Traitement des douleurs lombaires chroniques

avec sciatalgie référée d'origine discale par radiofréquence

 

Dr E. G. ALAVA SOLANA1, Prof. J. E. ALAVA1 Dr S. Gmz. ARTECHE1; Dr J. G. LOPEZ2 COBOS2. Dr M. FORGERIT3

1 - Centre ALAR de la douleur du dos, Vitoria, Espagne.

2 - Las Palmas, Grande Canarie, Espagne.

3 - Centre Hospitalier, Niort, France.

La discoplastie est une technique originale de traitement des douleurs lombaires chroniques par dénervation discale. Le sérum physiologique introduit dans l'annulus sert de véhicule à la distribution de l'énergie thermique libérée par l'aiguille de radiofréquence.

L'efficacité de ce traitement repose sur une meilleure connaissance des divers processus conduisant à la survenue des lombalgies chroniques discales.

L'apport de l'IRM est essentiel pour la mise en évidence des premiers signes de souffrance
discale : déshydratation du nucléus, protrusion discale, fissures de l'annulus et aspect inflammatoire de l'os chondral.

Indication :

La lombalgie discale chronique invalidante résistant aux traitements médicaux et physiques évoluant depuis plus d'un an.

Ce traitement doit être proposé au stade précoce de la dégénérescence discale, en particulier lorsqu'il intéresse qu'un seul disque.

Il représente une alternative aux autres traitements orthopédiques que sont la prothèse discale ou l'arthrodèse, difficile à proposer un adulte encore jeune.

Clinique :

L'interrogatoire très riche est fondamental pour la sélection des patients.

La douleur et son retentissement fonctionnel son évalués par l'EVA et le questionnaire d'Oswestry

On retrouve à la fois :

* des douleurs posturales liées au maintien des positions prolongées et améliorées par la marche

* des douleurs d'horaire inflammatoire avec recrudescence nocturne en particulier lors du retournement.

Ces douleurs lombaires peuvent s'accompagner d'irradiation inguinale ou lombofessière, voire dans un membre inférieur selon un trajet mal systématisé évoquant une douleur dit "référée".

L'examen clinique pauvre ne retrouve le plus souvent qu'un syndrome lombaire positionnel, un syndrome celluloténomyalgique. Il peut mettre en évidence un syndrome de déconditionnement associant atrophie de la musculature spinale et rétraction des chaînes postérieures.

Surtout l'examen neurologique est normal. Il n'existe pas de signe clinique de conflit disco-radiculaire.

 

 

L'imagerie :

Le bilan standard et les clichés dynamiques peuvent mettre en évidence un début de pincement discal, un éventuel rétro ou antélisthésis, des éperons de tractions.

C'est surtout l'IRM qui objective les signes de dégénérescences banaux, comme la déshydratation d'un nucléus et la protrusion discale, et surtout les signes d'atteinte inflammatoire plus spécifiques, en particulier au niveau de l'os chondral (Modic 1) et les zones d'hyper signal à la partie postérieure du disque (HIZ) en rapport avec l'existence de fissure annulaire inflammatoire.

 

METHODE ALAR DE DISCOPLASTIE PAR RADIOFREQUENCE AVEC RECALIBRAGE DES CANAUX LATERAUX

Matériel :

*générateur de radiofréquence ALAR,

* une aiguille de dénervation intradiscale monopolaire (18 gauge, 19 cm)

* une tige de dissection driver

* une aiguille de dénervation pour l'articulaire postérieure ( 18 gauge, 10 cm)

* une capsule de manométrie.

Procédure technique

Au bloc opératoire en décubitus ventral, sous neurolept analgésie en ambulatoire.

La procédure débute par une rhizolyse des articulaires postérieures à l'étage sélectionné

Après repérage du tubercule mamillaire grâce à l'amplificateur de brillance, on s'aide de l'impédance pour positionner l'aiguille de rhizolyse sur ce tubercule (350 Ohm).

Après stimulation sensitivo-motrice, la rhizolyse est réalisée de façon automatique par le générateur de radiofréquence.

Discoplastie discale :

Abord postéro-latéral à 10 cm de ligne médiane, après incision cutanée, introduction lente de la tige de dissection selon un angle de 45 à 65° jusqu'au contact de l'articulaire postérieure préalablement dénervée et ce de façon strictement parallèle au plateau.

