
EFFICACITE DE LA NUCLEOLYSE A L’ETHANOL DANS LE TRAITEMENT
CURATIF DE LA HERNIE DISCALE LOMBAIRE :
Résultats préliminaires à propos de 11
cas
J Borne, O Fantino
Service d’Imagerie Médicale Clinique du Parc LYON
Service de Radiologie Pav.B Hôpital Édouard Herriot LYON
Introduction
L'éthanol
est un produit déjà utilisé en thérapeutique depuis de nombreuses années : embolisation de malformations artério-veineuses,
d'hémangiomes vertébraux ; traitement percutanée d'ostéomes ostéoides,
de kystes rénaux, de tumeurs secondaires hépatiques. Par ailleurs, la papaïne (chymiodiactine) n'est plus disponible depuis 2001.
L'éthanol revêt un certain nombre d'avantages : faible coût, disponibilité
évidente, absence de phénomène allergique connus.
Pour
toutes ces raisons, l'équipe de Colmar a proposé l'utilisation de l'éthanol dans
le traitement percutanée de la hernie discale lombaire.
I - Etat des lieux actuel et revue de la littérature
C Riquelme
et A Tournade ont publié une étude prospective réalisée de juin 1997 à
septembre 2000 portant sur 118 patients présentant 126 hernies discales
lombaires [1, 2, 3]. Leur population comportait 69 hommes et 49 femmes d'age
moyens 51,1 ans. Parmi les hernies discales, 75 étaient para-sagittales,
30 foraminales, 17 médianes, et 4 extra-foraminales.
L'imagerie était concordante avec la symptomatologie radiculaire. Les
procédures étaient réalisées sous neurolept-analgésie
en ambulatoire par un abord postéro-latéral du disque
permettant la réalisation d'une discographie première et l'injection de 0.4 à
0.5 ml d'éthanol au sein du nucleus pulposus.
Avec
un recul de 2 à 5 ans les résultats obtenus sont une réduction notable ou une
disparition de la symptomatologie dans 97% des cas. Aucune complication
sceptique, allergique, neurologique ou inflammatoire n'a été observée.
Les
avantages de l'éthanol par rapport à la papaïne qui ressortent de cette étude
sont un délai d'action plus rapide, un affaissement discal moindre, et peu ou
pas de lombalgies post-thérapeutiques.
D'autres
études non encore publiées sont actuellement en cours en France [4] et aux USA.
II - Matériels et méthodes
1
- Population
Depuis
mars 2001, nous avons proposé à 12 patients à une nucléolyse à l'éthanol pour
le traitement curatif de hernie discale lombaire. Un patient n'a pas bénéficié
de ce traitement en raison d'une fuite épidurale discographique. Notre
population se compose donc de 11 patients, 6 hommes et 5 femmes d'age moyen 49
ans. Neuf patients présentaient une radiculalgie unilatérale, un patient une radiculalgie
bilatérale et un patient des lumbagos sub-aigus à répétition.
Dans
le plan vertical, les hernies discales lombaires se répartissaient de la façon
suivante : 1 à l'étage L3-L4, 7 à l'étage L4-L5, 3 à l'étage L5-S1.
Dans
le plan horizontal, la localisation était médiane chez 1 patient,
postéro-latérale chez 8 patients, et foraminale chez 2 patients. Aucune hernie
extra foraminale n'est présente dans cette série.
2
- Critères d'inclusion
Nos
critères d'inclusion étaient la présence d'une symptomatologie lombaire et/ou
radiculaire concordante avec l'imagerie et résistante au traitement médical
bien conduit pendant 6 semaines. L'indication était posée conjointement par le
radiologue et le clinicien ou chirurgien prescripteur.
3
- Critères d'exclusion
Les
patients présentant une sciatique nécessitant un traitement chirurgical
(paralysante, hyperalgique, responsable d'un syndrome de la "queue de
cheval") n'étaient naturellement pas proposés pour la réalisation de cette
procédure. De même, les patients présentant des contre-indications générales
étaient exclus de cette série : grossesse, terrain psychologique particulier,
maladie générale.
