Le traitement endoscopique par foraminoplastie
ostéoligamentaire instrumentale ou au laser dans
les sténoses lombaires latérales
Daniel Gastambide, Centre
Tourville, Paris
Introduction
Le
but de ce travail est de montrer la possibilité de traiter par voie
endoscopique seule les sténoses foraminales
symptomatiques d’origine dégénérative, d’en exposer les différentes techniques,
d’examiner nos résultats et de discuter les indications qui sont modifiées par
l’avènement du Laser Holmium YAG de 3ème génération
Matériel et méthodes
Les
foraminoplasties ostéoligamentaires
ou foraminotomies font partie intégrante de la
chirurgie à ciel ouvert du rachis arthrosique, comme l’ont décrit Farfan et Kirkaldy-Willis. Il est
aisé de concevoir les mêmes gestes par voie endoscopique transforaminale à travers un tube de travail par
l’utilisation de tréphines ou d’un rongeur motorisé
aspiratif, ces 2 techniques devant être effectuées sans vision directe de
l’instrument au travail, en ayant pour seul contrôle l’image radioscopique de
face et/ou de profil.
L’avènement
des endoscopes à multiples canaux a réalisé un progrès en permettant une vision
directe. Il permet le passage d’une fibre laser et le contrôle direct du tir
laser. Le tir latéral réalise une autre amélioration technique et effectue
l’élargissement ostéoligamentaire du foramen. Il
existe 2 systèmes pour obtenir un tir latéral : le premier système,
à miroir, réfléchit perpendiculairement le rayon laser vers les parois du
foramen, l’autre système est une gaine incurvée à mémoire de forme qui entoure
la fibre laser.
Les
sites devant être réséqués pour élargir le foramen sont constitués par le
débord discal dégénératif en bas et en avant du foramen, la capsule antérieure
du massif articulaire, le tissu osseux adjacent formé par la paroi antérieure
du massif articulaire homolatéral, les calcifications arthrosiques d’origine
discale et capsulaire, enfin des ostéophytes.
Notre
technique de foraminotomie endoscopique se fait en
salle d’opération sous anesthésie locale et neuroleptanalgésie,
en décubitus latéral, sous contrôle par amplificateur de brillance. L’abord est
calculé entre 10 et 20 cm de la ligne médiane selon la corpulence du patient,
de façon à arriver à 25° environ du plan frontal dans la partie inférieure du
foramen en évitant la racine sortante. Le marquage sur la peau du patient de la
projection du foramen visé, à l’aide de l’amplificateur de brillance, de face
et de profil, permet de choisir le meilleur point de pénétration cutanée. Une
première aiguille de 18G est suivie d’une aiguille de 22G coaxiale pour tester
la sensibilité du disque à l’injection de liquide sous pression et pour faire
éventuellement une discographie à l’iode et à l’indigocarmin.
Une fois l’aiguille 22 G retirée, une fine broche de Kirschner
est passée dans la première aiguille. Elle sert de guide à un perforateur que
l’on fixe par impaction. Des tubes de dilatation sont progressivement passés,
jusqu’au tube à bout oblique dont la partie la plus longue va protéger la
racine sortante. Le rongeur motorisé aspiratif de Kambin
au début de notre série, actuellement des tréphines
abrasent la paroi ostéoligamentaire qui rétrécit en
arrière le foramen, puis le laser Holmium-YAG courbé
à tir latéral fragmente l’os de la face antérieure du massif articulaire. Des
instruments de plus en plus larges peuvent être alors passés progressivement
dans la partie inférieure du foramen, en protégeant la racine sortante qui
reste dans la gouttière sous pédiculaire, jusqu’à ce que le foramen soit
suffisamment élargi.
L’exérèse
à la pince, à la tréphine et au laser, des autre
éléments sténosants, ostéophytes, débord discal
dégénératif ou hernie, et calcifications, complètent la décompression.
Une
discectomie est associée à la demande.
On
examine alors la racine sortante ainsi que le sac dural et la racine
« traversante » en vérifiant leur liberté et l’absence de tout
facteur de compression.
Tous
nos patients ont eu un bilan d’imagerie : radiographies standard statiques
et dynamiques, scanner, IRM, et ont fait l’objet d’un examen clinique pré et
post opératoire.
Les
critères d’inclusion des patients sont les suivants : lombosciatique
avec radiculalgie bien localisée, image de sténose foraminale
par hypertrophie articulaire postérieure, avec ou sans hernie discale, échec
des traitements conservateurs. Les critères d’exclusion sont : une
instabilité segmentaire, un spondylolisthésis avec
lyse isthmique, un déficit moteur non douloureux, ou un syndrome de la queue de
cheval.
Tous
les patients de cette série ont subi une foraminoplastie
ostéoligamentaire, ou foraminotomie,
qui emportait un fragment de la paroi osseuse postérieure du foramen constituée
par l’articulaire supérieure de la vertèbre sous-jacente.
