L’INTRODUCTION DU PRÉSIDENT

Dr Daniel Gastambide,
Chirurgien Orthopédiste et du Rachis, ex-Secrétaire Général,
Président 2002

Ces 15èmes Journées Annuelles du GIEDA INTER RACHIS ont pour thème la chirurgie à invasivité minimale de la hernie discale lombaire et cervicale. La première session, “Rachis et Douleur” nous permet de survoler les principaux problèmes fondamentaux, en l’état actuel, avec les personnalités les plus éminentes dans ce domaine. En premier lieu, Wolfgang Rauschning nous présente les données les plus récentes en micro et macro anatomie, insiste sur la topographie des fibres nociceptives dans le disque et montre leur présence dans la zone hyperdense fréquemment observée à la partie postérieure des disques dégénérés. Philippe Boulu en expose les aspects neurologiques et biochimiques. Michel Benoist donne les dernières connaissances concernant l’évolution spontanée des hernies discales. Emmanuel Favreul détruit les théories mécaniques de la hernie discale, en peint brillamment les aspects inflammatoires et nous fait découvrir des données bactériologiques très récentes. Yves Keravel résume ses travaux sur les “TENS” et les stimulations électriques médullaires. Jean-Louis Husson nous fait bénéficier des résultats très probants, sinon très bons, d’une étude pluri centrique à plus d’un an de 43 stimulations électriques médullaires. Il m’a montré personnellement sa technique avec la plus grande gentillesse et la meilleure précision, dont je lui exprime ici ma reconnaissance. J’ai pu ainsi commencer une série de patients “en bout de course” pour lesquels les résultats dans les premiers mois sont extraordinairement encourageants. La deuxième session porte sur l’imagerie du rachis, J.C. Dosch expose les images pièges J.F. Mazoyer puis O. Troisier et E. Gozlan font une excellente mise au point sur la discographie.
La troisième session débute par une conférence de Parviz Kambin sur l’évolution des techniques transforaminales, arthroscopiques (c’est-à-dire intra-discales) et endoscopiques (épidurales) du rachis, dont il a été l’initiateur aux Etats Unis. Nous avons ajouté à son exposé un résumé d’article princeps qui compare deux séries de patients de même type de pathologie, sélectionnées par tirage au sort, l’une traitée par endoscopie, l’autre par chirurgie conventionnelle, et qui conclut à l’avantage de la chirurgie endoscopique transforaminale dans la qualité des suites opératoires.
Quelques communications particulières s’intercalent brièvement dans celle troisième session, et nous plongent dans les dernières techniques avec Pierre Kehr et la prothèse de disque cervical de Bryan qui donne 80% d’excellents résultats à un an chez 97 patients. J.C. Lokietek expose la neurostimulation de sécurité lors d’un vissage transpédiculaire. P. Hubert a l’honnêteté de révéler les difficultés de la chirurgie interlamaire endoscopique sur trois ans de pratique.
La deuxième partie de la 3ème session fait le bilan actuel de l’endoscopie transforaminale dans le traitement de la pathologie lombaire. Ayant initié ces techniques en 1987, je les continue aujourd’hui avec succès, et elles restent une sorte de jardin non pas secret, mais préféré. Faute d’une technique rigoureuse, de nombreux échecs en ont découragé beaucoup, sans compter les problèmes d’asepsie dus au système de stérilisation de l’eau dans le bloc opératoire d’un établissement (mycobactérium xénopi). L’apprentissage en est très long. Seuls quelques chirurgiens, et de très rares non chirurgiens sont performants dans celle technique.
