NUCLEOLYSE PERCUTANEE AU LASER SOUS CONTROLE SCANOSCOPIQUE

 

Ph. Brunner (1), A. Gangi  (2),  J. Sedat  (3),  J.M. Cucchi  (1),  S. Chanalet  (3) , G. Michelozzi  (1),

F. Fuerxer (1), J.L. Dietemann (2),  M.Y Mourou (1).

Centre Hospitalier Princesse Grace  Monaco (1) - C.H.U de Strasbourg (2) - C.H.U. de Nice (3).

 

 

La nucléolyse percutanée au laser est une technique qui a vu le jour en 1986 sous l'impulsion conjointe d' Ascher (Graz) et de Choy (New York) (1). Le guidage scanoscopique de cette technique a été développé par Gangi et Dietemann (Strasbourg) (2,3).

 

A ce jour un peu plus de 30 000 nucléolyses percutanées au laser ont été réalisées à travers le monde et plus particulièrement en Europe Occidentale, aux Etats Unis et en Asie (4).

 

 

Objectif :

 

Nous décrivons la technique et apprécions l'efficacité de la nucléotomie percutanée au laser sous contrôle scanoscopique chez des patients souffrant de lombo-radiculalgies d'origine discale.

 

Matériels et méthodes :

 

Le mécanisme d'action de la nucléolyse au laser est basé sur la diminution de la pression intra-discale par vaporisation d'une partie du nucleus.

Les lasers utilisés (Nd-YAG, 1064 nm en début d'expérience et Diode, 805 nm depuis 1996) provoquent une vaporisation tissulaire par effet photothermique quasiment au contact (il n'y a pas de modification thermique intra canalaire ni intra- foraminale).

Le disque est un compartiment fermé comparable à un espace hydraulique fermé.

Un faible changement de volume implique une importante modification de la pression intra-discale (5). Pour ces mêmes raisons, les hernies avec rupture ligamentaire et fragments libres ne constituent pas des indications.

Le but de la nucléolyse au laser étant de diminuer la pression intra discale, une vaporisation du nucleus de 1 à 1,5 cm3 est suffisante.

Nous avons traité dans notre Département  (Centre Hospitalier Princesse Grace de Monaco) de mars 1995 à avril 2002, 274 patients porteurs d'une lombo-radiculalgie d'origine discale par nucléolyse percutanée au laser sous contrôle scanoscopique.

Il s'agissait de patients âgés de 16 à 78 ans porteurs d'hernies discales aux étages L2-L3, L3-L4, L4-L5 et L5-S1 (2 disques L2-L3, 7 disques L3-L4, 109 disques L4-L5, 160 disques L5-S1 ont ainsi été traités, 4 patients ont bénéficié de nucléotomies simultanées sur deux étages).

Les indications se recoupent avec celle de la chimio-nucléolyse, elle s'applique à des hernies qui ont résisté à un minimum  de six semaines de traitement médical.

Les radiculalgies doivent être plus importantes que les lombalgies.

L'examen neurologique doit être en correspondance avec l'imagerie.

Les patients ont tous été vus et évalués au préalable par l'opérateur à la consultation de Radiologie Interventionelle, ceci afin de corréler l'imagerie à l'examen clinique, de poser l'indication en toute liberté et d'expliquer au patient l'avant, le pendant et l'après de la procédure.

Le patient doit être convenablement renseigné sur les résultats et averti sur les possibilités de soulagement retardé (à plusieurs semaines).

Les hernies traitées étaient sous-ligamentaires sans fragment libre et les disques doivent être de hauteur correcte ( moins de 30% de perte inter-somatique).

Les contre-indications sont les suivantes :

-    Les hernies discales avec fragment libre,

-    Un canal lombaire étroit,

-    Les disques fortement dégénérés,

-         La grossesse,

-         Les spondylolisthésis.

-         L'infection disco-vertébrale,

 

Le terrain psychologique joue un rôle essentiel, les personnalités hystériques ou revendicatrices sont exclues.

Pour cela l'interrogatoire du patient doit être approfondi et il faut en particulier laisser un temps de latence entre la première consultation et la date de l'intervention.

Les échecs des traitements chirurgicaux sur le même étage ou à un autre étage, les accidentés du travail constituent de mauvaises indications.

La procédure se rapproche de celle utilisée pour la chimio-nucléolyse.        

Le patient est installé en procubitus sur la table du scanner, une voie veineuse est mise en place,

Une antibiothérapie flash (céphalosporine de deuxième génération) est administrée 20 mn avant la procédure afin d'obtenir une bonne imprégnation discale.