Cette tige de dissection est munie d'un perforateur qui permet de franchir facilement les fascia.

Une fois obtenu le contact avec l'articulaire postérieure il faut par des mouvements lents de rotation pénétrer dans le foramen en arrière de la racine antérieure jusqu'au contact de l'annulus. Ce contact peut être un peu douloureux.

Après vérification face et profil de la bonne position du driver, l'aiguille de dénervation est introduite, toujours de façon strictement parallèle au plateau, au centre du disque grâce à l'effet de "levier" du driver sur le massif articulaire postérieur.

L'aiguille est alors reliée au générateur de radiofréquence par un câble. Un robinet à trois voies permet le branchement d'un capteur de pression discale.

 

Le diagnostic intradiscal

* la mesure de l'impédance intra discale

170 Ohm : disque sain

80 à 90 Ohm : disque totalement dégénéré

150 à 110 Ohm : dégénérescence traitable par radiofréquence

240 Ohm : proximité des plateaux vertébraux

*manométrie discale : c'est la mesure de la pression discale après introduction d'1 cm3 de sérum physiologique

Pressions inférieures à 30 pouces traduisant un disque compliant et très dégénéré.

Pressions entre 30 et 60 pouces : dégénérescence discale débutante.

Pressions supérieures à 60 pouces, avec faible compliance, objectivent un disque sain ou très peu dégénéré.

 

Remarque :

L'absence ou la chute rapide de la pression intradiscale lors de la discomanométrie traduit l'absence de continence discale. C'est bien sûr une contre indication à la technique.

Ce diagnostic intradiscal permet de classer les disques en :

Disques modérément dégénérés de type A : Très bonne indication du traitement par radiofréquence :

Impédance de 150 à 130 Ohm

Pression discale de 40 à 60 pouce

Disques dégénérés de type B : Indication satisfaisante au traitement par radiofréquence :

Impédance de 130 à 110 ohm

Pression discale de 40 à 30pouce

Disques très dégénérés de type C : Mauvaise indication au traitement par radiofréquence :

Impédance inférieure à 110 Ohm

Pression inférieure à 30 pouce

 

Effet de la chaleur sur le nucléus :

Expérimentalement sur le modèle animal la vaporisation tissulaire débute à 1 380 joules

Nos tirs d'application automatique de l'énergie ou "unité de coagulation" correspondent à
650 joules. La coagulation et la dénervation du nucléus sont obtenues en appliquant deux tirs de 650 joules. La vaporisation du nucléus est atteinte avec une série de trois tirs de 650 joules.

En pratique, il est réalisé six tirs dont la programmation est choisie en fonction du degré de dégénérescence discale objectivé par la mesure de l'impédance intra-discale et la discomanométrie.

- Pour le type A : trois tirs deux fois séparés par une discomanométrie.

- Pour le type B: deux tirs trois fois également séparés par une discomanométrie..

 

Avant chaque tir il est procédé à une mesure de l'impédance et à une stimulation motrice (mesure de sécurité).

La procédure est interrompue si l'impédance descend en dessous de 90 Ohm ou si elle diminue de plus de 30 Ohm par rapport à l'impédance initiale.

Sous l'effet conjugué de la dénervation discale et des articulaires postérieures, on assiste grâce à l'augmentation de pression intra-discale sous l'effet de la chaleur à la réexpansion de la hauteur discale avec recalibrage des canaux latéraux et décompression des articulaires postérieures.

 

Le suivi, la rééducation :

La verticalisation avec une ceinture de soutien lombaire est possible le soir de l'intervention.

Le patient quitte le service de Chirurgie Ambulatoire en marchant.

Avant un mois, la position assise et les trajets en voiture sont déconseillés.

L'inclusion dans un programme de reconditionnement sera réalisée à un mois quand l'EVA est inférieure à 3 et que le niveau d'incapacité fonctionnelle (Oswestry) s'est amélioré de 50% au moins.

La reprise de l'activité professionnelle pourra avoir lieu entre le troisième et le cinquième mois après normalisation des performances objectives des extenseurs et des fléchisseurs du rachis appréciée par les tests statiques de Biering-Sorensen et de Ito mais également par l'évaluation isocinétique avec retour du ratio extenseur sur fléchisseur supérieur à 1 et normalisation du test de P.I.L.E. (Progressive Inertial Lift Evaluation).