A.T. Yeung a bien voulu venir d’Arizona nous montrer sa technique très complète qui n’hésite pas à ajouter tous les compléments mécaniques et électroniques au geste de discectomie transforaminale manuelle dans le même temps opératoire : discographie mêlant produit radio-opaque et indigo carmin permettant de guider l’exérèse des fragments dégénérés de substance discale sous endoscopie, des optiques de différents angles, un laser Holmium-YAG à faisceau droit et coudé par un miroir, à usage unique, qui enlève la partie antérieure du massif articulaire et effectue une foraminoplastie, un rongeur motorisé aspiratif ou shaver, une électrode bipolaire à radiofréquence qui sert non seulement à l’hémostase, mais également à traiter le tissu de granulation et à rétrécir les fibres collagènes, sans compter une clarté de vision inégalée en joignant à l’adrénaline diluée dans le liquide d’irrigation, une pression hydrostatique régulée par une arthropompe, et des optiques variés de haute qualité. La neuroleptanalgésie rend possible le dialogue permanent avec le patient. Le monitorage électrologique de contrôle est inutile. Grâce à un tel équipement et à une grande expérience, toutes les hernies exclues peuvent être correctement traitées, et “a fortiori” les hernies contenues et les sténoses foraminales. Les résultats sont à la hauteur de la complexité du matériel, sur un échantillon de patients, présentant des pathologies diverses ; soit 46% d’excellents résultats, 32% de bons, 11% de moyens, 11% d’échecs avec un recul de 21 à 30 mois.
W. Bini détaille le test à la douleur provoquée lors de la discographie qui s’avère être essentiel.


E. Gozlan et B. Lavignolle montrent leurs premiers résultats à 3 mois à propos de 50 hernies discales avec 90% de patients satisfaits.
D. Wemer donne une bonne description de la foraminoplastie au laser.
Thomas Hoogland a mis au point une discoplastie endoscopique transforaminale dans le traitement des lombalgies prédominantes sur la sciatique dans les hernies discales. Grâce à un protocole très précis qui sera publié dans la partie “rachis” de l’encyclopédie européenne des techniques orthopédiques, utilisant des tréphines de 4 à 7,5 mm de diamètre, il réussit à éviter le ganglion spinal, à dilater le foramen et à perforer avec des curettes spéciales le plateau vertébral inférieur. Il rapporte à 2 ans, 76% d’excellents ou bons résultats, 15% de moyens, et 9% d’échecs, 4% de ré opérations.
Martin Knight fait notre admiration en décrivant 250 lombalgies par discopathie dégénérative souffrant depuis 5 à 11 ans, dont 75 échecs de chirurgie et 142 “récusés” dans d’autres centres, par une foraminoplastie au laser. Il obtient à plus de 2 ans 61% de bons et excellents résultats fonctionnels pour la lombalgie (Oswestry), 66% dans les radiculalgies localisées à la fesse, 61% à la jambe. Par ailleurs, il étudie les complications de sa technique par rapport aux gestes conventionnels et obtient 1,6 % de complications chirurgicales par sa foraminoplastie endoscopique au laser dans 958 protocoles opératoires sur 716 patients, alors qu’en chirurgie conventionnelle il trouve 11,8 % de complications dans les arthrodèses, 7,6 % dans les sténoses lombaires, et 6% dans les discectomies, enfin 9,6 % dans les chémonucléolyses. Le secret de son geste réside dans la mise en évidence des points douloureux du foramen, alors que le patient est sous neuroleptanalgésie, au niveau de la facette supérieure “impactée”, du disque “redundant”, de la cicatrice et des vaisseaux, des ostéophytes de “l’épaule”, et du “ligament foraminal supérieur”.
S.H. Lee nous donne son immense série de patients avec une instrumentation complète et rapporte 95 % de succès sur la radiculalgie dans les rachis dégénératifs avec ou sans hernie discale.