Résultats
Nous
comptons depuis mai 1996, 52 foraminotomies
pour sténose foraminale chez 50 patients, 2 ayant
subi une foraminotomie controlatérale à 5 et 7 ans
d’intervalle. Leur âge moyen et de 26 ans (26 à 83 ans). Le sexe ratio est de 1
(25/25). L’étage L5S1 a été opéré 25 fois, L4L5 18 fois, L3L4 3 fois. Deux
étages dans le même temps opératoire ont été opérés 4 fois, 3étages 2
fois. Les interventions ont eu lieu 31 fois à droite et 21 fois à, gauche. Nous
notons 11 sténoses osseuses très serrées (fig. 1) par hypertrophie articulaire
postérieure majeure dont 8 sont associées à une saillie discale paramédiane modérée , 1 à une hernie foraminale,
2 à une saillie discoostéophytique majeure antérieure
(fig. 2 et 3), 41 sténoses foraminales serrées à un
moindre degré, dont 8 sont associées à une hernie foraminale
et 33 à une hernie paramédiane dont 3 montrent une migration de plus de 6
mm. Deux patients présentaient une « fibrose » associée après
chirurgie à ciel ouvert.


Sept
patients souffraient de troubles neurologiques préopératoires, dont 6 du fait
de la compression mécanique (3 amyotrophies quadricipitales,
3 parésies des releveurs du pied), et 1 du fait de séquelles associées de zona.
Trois patients souffraient de troubles neurologique généraux : une maladie
de Parkinson, une sclérose en plaques, une séquelle d’hémiplégie par accident
vasculaire cérébral.
Dans
le contexte d’une comorbidité générale, nous notons 2
diabètes insulino-dépendants, une coronarite sous
anticoagulants et 2 syndromes dépressifs.
En
salle d’opération, le type d’installation des patients a été 24 fois
décubitus ventral sur table pliée cyphosante, 28 fois
décubitus latéral.
La
technique de foraminotomie a utilisé différents
instruments : 24 patients ont bénéficié de la technique au le rongeur
motorisé aspiratif (fig 4 et 5), 20 de de la technique manuelle utilisant une tréphine
seule de façon particulièrement appuyée. Le laser Holmium YAG de 3ème
génération à extrémité courbée à mémoire de forme avec des paramètres précis
(duré d’impulsions de 650 µs, 15 Hertz, 23 W, 1,5 Joules/Pulse), a été
utilisé 8 fois, en complétant la fragmentation osseuse du laser avec une tréphine.



Nous
ne notons aucune complication per et post opératoire,
sauf 1 embolie pulmonaire guérie sans séquelles.
Le
recul moyen de la dernière consultation après l’intervention endoscopique est
de 18,76 mois (3 à 84 mois) sur 47 opérations, 4 étant trop récentes, 1 non
suivie.
Selon
la classification de Staufer et Coventry modifiée Mac
Nab, nous comptons 36 résultats bons et très bons 5
résultats assez bons dont 2 ont subi une intervention pour compléter
l’amélioration de la douleur radiculaire obtenue par la foraminotomie
(une cure de canal étroit, 1 arthrodèse pour lombalgies), 6 échecs dont 3 ont
nécessité une arthrodèse ultérieurement. Nous avons au total 87 %
d’améliorations et 13 % d’échecs.
Les
troubles moteurs (3 atteintes du quadriceps, 3 parésies des releveurs du pied)
ont tous récupéré avec une force normale.
Discussion
Le
foramen L5S1 est le plus fréquemment atteint pour plusieurs raisons :
inclinaison de la racine L5 plus proche de l’horizontale (40° environ au lieu
de 60°), plus grande longueur du foramen, occupation de 30 à 40% de la surface
de section du foramen (au lieu de 20% aux autres étages), charge de 60% du
poids du corps sur le trépied vertébral correspondant.
Une
seule publication portant spécifiquement sur les sténoses foraminales traitées par voie endoscopique (2) a été
présentée à ce jour. Sa très faible morbidité et son efficacité en rendent les
indications larges dans des mains expérimentées. Les personnes âgées et
fragiles, pour lesquelles une anesthésie en décubitus ventral serait
contre-indiquée, les patients sous anticoagulants et/ou à comorbidité
lourde, dont l’indication opératoire à ciel ouvert constituerait une indication
limite, en sont les premiers bénéficiaires.
La
technique récente, qui utilise le laser Holmium-Yttrium,
Aluminium, Grenat de dernière génération , a
l’avantage de fragmenter l’os avec les paramètres énergétiques les plus bas de
façon à minimiser le risque de lésion radiculaire par deux propriétés
particulières : très faible dissipation thermique et minime profondeur de
tir, 50µ, sur un nerf.
T.