Le matériel utilisé se compose :

-         d'une aiguille 18 gauge de 15 cm de longueur (1,2 mm de diamètre externe)

-         d'une fibre optique de 400 microns

-         d'une valve en Y pour l'aspiration des gaz

-         d'une source laser

-         de lunettes de protection adaptées à la longueur d'onde.

 

La procédure se réalise simultanément sous contrôle scanographique et scopique, un arceau de scopie est installé entre la table et le statif du scanner (figure 1).

Le scanner permet de choisir le point d'entrée cutané et le trajet optimal de l'aiguille, une inclinaison crânio-caudale du statif est souvent utile pour visualiser une voie d'accès complète.

 

Après anesthésie locale des plans cutanés et sous-cutanés et de l'articulaire postérieure par une aiguille de 22 gauge, l'aiguille de 18 gauge préalablement pré-courbée en fonction du répérage scanographique est positionnée dans le disque sous guidage scanoscopique.

Pour éviter une ponction accidentelle de la racine nerveuse, l'aiguille est introduite dans le disque en s'enroulant autour du processus articulaire (figure 2). Dans 2 cas de disques L5-S1 encastrés, il a été nécessaire de les aborder par voie intra-canalaire (figure 3) (6).

Le contrôle scopique assure la mise en place de la pointe de l'aiguille à mi-distance des deux plateaux vertébraux.

Une fois l'aiguille au centre du disque, des coupes scanographiques confirment sa bonne position.

Après retrait du mandrin, la fibre optique est placée dans l'aiguille, l'extrémité de la fibre dépasse de 3 mm la pointe de l'aiguille.

Le laser est réglé sur un mode discontinu.

Le protocole est débuté par une série de tirs de 25 watts de 0,6 seconde espacés de 5 secondes.

Tous les 300 joules, des coupes scanographiques vont apprécier la vaporisation discale (zones hypodenses) (figure 4).

Si après 300 joules délivrées, les coupes scanographiques ne mettent pas en évidence d'air intra-discal et qu'aucun dégagement de gaz n'est visible au niveau de l'embase de l'aiguille, nous pratiquons une petite incision cutanée au niveau du point d'entrée de l'aiguille de façon à obtenir un petit saignement, ce sang est récupéré et réinjecté dans le disque par l'aiguille de 18 gauge.

L'absorption de l'énergie laser est alors améliorée, la vaporisation discale est plus rapide.

Tous les 300 joules la fibre laser est contrôlée, le spot lumineux doit être circulaire et homogène, témoin de la bonne transmission de l'énergie par la fibre.

Si ce n'est pas le cas, la fibre est retaillée jusqu'à obtenir un spot lumineux de qualité.

Le patient peut signaler assez rapidement une sensation de pression et de douleur due à l'augmentation de la pression intra-discale liée à la vaporisation ou à l'échauffement des plateaux vertébraux (figure 5).

Ces sensations apparaissent d'autant plus rapidement et sont d'autant plus importantes que le disque est pincé et pathologique.

Un espacement des tirs ainsi que l'aspiration du gaz permettent de soulager le patient, si ce n'est pas le cas la puissance de tir est diminuée à 15 watts voire à 10 watts.

A 900 joules, l'aiguille est retirée de quelques millimètres afin de vaporiser un maximum de nucléus, il en est de même à 1200 joules.

De manière générale, 1200 à 1500 joules sont délivrés aux niveaux L2-L3, L3-L4, L4-L5, et 1000 à 1400 joules au niveau L5-S1.

L'aiguille est alors retirée, le patient retourne dans le service de chirurgie ambulatoire dont il sortira deux heures après la fin de la procédure.

 

 

Résultats :

 

Les résultats de notre série montrent un succès dans plus de 75 % des cas (critères de Mac Nab).

Ils dépendent de deux facteurs essentiels qui sont l'indication et la bonne mise en place de l'aiguille.

 En ce qui concerne les indications, en dehors des considérations sus-citées et après un recul de maintenant de plus de 7 ans, nous n'incluons plus les hernies discales foraminales qui sont souvent résistantes au traitement par nucléolyse laser.

La bonne mise en place de l'aiguille est absolument primordiale, le positionnement correct est facilité en utilisant des aiguilles pré-courbées qui sont maniables comme des clefs et le contrôle scopique de profil strict assure leur mise en place à équidistance entre les plateaux vertébraux (7).

Un autre facteur important est la vaporisation discale, celle ci peut être contrôlée grâce aux coupes scanographiques pendant la procédure.

