"Biomécanique des Implants Lombaires"

 

T. Nydegger

 

Centerpulse Orthopedics Ltd., Winterthur, SUISSE

 

Introduction

Depuis trois décennies maintenant, la fixation rigide des segments rachidiens a été le traitement du privilégié pour les pathologies dégénératives, et ceci était la fixation rigide des segments rachidienne fonctionnelles afin de favoriser la fusion osseuse. Jusqu'à présent,il y a peu de aucun consensus n'a été trouvésur quant à savoir quelle procédure de fusion devrait doit être favorisée par rapport aux autres. L'utilisation des systèmes de avec vis pédiculaire postero-latérale avec associés à la lagreffe osseuse a été la procédure standard pendant de longues d'années - la greffe étant placée soit sur les structures postero-latérales soit entre les corps vertébraux - et ceci jusqu'au développement des dispositifs intersomatiques postérieurs (PLIF) et antérieurs (ALIF). Une étude clinique randomisée multi-centrique n'a pas permis d'établir de façon évidente la supériorité d'une procédure par rapport à l'autre [9]. Cependant, il existe un grand nombre de références bibliographiques qui décrivent le comportement biomécanique des dispositifs qui sont utilisés pour réaliser une arthrodèse. Dans la première partie de cette publication, nous passerons en revue ces données bibliographiques .

Ces dernières années, en tant qu'alternative à l'arthrodèse, plusieurs méthodes non-fusion ont été proposées pour rétablir et/ou maintenir la cinématique segmentaire, ceci dans le but de palier certains inconvénients de l'arthrodèse. En ce qui concerne le rachis lombaire, les concepts actuels peuvent être classifiés dans trois sous-groupes: remplacement partiel du disque intervertébral (c.-à-d. remplacement du nucleus pulposus), remplacement total du disque (prothèse de disque) et enfin système de stabilisation dynamique postérieur. Les principaux objectifs qui gouvernent aux traitements non-fusion du rachis sont: éliminer la morbidité due au prélèvement de greffe, restituer la hauteur de disque ainsi que la cinématique normale de l'unité fonctionnelle, et enfin minimiser les contraintes reportées sur le segment adjacent.

Le but de la deuxième partie de cette publication est de discuter le cahier des charges qui guidera la conception et le choix des matériaux, ainsi que de passer en revue les données pré-cliniques actuellement disponibles pour s'assurer de l'innocuité et de la fonctionnalité de tels systèmes non-fusion.

Dispositifs de Fusion

La fonction biomécanique de l'instrumentation d'arthrodèse doit être regardée sous deux aspects. D'une part, elle doit réduire la mobilité segmentaire au minimum afin de stabiliser le segment et fournir ainsi l'environnement propice à la fusion osseuse dudit segment [2]. D'autre part, elle doit permettre de restituer la hauteur du disque intervertébrale et résister aux contraintes élevées auxquelles est soumis le segment avant que la consolidation de la greffe osseuse ne soit obtenue. En termes biomécaniques, l'instrumentation d'arthrodèse doit restreindre les degrés de liberté (DDL) et permettre une distraction qui prévient tout affaissement du segment instrumenté.

Les fixateurs internes semblent fournir une forte capacité de stabilisation en flexion/extension ainsi qu'en flexion latérale mais stabilisent peu en  rotation axiale ; comme cela a été rapporté par Panjaby [18], qui a comparé huit dispositifs de fixateur internes, ainsi que par Nolte [15], qui a effectué une étude similaire avec trois dispositifs différents. D'un point de vue clinique, il a souvent été observé que suite à une arthrodèse, l'instrumentation a dû être enlevée à cause d'une douleur récurrente. Ceci pose la question suivante: quelle doit être la rigidité d'un fixateur interne? Laquelle question a conduit au développement des dispositifs semi-rigides. On pose l'hypothèse selon laquelle ces dispositifs pourraient stimuler l'ostéosynthèse et ceci en permettant des micro-mouvements dans le segment instrumenté. Cependant, la supériorité de telles instrumentations en terme de taux de fusions n'a pas été clairement établie. Par ailleurs, la rigidité idéale des fixateurs internes reste une inconnue.