Nous
avons aussi exclus les sujets présentant des contre indications lombaires
locales : hernies discales exclues, discopathie calcifiante, rachis lombaire
opéré, fuite épidurale, intra-thécale ou intra
vasculaire discographique, ponction lombaire datant de moins de 15 jours.
Nous
avons volontairement exclus les patients présentant d'autres facteurs
compressifs en imagerie : sténose canalaire latérale ou centrale.
4
Bilan pré thérapeutique
A
titre de bilan pré-thérapeutique, nous réalisons systématiquement une vitesse
de sédimentation sanguine, une radiographie du rachis lombaire, face et profil,
et de face du disque en cause. Nous exigeons que l'imagerie en coupe (scanner
et/ou IRM et/ou myélo-scanner) documentant la hernie discale date de moins de
trente jours. Lorsqu'un myelo-scanner a été réalisé,
nous respectons un délai incompressible de 15 jours entre cet examen et la
procédure, en raison de risque de fuite épidurale induite par une ponction
lombaire récente. Nous réalisons une consultation radiologique pour information
et consentement éclairé du patient : technique de cette procédure, risques,
délai d'action, contre indications discographiques éventuelles, pas
d'incompatibilité avec une chirurgie ultérieure éventuelle. Une consultation
anesthésique est aussi systématiquement programmée.
5-
Procédure technique
-
abord
du disque
Sous
neurolept-analgésie, l'abord du disque est réalisé
après asepsie et anesthésie locale sous cutanée par voie postéro-latérale sous
contrôle radioguidé. Nous utilisons un système coaxial associant trocard-guide de calibre 18G et aiguille à mandrin 22G
préalablement courbée que nous plaçons dans les deux tiers postérieurs de
l'espace inter-somatique.
-
discographie
La
discographie pré thérapeutique est réalisée volontairement avec une faible dose
de produit de contraste non ionique (inférieur ou égal à 1ml) pour diminuer le
risque de fuite induite mécaniquement. Elle vérifie l'état du disque, mature ou
dégénéré, visualise le sac herniaire lorsque celui-ci s'opacifie et élimine les
contre-indications à l'injection d'éthanol : fuite épidurale, intra-thécale, intra-vasculaire.
-
injection
d'éthanol
En
l'absence de contre-indications discographiques, nous injectons 0.4 à 0.6 ml
d'alcool absolu au sein du nucleus, en deux temps : d'abord 0.2 ml avec attente
d'une minute permettant d'observer une réaction éventuelle, puis le reste de la
dose. Nous attendons 5 minutes avant le retrait de l'aiguille 22G au sein du trocard puis de l'ensemble du système coaxial pour limiter
le risque de reflux d'éthanol sur le trajet de ponction.
-
-
prise en charge post thérapeutique
Les
patients sont hospitalisés 24 à 48 après le geste avec une surveillance
clinique neurologique, de la température, et une prise en charge médicale de la
lombalgie post thérapeutique éventuelle. Ils sont ensuite revus à 1 mois, 3
mois et un an.
6-
Critères d'évaluations
Nos
critères d'évaluation étaient les suivants : douleurs lombaires quantifiée de 0
à 100 mm sur l'échelle de visualisation analogique (EVA), douleurs radiculaires
quantifiée de 0 à 100 mm sur l'échelle de visualisation analogique (EVA), vie socio-professionnelle, activités personnelles et loisirs.
A
l'issue du geste, les patients sont classés en trois groupes avec un recul de 1
à 19 mois:
-
succès : douleur
lombaire et/ou radiculaire absente ou inférieure à 20 sur l'EVA, vie socio
professionnelle et activités personnelles normales
-
succès
incomplet : diminution de la douleur lombaire et/ou radiculaire
mais qui reste supérieure à 20 sur l'EVA. Vie socio professionnelle pas
complètement normale et reprise incomplète des activités personnelles
-
échec : pas de modification, augmentation ou diminution de
moins de 20 mm de la douleur lobaire et/ou radiculaire, pas de modification ou
diminution des activités socio professionnelles et des activités personnelles.
