Traitement de la hernie discale
lombaire extra-foraminale
par abord chirurgical extra-foraminal. A
propos d’une série de 14 cas.
P.
Garçon Clinique
Générale du Sport ( Paris)
Le
conflit disco-radiculaire lombaire en situation extra-forminale est remarquable à la fois par son expression clinique
singulière et par son traitement chirurgical particulier. L’objet de cette étude clinique a été , à la lumière d’une série de 14
patients opérés par voie extra-isthmique, d’apprécier l’efficacité etl’inocuité
de cette technique.
A-HISTORIQUE
1- Evolution des idées:
- LINDBLOM 1944: découverte sur une étude cadavérique de
la possibilité de disque lombaire hernié latéralement au canal vertébral .
- MAC NAB 1971: 2 premiers cas publiés
de compression de la racine L5 par une hernie extra-foraminale L5S1.
- ABDULLAH 1974: la première description du syndrome clinique de hernie
extra-foraminale .
- WILLIAMS 1982: description de la
sémiologie tomodensitométrique. - OSBORNE 1989: l’intérêt de
l’IRM dans ce type de pathologie.
2- Evolution des techniques:
-WILTSE 1968: première approche latérale
inter-musculaire.
- ABDULLAH
1974: l’arthrectomie est proposée
comme la technique principale .
- REULEN 1987: décrit de « sévères
syndromes d’instabilité » post-arthectomie
.
- POINTILLARD 1997: publie la « voie de la
crête ».
- DESTANDAU 2000: chirurgie endoscopique de la région
extra-foraminale.
3- Séries de la littérature:
Elles
sont peu nombreuses et regroupent peu de cas, ce qui se conçoit étant donnée la
rareté de l’affection. Par ailleurs, elles regroupent souvent dans la même
étude des cas traités par différentes techniques.
Globalement,
avant 1990, l’arthrectomie plus ou moins associée à l’arthrodèse était la
technique la plus utilisée. Depuis 90, les différentes techniques
conservatrices sont totalement
majoritaires.
B-PRESENTATION DE LA SERIE
D’avril 1999 à
juin 2001 , 239 conflits disco-radiculaires ont opérés dans le service, dont
14 étaient en situation extra-foraminale
soit une fréquence de 6%.
1- Les patients:
11
hommes (78%) et 3 femmes ( 22%).
âge
moyen: 52ans, extrêmes : 22 et 72 ans.
12
actifs et 2 retraités
activité
sportive: 8 sportifs loisir
4 non-sportifs
1 sportif
professionnel.
1
accident du travail ( sportif professionnel)
antécédants
chirugicaux: 3 cas.
- 1 er cas: 3 interventions.
- 2 ème cas: 1 geste percutané.
- 3 ème cas: discectomie controlatérale au
même étage .
2- Les symptomes:
durée
des symptomes avant la chirurgie:
- moyenne: 8 mois; extrêmes: 1 et 24 mois.
trajet
radiculaire principal:
- 4 types de trajets ont été observés:
- 1
cruralgie haute ,
- 4
cruralgies , de type L3,
- 5
cruralgies typiquement L4,
- et 5 radiculalgies sciatiques L5,
associées à des hernies L5S1 (28,5%).
4 cas
de radiculalgiehyperalgique et 3 cas symptomatologie bi-radiculaire.
Evaluation
des symptomes:
Par
une cotation fonctionnelle très proche de celle proposée par BEAUJON, dont a
été retiré le symptome « claudication neurogène » et par le score de
PROLO.
3- Les examens complémentaires:
Le
diagnostic, suspecté cliniquement, a été confirmé 9 fois par l’ IRM seule, 1 fois par une tomodensitométrie
isolée et 4 fois par les 2 examens associés. Dans un cas d’atteinte
bi-radiculaire , une saccoradiculographie a été nécessaire.
Aucun
myélo ou disco-scanner, n ’a été réalisé.
4- L’indication opératoire:
Elle a
été posée devant l’échec du traitement médical,
y compris une ou plusieurs infiltrations ( pour 8 patients) et la bonne corrélation entre les
symptomes cliniques et l’imagerie.
C- LA
TECHNIQUE OPERATOIRE
Tous
les patients ont été opéré par abord
extra-isthmique, à partir d’une voie médiane , élargie en postéro-latéral et
poussée en avant du rideau inter-transversaire. La même voie a pu être réalisée, quel que soit l’étage
concerné.
Cet
abord a été purement extra-foraminal dans 9 cas et 5 fois combiné à une
exploration intracanalaire, par voie inter-lamaire classique.
Dans 9
cas ( 64 %), 1 ou plusieurs fragments
exclus ont été retirés. Dans 5 cas, la hernie était non exclue. Pas de
complication per-opératoire.
Le
temps opératoire a été en moyenne de 80 minutes, pour des extrêmes allant de 1
à 2 heures.
Les
suites opératoires sont identiques à celles de la chirurgie purement
endo-canalaire.
11
patients sur les 12 actifs , ont repris le travail, en moyenne au bout de 70
jours ( 1 à 4 mois)
D- LES
RESULTATS
Le
recul moyen de la série est de 19 mois (
de 1 à 2 ans et demi).
La
cotation de BEAUJON permet d’apprécier l’évolution des syptomes par la notion
de gain relatif.
Le GR
= ( note post.op - note pré.op )/ ( 20 -
note pré.op )
On
décompte : . 8 très bons résultats ( GR supérieur à 71%)
(57 %)
. 5 bons résultats ( GR compris entre 41 et
70%) (36%)
. 1 résultat
insuffisant ( GR = 40% ) (7%)
L’utilisation
du score de PROLO donne les résultats suivants:
. excellent: 9 cas , 64%.
. bon: 4 cas, 29 %.
. moyen: 1 cas, 7%.
Aucune
complication majeure, n’ a été recensée, pas d’infection ni de récidive. Seule
une sidération transitoire du fémoro-cutané a été observée.
E- DISCUSSION
a- les caractères cliniques
Il est
indéniable que l’expression clinique d’un conflit disco-radiculaire
extra-foraminal revêt des caractères particuliers, s’agissant de:
1. La topographie de la
radiculalgie.
2. Le signe de Lasègue.
3. L’ âge moyen des patients.
4. Le sexe.
5. L’étage vertébral.
6. L’atteinte bi-radiculaire.
7. Les constatations opératoires.
Au
total , il est possible de dresser le tableau clinique-type de la hernie extra-foraminale:
. un homme de la cinquantaine,
. une lombo-cruralgie , souvent hyperalgique
et accompagnée d’un déficit moteur modéré;
. une expression clinique toujours décalée d’un niveau vers le haut par
rapport au conflit endo-canalaire classique, parfois bi-radiculaire.
b-La technique chirurgicale:
Ou: «
Comment aborder la zone de conflit extra-foraminal , le plus simplement et le
plus sûrement ? »
Plusieurs
solutions sont possibles:
- la voie de WILTSE;
- la voie de la crête;
- la voie endoscopique.
F- CONCLUSION
Le
diagnostic d’un conflit discoradiculaire extra-foraminal , suspecté
cliniquement , est au mieux, à ce jour, confirmé par l’IRM.
Lorsque
son traitement chirurgical est décidé, le nécessaire abord direct du lieu du
conflit est rendu possible par diverses
techniques conservatrices non déstabilisantes.
Parmi
celles-ci, la voie d’abord postéro-latérale extra-isthmique représente une
possibilité qui s’est avérée , sur cette courte série, simple, pratique, sûre
et reproductible.