Plusieurs auteurs ont établis que les implants intersomatiques n'avaient qu'une faible capacité de stabilisation en extension, que ce soit pour les cages PLIF [13] ou les cages ALIF [10,14,16]. Pour les cages PLIF, une facettectomie plus ou moins étendue est nécessaire pour permettre l'introduction des implants. Abumi [1] a établi que la facettectomie a peu d'influence sur la stabilité segmentaire en extension. Lund [13] propose donc que l'absence de stabilisation puisse être le résultat de la distraction des facettes articulaires qui par la même perdent leur capacité à limiter les mouvements en extension.

L'affaissement des cages intersomatiques peut aussi diminuer la stabilité comme Hoffer [12] l'a décrit. Oxland [17] a constaté que le liseré d'os cortical du plateau vertébral a une dureté plus élevée que la partie centrale, suggérant ainsi que les cages qui sont soutenues par la région extérieure ont un risque d'affaissement moindre. Cependant, une surface de contact implant / os plus réduite pourrait induire un risque plus élevé d'affaissement par rapport au ciment orthopédique. En revanche, cela pourrait accroître la surface de fusion, et de ce fait augmenter la probabilité d'obtenir une bonne fusion osseuse [22].

Les cages intersomatiques ont été aussi employées en combinaison avec des instrumentations postérieures ou des vis translaminofacétaires. Ceci a permis d'obtenir  une stabilité plus élevée par rapport à une instrumentation postérieure seule. Cet effet a été démontré pour tous les degrés de liberté, à l'exception de la rotation axiale. L'effet stabilisateur en rotation axiale a été obtenu par l'ajout d'implant de liaisons transversales aux instrumentations postérieures [13].

Dispositifs Non-fusion

Afin de déterminer le cahier des charges biomécaniques pour les implants de stabilisation dynamique, il est nécessaire de comprendre les contraintes biomécaniques du rachis sain et des changements qui se produisent pendant le processus dégénératif. Les fonctions biomécaniques du disque sain en combinaison avec les structures musculo-ligamentaires et les facettes articulaires sont de supporter les contraintes mécaniques, de permettre le mouvement et de protéger les structures neurologiques. Les efforts de compression sont supportés principalement par le nucleus pulposus et les plateaux vertébraux, tandis que les efforts de cisaillement sont supportés par l'annulus fibrosus et les facettes articulaires. En cas de dégénération ou de nucléotomie après hernie discale, les propriétés du segment rachidien sont modifiées. Pour ce qui est des conséquences de la nucléotomie, la littérature mentionne la perte de hauteur discale et le gonflement radial du disque en fonction de la masse de tissu excisé du nucleus [4]. La perte de hauteur discale peut mener à l'affaissement du segment, et par conséquent augmente les contraintes auxquelles sont soumises les facettes articulaires [6]. En outre, la biologie du cartilage des facettes articulaires peut être affectée par la compression du segment comme Gotfried [11] l'a montré dans un modèle canin. En termes cinématiques, Steffen [20] a observé l'augmentation des degrés de liberté et un décalage du centre instantané de rotation en extension et en flexion latérale après ablation du nucleus. La dégénérescence des facettes articulaires et la perte de fonctionnalité des ligaments postérieurs influencent la répartition des charges et la cinématique du segment [1]. Ces résultats suggèrent que les principales fonctions d'un dispositif de stabilisation dynamique sont de maintenir ou de reconstituer la hauteur physiologique du disque intervertébral ainsi que la mobilité et la fonction mécanique du rachis.

