doivent faire
l’objet d’un traitement spécifique qui peut être médical, fonctionnel
ou chirurgical.
Les
douleurs qui n’entrent pas dans cette catégorie doivent faire l’objet
d’une analyse globale, incluant celle du geste sportif, afin d’en préciser
autant que possible les mécanismes. Un programme dit de reconditionnement
ou de réadaptation au sport doit être proposé et orienté en fonction du
« diagnostic pathomécanique » et du geste sportif impliqué.
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