La lombosciatique discale est-elle
une infection chronique ?
Emmanuel
FAVREUL Clinique St Charles Lyon.
La maladie
discale et la hernie ont plusieurs causes, initialement l’origine
mécanique était la seule envisagée puis l’origine inflammatoire
a été discutée, en juin 2001 A. Stirling (The Lancet Vol 357 23 /10/2001)
émet l’hypothèse que l’inflammation constatée sur les racines
nerveuses des patients atteints de sciatique peut être causée par une
infection microbienne à germes lents ou peu virulents.
La
pathologie lombaire discale a probablement plusieurs origines
1/une origine mécanique reconnue depuis longtemps, la dégradation
physiologique du disque commence dès la deuxième décennie mais les seules
contraintes mécaniques ne peuvent rendre compte totalement de la dégénérescence
discale en effet :
- aucune
expérience mécanique à ce jour n’a mis en évidence d’irruption
de matériel nucléaire à travers l’annulus . Une forte compression axiale n’entraîne
pas de hernie mais des fractures des plateaux vertébraux (hernie de Schmorl)
on a reproduit plus facilement des hernies avec un mécanisme de flexion
antérieure et latéroflexion puis une compression brutale.
- d’autre
facteurs influencent très certainement l’apparition de la hernie
discale : la génétique, l’âge, la nutrition du disque.
Mais si seule
cette origine était retenue
-pourquoi
tant de discopathies sont elles asymptomatiques ?,
-pourquoi
les douleurs sont elles présentes la nuit , ou
mêmes parfois diminuent elles avec la marche ?,
-pourquoi
les antiinflammatoires sont ils rapidement efficaces ?,
-pourquoi
constat-t-on des signes IRM d’inflammation ?
Une explication
biologique est donc venue compléter la première.
2/une origine inflammatoire, la hernie est–elle une véritable
maladie auto-immune ?
Des réactions
de protéolyse médiées par des metalloprotéases (MMP) riches en zinc en
réponse à une stimulation par des cytokines produites par le chondrocytes
participent au mécanismes physiopathologiques de la protéolyse matricielle
discale.
Ces MMP (25
identifiées) ont pour cible les constituants de la matrice extracellulaire,
les inhibiteurs des protéases et directement des constituants de la membrane
cellulaire (comme le proTNFalpha). Ces MMP sont sécrétées par les cellules
inflammatoires et les chondrocytes.
On a corrélé
le taux d‘activité de certaines MMP (MMP3) à la présence d’une
hernie, à la taille des ostéophytes ainsi qu’à la quantité de pression
locale .
Il apparaît
que le chondrocyte présent dans la plaque cartilagineuse est sensible
à la pression et pourrait être la cellule clef de la dégénérescence discale
par protéolyse de la matrice discale et par fragilisation de l’annulus.
A contrario,
c’est grâce à l’activité des MMP que l’on pourrait expliquer
les résorption de certaines hernies (par une
véritable réaction autoimmune et inflammatoire avec apparition d’une
néovascularisation aboutissant à la résorption progressive).
Les Cytokines
produites interviennent dans la dégénérescence discale mais aussi dans
la douleur.
La production
des MMP est sous la dépendance des cytokines pro ou anti-inflammatoires
(Interleukine 1 IL1, MCP1, TNF) qui sont produites par les chondrocytes
et les mononucléaires en réponse aux stimuli mécaniques et biochimiques
produits par la néovascularisation et la réaction macrophagique locale.
La production de ces cytokines pro-inflammatoires conduit directement
à la production de prostaglandines de MMP3 et d’azote.
Le TNF est
impliqué également dans la genèse de la douleur (il entraîne un œdème
local du nerf, une démyélinisation.
D’autres
molécules présentes dans le disque dégénéré ont un rôle protecteur comme
l’IGF1( insuline growth factor), le PDGF1(
platelet derived growth factor), et probablement certaines BMP (bone morphogenetic
protein).
Peut être
un jour seront nous capable de modifier le rôle du chondrocyte qui est
la cellule au centre de la dégénérescence discale sensible au stimuli
chimiques et mécaniques.
Haro propose
le MMP 3 comme agent de nucléolyse, d’autres
l’utilisation d’anti TNFalpha.
3/ une origine infectieuse.
Stirling
émet l’hypothèse dans un article du Lancet que l’inflammation
de la racine chez les patients est due à une infection microbienne ?
31% des 140
patients présentant des douleurs sciatiques ont une sérologie positive
aux antilipides S des germes gram moins (Elisa), il n’y avait aucune
infection déclarée dans les six mois précédent l’examen.
Pour 36 patients
opérés de hernie discale le tissu discal à pu être mis en culture 53% ont une culture positive le plus souvent
à proprionibactérium acnes.
94% des patients
ayant eu une sérologie négative ont eu une mise en culture du disque négative.
47% des
patient ayant eu une culture positive avaient une sérologie positive.
Il existe
une différence significative pour la mise en culture entre un groupe de
patient présentant une sciatique et un groupe de patient opéré du rachis
pour d’autre raison.
On suppose
que les patients sciatalgiques ont eu, à cause d’une rupture de
l’intégrité discale, une colonisation de germes à basse virulence
qui initie l’inflammation et est responsable des signes cliniques.