Concept d'harmonie musculaire paraspinale.

 

Jacques Théron

 

CHU Caen France

 

 

La position debout entraîne un état d'instabilité chronique du rachis plus ou moins compensée efficacement par son environnement musculaire. La bonne harmonie des muscles paraspinaux nous est apparue déterminante dans le fonctionnement du rachis et de l'ensemble des structures musculaires et osseuses à distance. De nombreuses entités pathologiques semblent en rapport avec une anomalie posturale due ou aggravée par une dysharmonie musculaire paraspinale. Il s’agit d’un nouveau concept reconnaissant les muscles paraspinaux comme un axe régulateur fondamental du corps humain. 

A la suite de constatations cliniques, nous avions initialement élaboré une technique de réharmonisation musculaire paraspinale destinée à prévenir les récidives de hernie discale après thérapeutique percutanée. Celle-ci nous est en fait progressivement apparue comme une méthode pouvant être utilisée dans d’autres pathologies rachidiennes comme les scolioses ou dans des pathologies plus à distance comme celles de l’épaule, du coude ou du genou. La récupération d’une harmonie musculaire paraspinale satisfaisante nous semble maintenant une sorte de prérequis à obtenir dans la prise en charge d’autres pathologies au nombre non encore défini.  

Au plan diagnostique l'examen clinique des muscles paraspinaux se fait en position debout. Ceci nous paraît essentiel pour situer les zones de faiblesse musculaire et de dysharmonie. L'appréciation des forces musculaires à distance nous semble également fondamental. Il est basé en routine sur les tests de kinésiologie.

 Au plan thérapeutique nous avons utilisé plusieurs types de stimulations non électriques à l'aiguille pour stimuler la peau en regard des zones de dysharmonie et de faiblesse musculaire paraspinale. L’axe des muscles paraspinaux s’étendant de l’occipital au coccyx, nous avons essayé de nombreux sites de stimulation à prédominance toujours unilatérale. Nous pensons actuellement qu’une réharmonisation peut en fait être obtenue par des stimulations de topographie variable mais que le centre régulateur principal est  principalement thoraco-lombaire.

 Initialement réalisées avec des aiguilles d'acupuncture laissées en  place trois semaines, nous utilisons plus souvent  actuellement, pour des raisons pratiques notamment chez l’enfant, des injections intradermiques dans les mêmes zones. La stimulation est menée jusqu'à obtention d'une réharmonisation des muscles paraspinaux avec normalisation immédiate des tests de kinésiologie. Celle-ci doit être obtenue après élimination de tous les modes de  compensation habituels surtout oculaires et mandibulaires.

En première analyse cet effet thérapeutique nous semblait correspondre à une diffusion à distance, non décrite, du réflexe myotatique mais il nous parait actuellement correspondre d’avantage à un phénomène d’origine énergétique nécessitant de toute évidence un complément de recherche fondamentale.

 Le potentiel thérapeutique semble très important dans les scolioses en proposant une réharmonisation musculaire active par opposition aux contentions passives. Dans les hernies discales, les techniques de réharmonisation musculaire paraspinale permettent dans un certain nombre de cas d'éviter une thérapeutique décompressive intradiscale par la meilleure contention active du rachis qu’elles apportent mais elles sont insuffisantes si l’hyperpression intradiscale et les phénomènes inflammatoires sont déjà trop évolués. Elles seront en revanche systématiquement utilisées après les thérapeutiques intradiscales pour réharmoniser les muscles paraspinaux à titre préventif de récidive. Elles seront alors toujours associées à la réalisation de semelles orthopédiques automoulées destinées à mémoriser l’effet de stimulation et prolonger la bonne harmonisation musculaire paraspinale.