Résultats :

Depuis la publication en 1999 d'une série de 140 cas, nous disposons actuellement d'une étude multicentrique de 535 cas avec un pourcentage de 70% de patients satisfaits ou très satisfaits avec reprise du travail.

Les bons résultats à trois mois confirmés à six mois et à un an paraissent stables dans le temps.

Grâce à l'application stricte du protocole de délivrance de l'énergie et d'une parfaite maitrise du positionnement de l'aiguille, nous n'avons pas eu à signaler de nouvelle lésion thermique de l'annulus ou des plateaux vertébraux (4 cas dans la première série de 140 patients ), nous déplorons seulement une expulsion massive de matériel discal à J5 chez un patient nécessitant la réalisation d'une intervention rapide.

 

Discussion :

La sélection des patients reste essentiellement clinique, cette technique s'adresse en priorité aux lombalgies discales chroniques sans radiculalgie des adultes jeunes.

Le choix du disque à traiter peut s'avérer difficile en cas de discopathies étagées. Il faut alors savoir rechercher sur les clichés standards un mini listhésis, un éperon de traction (Mac Nab) traduisant la souffrance d'un étage.

Si l'IRM objective la déshydratation du nucléus, , la présence de fissures (H.I.Z) et les aspects inflammatoires des plateaux vertébraux (Modic I) ne sont pas toujours présents.

L'évaluation per opératoire du degré de dégénérescence discale par la mesure de l'impédance et de la pression intra-discale peuvent s'avérer utiles de même que le caractère symptomatique du disque lors de la manométrie (apparition de douleurs référées dans les membres inférieurs pour le maintien d'une pression intra-discale entre 30 et 60 pouces de mercure).

Les patients présentant des discopathies évoluées avec pincement discal , spondylolisthésis, arthrose des articulaires postérieures ne doivent pas être traités par radiofréquence intra-discale.

Conclusion :

Cette technique de traitement intra-discal par radiofréquence nécessite d'une part, une bonne technique de positionnement de l'aiguille de radiofréquence au centre du disque à distance des plateaux mais également une bonne compréhension du diagnostic intra-discal représenté par l'impédance et la pression intra-discale.

Le choix entre la coagulation et la vaporisation du nucléus est décidé en fonction du degré de dégénérescence discale et de l'évolution des paramètres au cours de la séance.

Grâce à sa gestion informatisée, le générateur de radiofréquence ALAR permet la réalisation de la discopathie de manière automatique.

L'application de l'énergie entraine une augmentation de la pression intra-discale permettant la dénervation progressive à basse température à travers les fissures de l'annulus.

L'incorporation du principe de sécurité ALAR garanti l'absence de risque de lésion thermique de la racine antérieure.

Compte-tenu de l'arrivée de nouveaux appareils de radiofréquence, des études randomisées paraissent indispensables pour évaluer ces nouvelles techniques.

 

Bibliographie :

1 - ALAVA E.G., ARTECHE S.G.M.Z., ALAVA J.E., COBOS L., LAVIGNOLLE B.

Dénervation dans les discopathies, méthode ALAR, radiofréquence.

Rachis 1999 ; 11 : 287-291.

2 - ALAVA E.G.

Bases Bioffsicas De La Coagulacion Tisular.

Tesis Doctoral Universidad Del pais Vasco, Faculktad de Medicina, Dpto.

Fisiologia, Bilbao 1991.

3 - ALAVA E.G., ARTECHE S.G.M.Z., ALAVA J.E.

Denervation RF en las discopatias. Metodo ALAR.

1er congrès de la société espagnoles des abords percutanés vertébraux.

Barcelone, 1995.

4 - APRILL C.N., BOGDUK N.

BR J Radiology. 1992 : 65 : 361-369.

5 - FORGERIT M., ALAVA E.

Rehabilitation y discoplatia por RF. Metodo ALAR.

VII congrès de la société de neurochirurgie. Mai 2002.

Santiago de compostela.

6 - GOUPILLE Ph., VALLAT J.P.

Sources expérimentales de la douleur lombaire.

Revue de Médecine Vertébrale N°6. Juin 2002.