Les techniques complémentaires à l’endoscopie transforaminale élargissent les possibilités avec la thermodulation associée dont Walter Bini nous explique les principes, les cages intersomatiques percutanées expansives avec R. Gepstein, puis S.H. Lee dans les spondylolisthésis de grade 1 avec lyse isthmique en y associant souvent des plaques percutanées postérieures. Jean-Louis Husson et coll. montrent leur très intéressant travail sur leur prothèse spirale à mémoire de forme. Enfin Martin Knight traite en ambulatoire les douleurs des spondylolisthésis congénitaux par foraminoplastie endoscopique au laser (30 patients avec un recul moyen de 34 mois). La 2ème journée commence par quelques communications particulièrement originales : Jean-Claude Le Huec a accepté de venir préciser les indications respectives de arthrodèses et des prothèses discales. Puis 3 communications nous concentrent sur les haubans musculaires du rachis : Jacques Théron nous fait partager son concept d’harmonisation paraspinale, Jean-Claude Garnier nous montre son originale ceinture de soutien lombaire, et Jean-Louis Husson et coll. nous montre les résultats de 90 biopsies musculaires paraspinales. Enfin F. de Peretti fait une présentation originale des fractures du rachis dans la spondylarthrite ankylosante et la maladie de Forestier. La 4ème session porte sur les techniques non endoscopiques de traitement des lésions discales : nucléotomie percutanée au laser avec Ph. Brunner de Monaco (qui a l’originalité d’utiliser le scanner et la radioscopie simultanément) puis Benoit Lavignolle de Bordeaux. A l’opposé du laser, dont le prix est exorbitant, trois éléments de prix minime ont une activité thérapeutique : l’éthanol soit simple avec C. Riquelme et A. Tournade, soit gélifié avec Jacques Théron, le Dextrose à 25% avec M.R. Miller qui a accepté de venir des Etats Unis, enfin l’Ozone avec l’équipe de San Bonifacio (Italie). Les auteurs s’efforcent de cerner les bases biochimiques, anatomopathologiques et la vitesse de résultat de ces thérapeutiques.
Cette 4ème session se termine par 3 études de thermomodulation dans les lombalgies discogéniques : nucléoplastie par radiofréquence bipolaire avec Dieter Werner, annuloplastie par radiofréquence monopolaire avec les équipes de Niort, Bordeaux et espagnole, enfin une “restabilisation” par radio fréquence bipolaire dans les spondylolisthésis dégénératifs débutants avec O. Ricart.
Une table ronde présidée par P. Kambin dégagera les meilleures indications dans chaque technique.
Quelques communications de grand intérêt termineront la matinée : Brice Edouard qui opère toutes les hernies discales conventionnellement sous rachianesthésie, D. Recoules Arché avec sa double voie d’abord extracanalaire dans les arthrodèses sur cicatrice épidurale, enfin 4 communications portent sur la chirurgie cervicale : 3 avec laser et endoscopie (P.M. Zink d’Allemagne, Salim Daher du Venezuela, A. Fontanella d’Italie), 1 en chirurgie conventionnelle avec G. Norotte dans un traitement original des cervicarhtroses.
Les résumés des 5 posters méritent une lecture attentive, en particulier la simulation verticale en IRM dans les hernies discales, que nos “imageurs” pratiqueront si elle n’est pas trop “lourde”.
Le GIEDA INTER RACHIS arrive au stade adulte, il reste une association pluridisciplinaire francophone dont le sujet porte sur le rachis.
Je remercie tous ceux qui animent les journées annuelles ainsi que tous les participants. Une reconnaissance particulière va aux premiers qui en ont assumé la présidence : Olivier Troisier, Jacques Duparc et Adam Schreiber, mais aussi à Fernand Buchheit, Charles Picault, Claude Argenson dont nous déplorons la récente disparition en mars dernier, Jean-Jacques Bronsard, et Michel Benoist. Tous nos remerciements vont aussi à notre très précieux trésorier Jean Claude Garnier, au secrétaire général Emmanuel Favreul, ainsi qu’à Eric Gozlan qui a particulièrement animé l’organisation de cette année, et à notre efficace secrétaire exécutive Catherine Charpentier.
Nous souhaitons un avenir scientifique fécond à notre groupe de spécialistes du rachis, dans le plus grand intérêt de nos patients.


RACHIS - Vol. 14, n~6, Décembre 2002.