Hoogland effectue systématiquement lors de l’abord transforaminal ds hernies
discales une foraminoplastie par abrasion ostéoligamentaire aveugle à la tréphine,
qu’il contrôle après avec son endoscope.
M.
Knight (4), et A. Yeung (7)
utilisent le laser à miroir réfléchissant qui présente deux
inconvénients : élargissement non souhaité du faisceau laser lors de sa
réflexion sur un miroir, obligeant à utiliser de plus hautes énergies, et son
usage unique qui rend son prix prohibitif.
Ahn Y, Lee SH, Park WM, Lee HY (1) (Séoul) dans une note technique
exposant la faisabilité en L5S1 du PELD (Posterolateral
Endoscopic Laser Discectomy)
publient les résultats sur 12 patients avec 10 bons résultats, le recul moyen
étant de 1 an.
J.C. Chiu (3) utilise toutes les nouvelles
technologies en alliant foraminoscopie, endoscopie interlamaire, laser, et robotique.
Casper G.D.(2), dans une revue préliminaire de 21 patients ayant subi
une foraminotomie laser pour sténose foraminale (Endoscopic Laser Foraminotomy)), note 76% de succès avec un recul moyen de 2
ans. Sur 5 échecs, 3 ont subi une décompression à ciel ouvert, et 2 ont été
traités médicalement.
Conclusion
La
foraminoplastie ostéoligamentaire
ou foraminotomie, endoscopique, permet de traiter
avec succès une proportion importante de patients fragiles à comorbidité lourde, qui ne peuvent pas subir de chirurgie
lombaire à ciel ouvert.
Le
laser Ho-YAG de troisième génération permet le
traitement sous vision directe de la composante osseuse des sténoses foraminales avec un rendement énergétique optimum en
limitant ainsi au minimum les risques thermiques et de lésion radiculaire.
Bibliographie
1.
Ahn Y, Lee SH, Park WM, Lee HY.,Posterolateral percutaneous endoscopic lumbar foraminotomy
for L5-S1 foraminal or lateral exit zone stenosis. Technical note. J Neurosurg.
2003 Oct;99(3 Suppl):320-3
2.
Casper G.D., Foraminoscopic Sirgery, in “Lasers in the Musculosceletal
System, edited by B.E. Berber, M. Knight, w;e; siebert, Springer Verlag, 2001, pp 316-319
3.
Chiu J.C., Transforaminal Decompression of
Lateral and Central Lumbar Spinal Stenosis by
Minimally Invasive Technique – Aided by New Instruments Spine, Arthroplasty Global Symposium, Montpellier Mai 2002 (voir site www.spinecenter.com )
4.
Hafez MI, Coombs
RR, Zhou S, McCarthy ID.Ablation
of bone, cartilage, and facet joint capsule using Ho:YAG
laser. J Clin Laser Med Surg. 2002 Oct;20(5):251-5
5.
Knight MT,Le traitement endoscopique dans l'arthrose
vertébrale et dans les échecs de la chirurgie intra canalaire,
Rachis 14, N°6, Déc 2002, pp329 2002_
6.
Lee SH, Percutaneous Endoscopic
Discectomy for Cervical and Lumbar Disc Herniation, Rachis 14, N°6, Déc 2002, pp330
7.
Yeung A., Tsou
M., Posterolateral Endoscopic
Excision for Lumbar Disc Herniation Surgical
Technique, Outcome, and Complications in 307 Consecutive Cases, Spine
2002;27:722-731
8.
Légendes des figures
Fig 1: Sténose foraminale L4L5
gauche très serrée marquée par une cruralgie droite hyperalgique avec parésie
du quadriceps et des releveurs du pied chez une femme de 76 ans. Foraminotomie endoscopique. Bon résultat avec un recul de 8
mois
Fig 2 et 3 ; fig 2 :
coupe axiale TDM en L5S1 avec saillie disco-ostéophytique
majeure à droite, sciatique hyperalgique et insomnianrte
depuis 4 mois chez une femme parkinsonienne de 78ans ; fig
3 : même coupe axiale en IRM en T2 montrant sténose majeure à droite, due
en avant à la saillie disco-ostéophytique et en
arrière à l’hypertrophie articulaire postérieure. Foraminotomie
endoscopique. Bon résultat avec un recul de 7 mois
Fig 4 et 5 ; Fig 4 :
Femme de 49 ans, souffrant d’une lombosciatique L5 droite 2 ans après une cure
de hernie discale au même niveau ; hernie discale calcifiée foraminale droite L5S1 avec fibrose cicatricielle ; foraminotomie avec un très bon résultat à 8 ans. Fig 5 : Une récidive douloureuse controlatérale au
même étage 8 ans après l’intervention nous a permis de contrôler la foraminotomie droite faite 8 ans auparavant :
l’exérèse de l’articulaire supérieure droite de S1 est bien visible sur
ces deux coupes contiguës.