PROTHESE DU NUCLEUS PULPOSUS LOMBAIRE

PAR " SPIRALE A MEMOIRE DE FORME "  :

CONCEPT,  CAHIER DES CHARGES ET PREMIERS RESULTATS CLINIQUES

 

HUSSON J.L., NYDEGGER Th., POLARD J.L.

Service Orthopédie-Traumatologie A (Pr J.L.HUSSON)

C.H.U.- HOTEL DIEU  - CS 26419 - RENNES FRANCE

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              Le but de ce projet était de développer un matériel  susceptible d'améliorer les résultats de la cure des hernies discales lombaires en réduisant les lombalgies post-opératoires. L'idée était de remplacer seulement le nucléus pulposus ou " nucléoplastie ", et de maintenir ou restaurer une hauteur du disque intervertébral, une mobilité et une fonction mécanique optimales du rachis lombaire (2).

              Pour obtenir ces  objectifs et respecter ce concept,  ce matériel doit posséder les propriétés suivantes : incompressibilité, élasticité, capacité d'absorption  de charges cycliques permanentes dans différentes directions et  absence d'axe mécanique ou centre de rotation  afin de ne pas introduire de contraintes anormales susceptibles d'entraîner des dysfonctionnements articulaires et des contraintes  à la jonction " plateaux vertébraux - prothèse nucléus pulposus ". " La nucléoplastie" doit se faire  par une voie d'abord identique à celle qui a été utilisée pour la cure de la hernie discale et  elle doit assurer le remplissage de la cavité ainsi créée sans favoriser  de prolapsus discal ou d'expulsion du neo-nucleus.

              Les exigences doivent être la bio-compatibilité et la conformité avec  les tests demandés par la FDA. Les procédés de conception et de  fabrication doivent être fiables et reproductibles. Le système, implanté in vivo,  doit être stable  pour la durée de vie du patient et être fonctionnel à court et long terme. Ces caractéristiques  nécessitent l'emploi de Polyuréthane élastique pratiquement incompressible  résistant à des contraintes très élevées de pression, de traction, de cisaillement , de fatigue et  de déchirure après entaillage. L'implant  se présente comme une  " spirale à mémoire de forme "  pouvant être introduite dans  l'annulus fibrosus par une petite ouverture qui est celle pouvant être  utilisée pour la cure chirurgicale de la hernie discale. Cette "spirale" ne nécessite pas d'introduction  dans une direction ou  une position déterminée,  ne privilégie pas le sens de déplacement des  disques intervertébraux,  ne possède aucun axe fixe ni de diamètre défini, et peut être coupée in situ pour être adaptée exactement au volume vide créé par la nucléectomie. Ce matériau résiste à l'effondrement et à l'expulsion tant dans sa partie périphérique qu'au niveau du corps vertébral grâce à sa grande surface de contact et à sa pression uniforme de contact avec le cartilage des plateaux vertébraux qui sera respecté grâce à sa surface lisse. Le cahier des charges prévoit une élasticité à la compression proche de l'élasticité physiologique de 1,5 mm à 2 250 N sur le seul nucléus. Ce matériau doit être capable de supporter plusieurs millions de cycles de compression sans déchirure ni abrasion. Le système de restauration  de pression au sein de cet annulus semble pouvoir assurer une sorte d'ancrage direct capable de s'opposer à la migration de cette prothèse. En cas d'échec opératoire, cette " spirale " doit pouvoir être retirée facilement et complètement  par cette même petite ouverture. Cette " spirale "  est fabriquée en Polycarbonate Uréthane SULENE* P.C.U. (* marque déposée par CENTERPULSE). Au terme d'études préalables,  l'étude de la biocompatibilité de Polyuréthane en site intradiscal lors d'essais animaliers,  rendus nécessaires par l'absence de possibilité de comparaison aux règles de l'art,    a  été réalisée sur colonne cervicale de deux brebis. L'imagerie par résonance magnétique nucléaire ne constate aucune perturbation du signal et l'examen histologique confirme la bonne histocompatibilité du matériau en site intradiscal.