Si cette vaporisation est rapide et importante, la procédure est interrompue à des doses moindres (certains patients n'ont été traités qu'avec 800 joules).

Si cette vaporisation est absente il faut  mobiliser l'aiguille, éventuellement retailler la fibre et injecter quelques gouttes de sang.

Dans 60% des cas le soulagement du patient est immédiat sur la table du scanner avec levée du signe de Lasègue.

Le patient est revu à la consultation de Radiologie Interventionnelle par le même opérateur 15 jours puis 2 mois après la procédure.

Au bout de ces deux mois, nous pouvons faire le bilan définitif de cette nucléolyse.

La position assise est proscrite pendant 10 jours, une prise en charge par kinésithérapie est de règle après la consultation du 15ème jour.

La reprise du travail est autorisée en moyenne un mois après l'intervention.

Les complications les plus à craindre sont les spondylodiscites infectieuses, aucun cas n'a été à déplorer dans notre série; l'asepsie chirurgicale est essentielle.

La spondylite thermique est une complication qui doit être évitée en sélectionnant rigoureusement les patients (ne pas inclure les disques pincés à plus de 30%) et en positionnant parfaitement l'aiguille (8).

Les patients se plaignent souvent de lombalgies en barre post-nucléolyse aussi un traitement par anti-inflammatoires non stéroïdiens est instauré de principe pendant les 10 premiers jours suivant l'intervention.

Seuls les patients présentant des lombalgies sévères lors de la consultation de Radiologie Interventionnelle du 15ème jour bénéficient d'une nouvelle exploration IRM, celle-ci a mis en évidence dans 4 cas, des remaniements inflammatoires des plateaux vertébraux d'apparition récente qui ont justifiés la poursuite des anti-inflammatoires non stéroïdiens pendant un mois.

Douze patients ont bénéficié d'une 2ème nucléotomie au même étage (entre le 1er et le 2ème mois après la première) en cas de soulagement insuffisant avec un résultat satisfaisant dans 9 cas.

 

Conclusion :

 

La décompression discale au Laser est une technique efficace, peu invasive donnant des résultats très encourageants lorsque l'indication est bien posée.

La technique sous guidage scanoscopique nous semble la mieux adaptée pour contrôler cette intervention avec un maximum de précision tant sur la mise en place optimale de l'aiguille que sur le suivi de la vaporisation discale afin d'optimiser la dose d'énergie à délivrer.

 

 

Bibliographie  :

 

(1) CHOY D - Techniques of percutaneous Laser Disc Decompression with the Nd-YAG Laser .

Journal of Clinical Laser Medecine and Surgery 1995, 13 (3) : 187-193

 

(2) GANGI A, DIETEMANN JL, IDE C, BRUNNER P, KLINKERT A, WARTER JM. - Percutaneous Laser Disc Decompression under CT and fluoroscopic Guidance : Indications, Technique and Clinical Experience. Radiographics 1996, 16 : 89-96

 

(3) GANGI A, KASTLER B, KLINKERT A, DIETEMANN J.L, - Interventional radiology guided by a combination of computed tomography and fluororoscopy : technique, indications and advantages. Seminars in Interventional Radiology 1995, 12 (1) : 4-14

 

(4) CHOY D - Percutaneous Laser Disc Decompression (PLDD) : A first Line Treatment for Herniated Discs. Journal of Clinical Laser Medecine and Surgery 2001, 19 (1) : 1– 2

 

 (5) GANGI A,  DIETEMANN J.L, IDE C, WARTER J.M - La nucléotomie percutanée au laser. Radiologie J Cepur 1994, 14 (5) :17-20

 

(6) CHOY D - The problem of the L5-S1 disc  solved by needle entry with an extrathecal approach.

Journal of Clinical Laser Medecine and Surgery 2001, 19 (1) : 321–324

 

(7) GANGI A, BRUNNER P, DIETEMANN JL, MOUROU MY – La nucléotomie percutanée au laser. Guerbet Edit 1996

 

(8) BOTSFORD J - The Role of Radiology in Percutaneous Laser Disc Decompression.

Journal of Clinical Laser Medecine and Surgery  1995, 13 (3) : 173-186

 

 

 

Légendes des figures

 

Figure  1 : Salle de Scanoscopie

 

 

Figure 2  : Aiguille pré-courbée en place dans le nucléus par voie foraminale

 

Figure 3 : Aiguille droite en place dans le nucléus par voie intra-canalaire

 

Figure 4 : Contrôle final : Vaporisation discale, air sous ligamentaire