7-
Complications
Aucune
complication sceptique, allergique, neurologique ou inflammatoire n'a été
observée. Quatre patients ont présenté des lombalgies sub-aigues
post-thérapeutiques, d'une durée de 24 heures à 5 jours, bien calmées par le
traitement antalgique. Un patient a eu une exacerbation aiguë et transitoire de
sa radiculalgie pendant 48 heures, qui s'est résolue spontanément. Un patient a
du faire l'objet d'un traitement chirurgical en raison de troubles
sphinctériens apparus 48 heures près la nucléolyse en raison d'une exclusion
herniaire objectivée sur l'IRM post thérapeutique de contrôle.
III- Résultats
Avec
un recul de 1 à 19 mois, chez 8 patients (73%), le geste a été estimé comme
étant un succès complet. La procédure a eu un succès incomplet chez 2 patients
(18%) en raison de la persistance de lombo-sciatalgies
intermittentes incomplètement soulagées par le traitement médical. La
nucléolyse à l'éthanol s'est avérée être un échec chez un patient (8%) qui a
fait l'objet d'un traitement chirurgical.
IV - Discussion
Notre
étude est limitée sur le plan statistique car elle porte sur uniquement 11
patients ce qui n'est aucunement significatif. Néanmoins nos résultats semblent
concordant avec la seule série déjà publiée par l'équipe de Colmar [1, 2, 3].
Nous manquons actuellement de recul et ces résultats préliminaires nécessitent
d'être validés par d'autres études, notamment multicentriques. A ce jour,
aucune complication allergique, neurologique ou inflammatoire n'est rapportée
avec cette technique qui nécessite une prudence extrême en raison du risque connu
de neurolyse que présente l'éthanol. Pour cela, il est selon nous important de
ne pas saturer la capacité discale, et donc d'injecter au maximum 1 ml de
produit de contraste lors de la discographie pour limiter le risque de fuite
épidurale mécaniquement induite. De même, la dose efficace de 0.5 ml d'éthanol
ne doit pas être dépassée. Nous rappelons par ailleurs que la papaïne
comportait aussi une toxicité neurologique, et que les 2000UI injectées
représentaient un volume d'au moins 1 ml.
L'éthanol
est très peu coûteux, facilement disponible et surtout non allergisant, ce qui
peut permettre de renouveler cette procédure et de la proposer chez des
patients ayant déjà eu une nucléolyse à la papaïne.
Conclusion
La
nucléolyse lombaire à l'éthanol semble, au travers de ces résultats
préliminaires, conforter les données observées par l'équipe de Colmar. Cette
technique peu coûteuse, renouvelable et non allergisante parait prometteuse et
nécessite d'être validée par d'autres études.
BIBLIOGRAPHIE
1
C RIQUELME, M. MUSACCHIO, F. MONT'ALVERNE, A.TOURNADE
Chemonucleolysis of lumbar
disc herniation with ethanol
J
Neuroradiol ; 2001 : 28, 219-29
2
C RIQUELME, M. MUSACCHIO, A.TOURNADE
Communication orale : Chemonucleolysis
of lumbar disc herniation with ethanol. 86th Scientific Assembly and
Annual Meeting of the Radiological Society of
RSNA
- Radiology ; 2000 : 217, (suppl)
: 472
3
C RIQUELME, M. MUSACCHIO, A.TOURNADE
Communication
orale : La nucléolyse à l'éthanol des hernies discales lombaires. Journées
Françaises de Radiologies Octobre 2000 Paris
J
Radiol ; 2000 : 10, 1422
4
J. BORNE, PL. CLOUET, S. GIROD, C. FAURE
Communication
orale : Efficacité de la nucléolyse a l’éthanol dans le traitement curatif de
la hernie discale lombaire : Résultats préliminaires à propos de 11 cas.
Journées Françaises de Radiologies Octobre 2002 Paris
J
Radiol ; 2002 : 10, 1396