              Au terme de nos études biomécaniques (2, 3, 4, 6), il apparaît que la " spirale " compense la perte en hauteur du segment affecté après nucléotomie et rétablit la cinématique physiologique pour un degré de mouvement allant de la flexion maximale à l'extension maximale. D'autres études biomécaniques réalisées par FREI et OXLAND (5) ont montré que la déformation des plateaux vertébraux d'un segment dans lequel la " spirale " a été implantée est identique à celle d'un segment intact sauf en présence d'un cisaillement postérieur. Comparée à une simple nucléotomie, la " spirale " augmente la déformation centrale des plateaux vertébraux et réduit la charge sur les facettes articulaires. Aucune migration de l'implant n'a été observée quelle que soit la condition de charges étudiée.

              L'instrumentation spécifique exige des instruments de petite taille, instruments de  coupe

guidés par l'implant  et   instruments  d'ablation permettant  de retirer la  " spirale " sans  risque.  La

technique opératoire consiste en la pose de ce  matériel après  cure de la hernie discale selon la technique classique et sous microscope (7) par le même orifice, nécessitant seulement  parfois (selon l'anatomie) une résection très partielle de la partie médiale des apophyses articulaires.

              Les indications de cette " nucléoplastie " concernent les patients âgés de 18 à 65 ans, porteurs de radiculalgies ou de lombo-radiculalgies résistantes aux traitements conservateurs bien conduits dues à une hernie discale de topographie latérale mono-segmentaire située entre L2 et S1  (dont l'annulus fibrosus est peu altéré pour pouvoir être " réactivable " afin de pouvoir assurer un certain rôle de contention) ou par Dérangement Inter-Vertébral Acquis (D.I.V.A.) (1) mono-segmentaire de cette région lombaire avec hauteur discale postérieure du segment affecté au moins égale à 5 mm et ce en l'absence de pathologies associées sévères. Elle est donc indiquée au stade de D.I.V.A. majeure (1) correspondant au stade II de KIRKALDY-WILLIS, c'est-à-dire en présence d'une instabilité dynamique avec ou sans sténose dynamique. Les indications de la nucléoplastie pourront  être également étendues aux stades évolutifs de dégénérescence du rachis en association avec d'autres moyens de restabilisation postérieure tel que le système Dynésys mis au point par G.DUBOIS.

              Parmi les critères d'exclusion,  il faut noter : hernie  intra-spongieuse et  disque "biconvexe" pour éviter les troubles de positionnement de la " spirale ", intervention rachidienne préalable, hernies discales sur D.I.V.A. pluri-segmentaires, ostéoporose sévère et autres pathologies associées sévères.

              Pour validation,  ces travaux préliminaires exigent une confrontation à notre  expérience clinique humaine qui a débuté pour les auteurs il y a 5 ans et demi (mai 1997), tandis qu'une étude multicentrique  européenne prospective randomisée, non comparative, dirigée par eux, est actuellement menée conjointement dans 12 autres Centres Européens (7, 8). Avec un recul supérieur à deux ans (5 ans et demi pour le premier cas), l'évolution clinique est très satisfaisante avec absence de toute douleur lombo-radiculaire, avec poursuite normale de toute activité sportive et socio-professionnelle (aide-soignante hospitalière pour le 1er cas  âgée de 23 ans qui, depuis a eu deux grossesses sans aucun problème ; et employée de bureau  âgée de 54 ans pour le second cas).