En plus de la capacité de résister à des charges statique et dynamique en compression et / ou en cisaillement sur une longue période, la conception d'une telle instrumentation doit prendre en compte des paramètres tels que les différents degrés de liberté, la zone neutre, le centre instantané de rotation, les modes de déplacement, la pression intradiscale, la hauteur discale ainsi que la déformation des corps vertébraux ; et tout cela afin de remplir le cahier des charges biomécaniques.

La plupart de ces dispositifs non-fusion ont été en investigation clinique pendant plusieurs années et ont donné des  résultats prometteurs à court et moyen terme [3,5,21]. Il y a bien sûr des similitudes d'indication entre les différentes approches non-fusion et également avec les techniques d'arthrodèse. Les implants de remplacement du nucleus ont pour but de résoudre les problèmes qui se produisent après la chirurgie de la hernie discale, telle que la perte de hauteur discale, le gonflement de l'annulus [4] aussi bien que les modifications de la cinématique [20] et de cinétique [7] du segment. Pour ce type d'implant, il reste donc à montrer qu'il y a une amélioration des résultats cliniques à long terme comparé aux méthodes standards.

Les implants de remplacement total de disque ont des avantages distincts comparés aux techniques de fusion. Une étude in vitro [23] a prouvé qu'après l'insertion de l'implant, la mobilité segmentaire est équivalente à celle du segment intact. La conservation du mouvement segmentaire peut mener à des efforts moindres sur le segment adjacent, en revanche, cette technique reste relativement invasive et ne laisse que peu de recours en cas de révision.

Le dispositif de stabilisation dynamique postérieur, DYNESYS, semble être le système le plus prometteur au sein de ce panel, tant au niveau de l'étendue des applications et que des résultats cliniques [21]. Par ailleurs, Freudiger [8] a établi l'efficacité de ce système dans le plan sagittal. Sur le plan chirurgical, ce système fait appel à une technique d'implantation simple, peu invasive et très similaire à celle des instrumentations par vis pédiculaires existantes, bien connue des chirurgiens. Par ailleurs, le respect des éléments anatomiques du segment instrumenté permet de conserver toutes les options disponibles en cas de révision.

Discussion

Les évaluations cliniques à court et moyen terme des concepts non-fusion ont donné des résultats prometteurs. Cependant, le comportement à long terme de ces systèmes reste à être éprouvé sur la base de données scientifiques solides. Par ailleurs, il existe à ce sujet une analogie bien connue: "Cinquante ans en arrière, des hanches ont été fusionné pour des problèmes dégénératifs, mais le développement de l'arthroplastie à bas frottement a remplacé ce traitement".

Sans aucun doute, une telle évolution de paradigme peut être le futur de la chirurgie du rachis.

References

1.       Abumi K, Panjabi MM, Kramer KM, Duranceau J, Oxland T, Crisco JJ.; Spine. 1990 Nov;15(11):1142-7.

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3.5.       David T.H.; RACHIS, Vol. 11 No. 4-5, 1999

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5.8.       Freudiger et al.; Arch Orthop Trauma Surg 1999

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11.   Gotfried Y, Bradford DS, Oegema TR Jr.; Spine. 1986 Nov;11(9):944-50.

12.   Hoffer Z, Oxland TR, Cripton PA, Sherman J, Nolte LP,:Trans. Orthop. Res. Soc., 23: 1065, 1998.

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14.   Nibu K, Panjabi MM, Oxland T, Cholewicki J.; J Spinal Disord. 1997 Aug;10(4):357-62.

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16.   Oxland TR, Hoffer Z, Nydegger T, Rathonyi GC, Nolte LP.; J Bone Joint Surg Am. 2000 Mar;82(3):383-93.

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8.19.   Schwarzenbach O.; Proceedings of Worldspine 1, 2000Zollner et al.; Orthopäde 2001

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22.   Wilke HJ, Kettler A, Claes L.; Orthopäde. 2002 May;31(5):472-80.

23.   Zollner J, Heine J, Eysel P.; Orthopade. 2001 May;30(5):323-7.