              Cette évolution est appréciée par bilans clinique (Echelle Visuelle Analogique ; Score d'Incapacité d'Oswestry …) et iconographique après 3, 6, 12 mois, 2, 3, 4 et 5 ans. Ce bilan iconographique est à la fois statique  : radiographie standard, tomodensitométrie avec reconstruction 3D,  imagerie par résonance magnétique nucléaire et dynamique à deux ans post-opératoires  à l'aide de clichés  et de  tomodensitométrie dynamiques. Ce bilan iconographique permet d'apprécier le bon positionnement de la nucléoplastie et l'absence de tout déplacement anormal, mais aussi les signes directs et indirects de son efficacité: restauration d'une précontrainte discale appréciée sur la hauteur discale (y compris avec un recul de 5 ans et demi), poursuite de la  vitalité et de la  fonction de l'annulus externe (I.R.M.), transmission des contraintes aux plateaux et aux corps vertébraux adjacents bien visualisée grâce aux modifications des signaux en I.R.M. correspondant parfaitement aux résultats des études biomécaniques réalisées (5), conservation du jeu des facettes articulaires postérieures attestée par la tomodensitométrie dynamique (scanner en Twist-Test)  réalisée à 2 ans post-opératoires et de la mobilité harmonieuse en flexion-extension du rachis lombo-sacré avec un recul de 66 mois..

              Les avantages de ce nouveau dispositif médical sont : application aisée due à " l'effet mémoire " de la " spirale ", remplissage maximal de l'espace intradiscal réduisant le risque de migration et grande surface du dispositif qui assure une distribution optimale des contraintes sur les plateaux vertébraux minimisant ainsi  le risque d'enfoncement de la " spirale " dans les plateaux vertébraux. Comme elle n'a pas d'axe défini, la cinématique globale de l'unité fonctionnelle du rachis, c'est-à-dire du segment lombaire, ne se trouve pas changée - ni en flexion, ni en extension - par la présence de cette " nucléoplastie ".

              EN CONCLUSION, la prothèse du nucléus pulposus par " spirale à mémoire de forme " rétablit la cinématique rachidienne normale et restaure et/ou maintient la hauteur discale et la position des facettes articulaires. Les tests biomécaniques ont montré que le support de la partie antérieure de la colonne sous compression est garanti. Jusqu'à ce jour, les résultats cliniques préliminaires sont satisfaisants. Cette prothèse peut être insérée en utilisant les voies d'abord micro-chirurgicales postérieures classiques et antéro-latérales  standards, mais elle pourra l'être également par  voies d'abord minimales invasives.

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BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

1.      Husson J.L.

Instabilité vertébrale à l'étage lombaire

Cahiers d'Enseignement de la SOFCOT. Conférences d'Enseignement 1995, p. 63 à 78.

2.      Husson J.L., Schärer N., Le Nihaouennen J.C., Freudiger S., Baumgartner W., Polard J.L.

Nucleoplasty During Discectomy. Concept and experimental Study. Rachis, 1997,  9 : 145-152.

3.      Schärer N., Husson J.L.

Nucleoplasty During Discectomy : Biomechanical Study. Presented on the 6th  International Meeting on Advanced Spine Techniques (IMAST) from the 8th  to the   10th  July, 1999, in Vancouver, Canada.

4.      Schärer N., Husson J.L., Fröhlich M., Freudiger S.

Transplantation of the Endplate during Flexion and extension on Intact Human Spines : An in-Vitro Study. Eur Spine J., 1999, 8 : S52-S53.

5.      Frei H.P., Rathonyi G., Orr T.E., Nolte L.P., Oxland T.

Effect of a Nucleus Prosthetic Device on the Biomechanical behavior of the Functional Spinal Unit. Eur. Spine J., 1999, 8 : S36-S37.

6.      Husson J.L., Schärer N.

Key aspects and biomechanical approach for the development of a Nucleoplasty. Presented ont the 7th International Meeting on Advanced Spine Techniques (IMAST) for the 6th to the 8th july, 2000, in Barcelona, Spain.

7.      Korge M., Husson J.L., Mayer H.M.,

Artificial Nucleus Replacment with a Spinal Implant. Presented on the Spine Arthroplasty Meeting from the 4th to the 5th may, 2001, in München, Deutschland.

8.      Husson J.L., Nydegger Th., Braunschweiler

" Spiral nucleoplasty " : concept, specifications, experimental study and early clinical results.

8th International Meeting on Advanced Spine Technique (I.M.A.S.T.). Paradise Island, Bahamas, July 12-14 2001. Abstract Book.

 

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